ONGAKOTAKU :: SAMURAI, HIRO YANAGIDA, AKIKO YANO

SAMURAI S/t 2LP (Red Circle)

Saurait-on faire plus Japonais qu’un groupe dénommé Samurai ? Oui, surtout quand celui-ci ne sonne absolument pas nippon, si ce n’est dans le chant à côté de ses geta de Miki Curtis. Le reste a plutôt tendance à ressembler à un bon mix entre hard rock anglais (sauvage et bluesy) et krautrock fatalement allemand (aérien et contemplatif), un peu comme si le Flower Travellin Band avait sauvagement baisé le Far East Family Band. Ça band sévère (donc) et on reste quand même au Japon (tant qu’à faire).
Sur ce premier opus sorti en 1970, les morceaux se suivent mais ne se ressemblent pas, fondant souvent les deux sensibilités au sein d’une même œuvre (l’élégiaque et sabbathien Four Seasons en ouverture, le bien barré Intermediate Stages) tout en dosant comme il faut les éléments prog et traditionnels (l’apaisant Boy With A Gun, le classique Green Tea). Niveau interprétation, le jeu de Tetsu Yamauchi (bassiste de Free) ne laisse pas indifférent tant il confère une sauvagerie noble aux assertions rythmiques de Yuji Harada (du Far East Family Band, tiens donc) comme aux interventions des solistes Joe Dunnet et Hiro Izumi. Et puis tous les passages avec Graham Smith à l’harmonica (Van Der Graaf Generator), aussi courts soient-ils, sont absolument mémorables et te donnent envie de remuer cette tignasse que tu n’as plus dans les airs. Au final, tu découvres surtout l’album d’un groupe qui se fait plaisir à jouer sans trop se poser de questions.
Y’a pas à dire, les années 70 devaient vraiment avoir une sacrée gueule là-bas.

HIRO YANAGIDA S/t LP (Absinthe)

Les bootleggers teutons ont vraiment de la suite dans les idées. Depuis environ deux ans, et reprenant à leur compte le pillage orchestré par les Hollandais de Phoenix au début des années 2010, ces derniers se sont soudainement mis à reproduire les mêmes références (Flower Travellin’ Band, Shinki Chen, Yuya Uchida, Blues Creation) tout en y ajoutant quelques « nouveautés » (Cosmos Factory, Too Much, Powerhouse). Les albums d’Hiro Yanagida en font bien évidemment partie. Et je ne vais pas m’en plaindre.
Après un Milk Time en demi-teintes, l’illustre organiste (Apryl Fool, Love Live Life, Shinki Chen, Food Brain… Ca va, quoi) te sort cette grosse tuerie de rock instrumental sauvage et popcorn en 1971 (l’étonnant Good Morning People, l’incroyable Skyscraper 42ndF), gavée de claviers acides tout gras dehors (l’épopée The Murder In The Midnight) qui remettent bien les shakras en place. Et même quand ça chante, c’est bien (Always et ses intonations laid-back qui préfigurent ce bon vieil Haruomi et son Hosono House depuis deux ans, le beau doo wop My Dear Mary).
Alors bon, ça a beau être du pirate, je suis quand même bien content de l’avoir dans ma collection.

AKIKO YANO Tadaima LP (Wewantsounds)

J’ai envie de lui répondre « okaeri » mais genre très très fort hein, à la petite Akiko.
Produit par son mari de l’époque (Riyuichi Sakamoto), cet album fait partie des classiques de l’electropop à la japonaise. Un disque qui a modelé le genre pour les décennies à venir et qui a influencé plusieurs générations d’artistes tels que Pizzicato Five, Perfume ou bien Suiyôbi No Campanella.
Backée par le Yellow Magic Orchestra au complet, la dame balance une grosse poignée de missiles tubesques allant du classique titre éponyme au très « punk » Vet en passant par ce medley à peu près expérimental d’environ dix minutes en face B (et qui fera penser à une version édulcorée des travaux de Laurie Anderson). Il y en a pour tous les (mauvais, diront certains) goûts, du centre aux extrêmes, et c’est très bien comme ça. S’il y a bien une chose que l’on ne demande pas à la musique japonaise, c’est d’être aseptisée, dans l’éloge de la bienséance ou de laisser dans l’indifférence.

Florian