Ongakotaku :: #STDRUMS, Chai, Let’s Go’s

#STDRUMS Lotus Root LP (autoprod)

Derrière #STDRUMS se cache Yuji Kawaguchi, batteur tokyoïte amoureux des rues de Londres où il joua et impressionna chaque personne croisant sa route et son kit de batterie en kit. Sa musique instinctive et technique se retrouve désormais gravée sur pétrole noir grâce à un crowdfunding couronné de succès (plus de 5000 € de fonds levés). Même si je n’aime pas vraiment le principe, il me permet aujourd’hui d’en parler et c’est finalement pas si nul.
Surnommé « la version batterie de Squarepusher », Kawaguchi présente sur ce premier album les différentes facettes musicales de sa personnalité atypique. Partagé entre son amour pour le rock progressif (King Crimson et Michael Giles sont peut-être ses plus grandes influences), le jazz futuriste (forcément, ça sonne de temps à autre comme le Mouse On The Keys d’Akira Kawasaki) et les délires qui déboîtent (ça rappelle parfois An Albatross en version instru), Yuji met la sauvagerie de son jeu au service de compositions toujours inspirées, qu’elles soient entièrement créées par ses soins ou en collaboration avec d’autres musiciens. Et le type sait s’entourer : entre Yoshimitsu Taki (Envy, 9mm Parabellum), Kouichi Udagawa (Sex Messiah), Tadanobu Asano (le mari de Chara, putain), le rappeur ACE ou bien encore les membres de DEEPCOUNT (excellent groupe de rock avant-gardiste), c’est un peu le who’s who de l’indé nippon qui défile.
Avec ce premier album plus que réussi et passionnant de bout en bout, espérons avoir la chance de le croiser au détour d’une rue animée ou d’une cave humide.

CHAI Punk LP (Burger)

Débarquant de nulle part en 2017, Chai mettait le Japon à ses pieds avec Pink, un premier album haut en couleurs mélangeant la disco dansante école DFA à une nouvelle forme de garage survitaminé jamais très éloigné de Kinoco Hotel. Le groupe y tentait aussi quelques incursions maladroites dans le domaine de la J-pop pure et dure, sans trop de succès. Malgré tout, les filles attiraient l’attention de Burger Records qui ressortait l’album dans la foulée, s’arrogeant ainsi la découverte de ce fabuleux trésor pour un monde bien trop incrédule.
Juin 2019, je célèbre enfin l’arrivée de Pink. Reçu avec quatre mois de retard (l’album devait sortir en février mais a été maintes fois reporté, à tel point que j’ai bien cru ne jamais pouvoir le tenir entre mes mains), il déstabilise l’auditeur s’attendant à une confortable suite de son prédécesseur. Prenant le risque de continuer à creuser ce sillon J-pop pourtant mal maîtrisé, les filles inversent la tendance et donnent naissance à une nouvelle forme de musique populaire nippone, totalement hybride et novatrice. Tout sur ce Punk très mal baptisé est cohérent sans pour autant verser dans la plus stupide des évidences, mettant un peu plus en avant que d’habitude ces appétences électroniques symbolisées par un clavier et des arrangements hédonistes omniprésents. Feeling 80 très présent, joie dans les coeurs et refrains à reprendre avec le poing en l’air et les hanches en coupé-décalé : ce nouvel album va me suivre au moins tout l’été.

LET’S GO’S Heibon Cherry LP (Soundflat)

Il est un fait établi : tous les groupes de garage japonais se ressemblent. Mon copain Fabien Nassoy, gynécologue de son état et grand amateur de musique d’avant-garde, pourrait même élargir cette assertion à presque tous les styles de musique pratiqués (sauf le rock progressif, l’ambient, l’expérimental et le trip-hop), et il n’aurait pas forcément tort. Il aura en revanche tendance à occulter le plaisir primitif et jouissif de se faire prendre la gueule et le coeur dans un simple petit morceau de 2 minutes à trois accords et toute la rage qui peut leur être associée. On s’en fout alors complètement de ne pouvoir dissocier les Let’s Go’s de leurs compatriotes. Les filles sont là pour jouer du rock’n’roll teinté de garage à la New Bomb Turks, de pub rock à la Flamin Grooves et de powerpop infectieuse. Elles le font putain de bien et sont à l’image de la pochette de ce nouveau album : insouciantes, fun et souriantes. Leur reprise du Everyday People de Sly & The Family Stone est de toute (candide) beauté. Bref, vive les plaisirs (coupables ou non) immédiats et sans ambition de changer le sens de l’univers !

Florian