Ongakotaku :: Takamasa Tomae, Akira Yamaoka, Seiji Yokoyama

TAKAMASA TOMAE I Extracted A Phenomenon Flowing In Part Of A Certain Forest And Recorded It Here LP (Light In August)

Avec Eiko Ishibashi ou Masayoshi Fujita, Takamasa Tomae fait partie de cette nouvelle génération d’artistes protéiformes profondément influencée par Midori Takada et qui allie un intéressant travail de recherche sonore à une poésie radicalement belle et naturaliste.
Originaire de la région de Kiso, dans la préfecture de Nagano, Takamasa inclut des matériaux organiques dans son processus de composition. Le souffle du vent qui parcourt la forêt, le bruit de la pluie qui caresse les feuilles d’arbres centenaires, le chant d’oiseaux qui guide le voyageur à travers les parties les plus sombres de ce sanctuaire sont autant d’éléments qui enrichissent de superbes morceaux méditatifs et apaisants. Des arpèges de guitare cristallins, des drones électriques (Light In August) et des vagues de percussions synthétiques (Day In) viennent donner à sa musique une couleur moins abstraite que ce que la pochette laisse transparaître, la sortant de sa potentielle ornière d’indéfinition. Même quelques touches discrètes de chant ne m’auraient pas dérangé, c’est dire.
Les passionnées de la fratrie Eno (plus Roger que Brian, d’ailleurs) devraient être aux anges. Les autres se mettront en quête de mains fermes et douces pour les masser au son de ces six superbes pièces de musique évanescente.

AKIRA YAMAOKA Silent Hill 2 2LP (Mondo)

Je crois que je l’ai déjà dit. Je le crois, oui. Plusieurs fois, même. Plus jamais je n’achèterai un disque de chez Mondo.
Plus.
Jamais.
Mais bon, entre temps il y eut la bande originale de Josie & The Pussycats. Et depuis 18 mois que je chronique pour Electrophone (le temps passe vite, hein), je suis parfois « obligé » de commander certains disques pour coller à l’actualité.
Tout ça pour dire que je me suis finalement laissé tenter par l’OST du second épisode des aventures vidéoludiques de James Sunderland. Pour l’accompagner dans ses errances et ses explorations de la ville aux cauchemars innommables, Akira Yamaoka dévoile ainsi une autre facette de sa personnalité. Loin de se cantonner à la création d’ambiances aussi délétères qu’anxiogènes (cf. le premier Silent Hill), le compositeur de Niigata opte pour un virage à 180° en privilégiant une variété sonore propre à donner le tournis. Le Theme Of Laura d’ouverture (qui a dû influencer un obscur groupe de screamo strasbourgeois) est à l’image de cette assertion, véritable synthèse des aspirations pop sommeillant en lui. Tout son art réside en cette propension à instiller une multitude d’émotions au sein d’un même contexte, investissant son univers dark ambient (et putain, ces petites fresques électroniques sont à couper le souffle) avec quelques chansons guillerettes aux arrangements surprenants, mettant guitares et rythmiques organiques en avant pour mieux te couper les jambes par la suite avec une petite glauquerie tribale des familles.
Bordel.
J’avais dit que je me calmais sur les achats de bandes originales.
Vraiment.
Je me suis calmé.
Mais cette providentielle sortie me donne furieusement envie de m’y remettre…

SEIJI YOKOYAMA Space Pirate Captain Harlock, Symphonic Suite LP (Survival Research)

Mes amis italiens ont de la suite dans les idées. Après avoir réactivé leur faux label japonais Victory, ils poursuivent leur travail de sape avec Survival Research, nouvelle maison de disques prétendument sise en Australie (lol). Entre le live à Radio Tokyo de PsiCom et un énième repress du mythique Psychotic Reaction de Count Five, ils te balancent ce Space Pirate Captain Harlock en Symphonic Suite. Absolument pas rare du tout en pressage d’époque (je crois même en avoir eu quelques-uns en ma possession, pendant un moment), petit classique du bac à 100Y de Disk Union et RecoFan (complet ou pas, on s’en fout un peu), l’OST est l’oeuvre de Seiji Yokoyama, grand maître derrière les cultissimes OST de Galaxy Express 999, Tomb Of Dracula et accessoirement Saint Seiya (et là, tout le monde se réveille). Les huit titres de cette odyssée spatiale, même s’ils sont arrangés avec grandiloquence et préciosité (le mythique Overture, le baguenaudant Paradise ; ben oui, ce n’est pas une Symphonic Suite pour rien), gardent une énergie funky toute japonaise (A Planet) ainsi qu’une aisance parfaitement maîtrisée en matière de bougeage de popotin. Bien entendu, on est encore loin du groove absolument diabolique du Mystery Kindaichi Band (au hasard, et à la même période) mais pour une première sortie, le sieur Yokoyama en imposait déjà pas mal. J’aurais en revanche apprécié un souci du détail un peu plus poussé dans la reproduction des spécificités du disque. Certes, l’OBI est manquant, mais quand je vois ce simple insert tout pixelisé (alors que l’original était un superbe dépliant 3 volets), je me dis qu’il y a encore pas mal de choses à revoir dans ce merveilleux monde des bootleggers indépendants…

Florian