Ongakotaku :: Stuts, Yossy Little Noise Weaver, Hitsuji Bungaku

STUTS Eutopia 2LP (Space Shower Music)

Le nouvel album de Stuts (alias Kita Yuya) déroule une liste d’invités prestigieux longue comme le bras de Reed Richards. Entre les rappeurs C.O.S.A., Kid Fresino ou Chinza Dopeness, la superstar Hitomitoi ou le soulman Phum Viphurit, il y a de quoi choper le tournis et surtout se rendre compte du talent fédérateur du jeune beatmaker, talent qui éclate enfin au grand jour avec ce deuxième opus. EEn effet, Eutopia reprend les choses là où Pushin’ les avait laissées, mais augmentent le niveau d’exigence dans l’écriture (il y a du tube sérieux et un piano central plus qu’entêtant) et de précision dans la production (mais quel son, bordel de merde !). Le résultat : une belle petite pépite d’underground hip-hop instrumental cool-laboratif, foncièrement japonais dans son ADN (le jazz, la bossa, l’esprit laid-back jamais méchant) mais dépassant sans aucun problème les frontières de son archipel. La preuve, il est arrivé jusqu’à mes oreilles et j’en suis tombé immédiatement amoureux, à tel point que je vais vite revendre mes disques d’Evisbeats histoire de faire un peu de place pour la suite.

YOSSY LITTLE NOISE WEAVER Sun & Rain LP (Next Tone)

Cela fait deux semaines que j’écoute ce nouvel album en boucle, et je n’arrive toujours pas à capter le sens de leur patronyme. Qu’ont-ils voulu signifier par là ?
Bon, pas vraiment besoin de comprendre pour apprécier la superbe pop ciselée de Daisuke Ichihara (cuivres, ex-Determinations et Bush Of Ghosts) et Takako Yossy (piano et voix – ayé, j’y vois un peu plus clair), tant le duo délivre ici un disque empreint d’une universalité qui ralliera autant les fans d’Akiko Yano que du Beta Band, Divine Comedy, Blur ou Asteroids Galaxy Tour. Le chant de Takako, mélangeant anglais et japonais, apaise et se trouve particulièrement à-propos sur les chansons les plus « pop de chambre » du disque (on pense même de temps à autre au Frozen By Sight de Paul Smith et Peter Brewis). Puis on a droit qu’à un seul morceau vraiment ska (oui, j’avais un peu peur que ça tourne à la foire aux « pick-it-up-pick-it-up » mais au final, c’est aussi beau qu’aérien), coincé au milieu de deux belles pièces de pop solaire et subtilement psychédélique. C’est un bon ratio.

HITSUJI BUNGAKU 若者たちへ 2LP (HMV)

Faisant suite à une série de 3 EPs prometteurs, la version vinyle de ce premier album d’Hitsuji Bungaku (sorti au milieu de l’été 2018 en CD) était plus qu’attendue au tournant. Si les morceaux sont toujours aussi puissants, émouvants et obsédants (trois qualités rares, surtout dans cette fourmillante scène indie/shoegaze japonaise où le concours de bite fait souvent table rase de la violence du coeur), le son plat et brouillon déçoit. C’est comme si personne ne s’était occupé de faire de mastering pour l’analogique, un comble pour ce trio qui allie le tranchant acéré de guitares bruitistes à la chaleur d’une voix féminine magnifiquement voilée, et qui mérite de fait un rendu sonique à la hauteur de ses ambitions (grandes, bien entendu). Et puis que dire de ce tube ultime qu’est Step, véritable trésor de mélancolie vindicative apte à t’arracher des larmes dès le premier riff ? Il est à l’image de cet opus : grandiose, crucial et inoubliable. J’espère vraiment qu’on aura l’occasion de les voir en novembre prochain, quelque part dans Tokyo.

Florian