ONGAKOTAKU :: SPÉCIAL ÉTÉ

L’été c’est l’enfer, les trottoirs gondolent, les cagoles cagolent, les cagolins ne le sont pas moins (c’est probablement pire que le restant de l’année), et les ordinateurs chauffent tellement qu’on préfère se foutre la tête dans un bac à glaçons plutôt que de passer 30 minutes à écrire des chroniques. Mais bon, on est consciencieux et professionnel jusqu’au bout ou on ne l’est pas. Alors voilà trois recommandations pour assouvir ta soif de nouveautés japonaises en ce début juillet.

S-KY THE COOKINJAX Rhyme Order EP 1 & 2 LP (Sergent)

Entre deux sucreries japonaises (de la bande originale obscure, de la compilation essentielle), Mac Dough aka Calhoun aka « je ne révélerai pas sa véritable identité mais tu peux me croire, c’est un type bien » continue à prêcher la bonne parole hip-hop (depuis 2012 via Sergent, et bien avant probablement) avec sa dernière sortie regroupant deux EP du beatmaker nippon S-KY THE COOKINJAX. Et putain, c’est du velours instrumental. On dit souvent que les Japonais sont restés bloqués dans les années 90 (de 94 à 98, pour être précis). S’il y a du vrai dans ce constat, on a tendance à négliger ces artistes et beatmakers qui démontrent une volonté farouche de dépasser les idées reçues et d’aller de l’avant, sans cracher dans la soupe. Ici, les rythmiques sont fragmentées mais élastiques, les samples désorientent et les featurings (avec Stock et August) sont toujours à-propos et relancent l’intérêt pour qui hésiterait encore à se jeter sur un LP composé en majorité d’instrumentaux.

SUIYÔBI NO CAMPANELLA Galapagos LP (Atlantic / Warner)

On n’attendait plus Kom_I et ses sbires au tournant, après 2 albums vraiment pas terribles pour Warner (Jipangu en 2015 et Superman en 2017). Trop de délires EDM, trop de velléités Katyperry-esques, trop de mauvais goût dans le bon goût initial. Bon, des clips toujours chiadés, certes. Un peu léger pour rattraper le massacre programmé d’un concept qui avait toutes ses chances de conquérir le monde (une chanteuse charismatique maitrisant l’anglais, une coffee house hip-hop borderline, une esthétique pince-sans-rire rappelant la Jun Togawa de la grande époque). Heureusement débarque aujourd’hui Galapagos, court album de huit titres aux influences baléariques assumées et récitées à la perfection. Kom_I est en verve, Kenmochi et Dir.F reviennent au niveau d’exigence musical de Watashi wo Onigashima ni Tsuretette et Cinema Jack, bref c’est un petit plaisir pas coupable à consommer sans modération et ça fera probablement rager les amateurs de house qui s’arrêtent à ce qui sort de la Motor City.

MKWAJU ENSEMBLE KI-Motion LP (We Release Whatever The Fuck We Want)

Deux ans avant son chef d’oeuvre Through The Looking Glass, Midori Takada s’acoquine avec Junko Arase et Yoji Sadanari, et monte le Mkwaju Ensemble afin de donner libre cours à ses délires cristallins. Le résultat : six titres mélangeant mélodies orientales et percussions africaines pour une ode totale à Steve Reich et Philip Glass version transe vaudou. Originellement sorti sur Better Days (Sakamoto, Watanabe et d’autres) en 1981, ce petit bijou se voit enfin rééditer par WRWTFWW dans une édition malheureusement dénuée d’informations. Mais bon on s’en tape, la musique se suffit largement à elle-même.

Florian