Ongakotaku :: Showmore, Monari Wakita, Haruomi Hosono / Takahiko Ishikawa / Masataka Matsutohya

SHOWMORE Overnight LP (Newscope)

Circus, morceau d’ouverture de ce premier LP de Showmore, est une putain de tuerie qui vaut à elle seule l’achat de ce disque.
Je pourrais m’arrêter là et te laisser te démerder avec Internet. Mais je ne suis pas comme ça, alors je vais te le répéter : Circus, morceau d’ouverture de ce premier LP de Showmore, est une putain de tuerie qui vaut à elle seule l’achat de ce disque.
Voilà.
Bon courage pour trouver la moindre info à propos de ce groupe, ceci dit.
Il nous reste donc cet Overnight en forme de carte de visite. Composé de sept titres d’une douceur sans égal (la langoureuse ballade Unitbath) et d’un groove qui caresse les sens (Rinse in Shampoo et ses claviers nostalgiques, la basse fusion de Flashback), porté par une voix androgyne intrigante (c’est bon de douter, surtout pour moi qui met la femme-chanteuse au-dessus de tout), Overnight offre à entendre un très jeune groupe en pleine possession de ses moyens, ayant appris les leçons enseignées par ses aînés. Ne tombant jamais dans le cliché occidental (le très bon featuring du rappeur Hikaru Tanaka), embrassant son ADN japonais avec une furieuse sincérité (cette intemporalité inexplicable avec des mots mais que chaque personne habituée à écouter de la musique japonaise ressent au fond de ses tripes), Showmore réalise l’exploit d’écrire un disque parfait du début à la fin, sonnant comme une évidence autant qu’un petit classique en devenir. Ne me reste plus qu’à chialer en écoutant Have A Good Day, ultime baroud d’honneur de sept minutes ne donnant qu’une seule et unique envie : retourner au bled, toutes affaires cessantes.

MONARI WAKITA I Am Only LP (Vivid Sound)

Monari Wakita, échappée de l’intéressant groupe d’idols originaire d’Osaka Especia (une poignée d’albums étranges produits par l’équipe derrière le succès de BiS, recyclage audacieux de city pop, de jazz fusion et de classic rock), se rêve la prochaine Hoshino Michiru. Ça s’entend, ça se sent et ça pourrait presque parfois faire illusion sur ce premier album solo (initialement sorti en CD en 2017) dont la pochette est un étonnant détournement de celle de la bande originale de Kids (Larry Clark). Marrant de constater les similitudes entre deux artistes issues plus ou moins du même giron étriqué, cet équilibre similaire entre tendance musicale majoritaire (Monari s’envisage aussi Hikaru et princesse du r’n’b rococo) et déviances soniques impossibles à contrôler (difficile d’effacer son passé d’idol et toutes les scories sonores qui y sont associées). Sans être un chef-d’oeuvre, cet I Am Only pose les bases d’un univers qui se veut léger et décontracté, et propose une expérience d’écoute agréable (on y trouve même 2/3 tubes qui collent à la peau) pour qui sait se détacher des clichés associés à la musique commerciale japonaise.

HARUOMI HOSONO / TAKAHIKO ISHIKAWA / MASATAKA MATSUTOHYA The Aegean Sea LP (Victory)

Comprendre la logique des bootleggers.
Prends Victory Records.
Bon déjà, rien à voir avec le label de Tony Brummel.
Avec un patronyme clignant de l’oeil en direction de Victor (mythique maison japonaise) et un catalogue à l’avenant (les premiers boots de la bande originale d’Akira, du Rallizes Dénudés, du Fushitsusha ou le Benzaiten d’Osamu Kitajima), difficile de se tromper quant à l’intérêt porté à la musique du bled. Les types (dont je soupçonne très fortement l’identité, suffit de regarder l’effet des radiations du côté de notre chère capitale italienne, ahem) ont pourtant sorti un album des Cosmic Jokers (rien à voir) et surtout attendu deux ans avant de remettre leur machine en route. Honnêtement, quand ces derniers sont bien foutus et qu’ils permettent d’acquérir une certaine forme de Graal discographique, inaccessible autrement, je n’ai rien contre les boots. Par exemple, j’ai tous les trucs sortis par les Hollandais de Phoenix/Bamboo (au hasard) et j’en suis plutôt content. Mais je ne capte vraiment pas le silence radio de mes amis Italiens alors que le boom autour de la musique nippone n’a jamais été aussi retentissant qu’aujourd’hui. Etrange pour des types généralement assez acérés niveau business.
Allez, pas grave, ils reviennent aujourd’hui en force avec la réédition du Aegean Sea d’Hosono (encore besoin de le présenter?) / Ishikawa (Rokumensen) / Matsutohya (les géniaux Seaside Lovers), ce disque obscur de 1979, suite directe d’un Pacific accouché un an auparavant, qui a rendu fou tous les amateurs éclairés de crypto-bandes originales, de funk Vladimir Cosmique ou de jazz Rabbi Jacobin. Et putain de bordel de merde, rien ne pouvait me rendre plus heureux aujourd’hui ! En effet, jamais le fondateur du Yellow Magic Orchestra n’aura sonné aussi groovy et sexy que sur cette poignée d’instrumentaux géniaux, et l’imaginer se dandiner sur ces quelques pièces de fusion balnéaire (le titre trahi clairement un amour pour la Grèce ensoleillée) suffit à mon bonheur. Franchement, c’est quand même autre chose que cette putain d’arnaque de Cochin Moon, non ?

Florian