Ongakotaku :: Rourourourous, Oshidaaya, Kukikodan

ROUROUROUROUS 色即是空 LP + ルルルルズ LP (Vybe Music)

Avec un patronyme pareil, le sextet mixte tokyoïte (trois meufs, trois mecs) risque fort de ne jamais connaître le succès au-delà des frontières de son beau pays. Mais il n’en a cure. J’en veux pour témoin les sorties simultanées de ses nouveaux albums chez Vybe Music, à une semaine d’intervalle l’un de l’autre. Une stratégie qui s’apparente plus à un suicide commercial qu’autre chose. Mais la démarche est aussi belle que la musique gravée en ces noirs sillons. Cette J-pop toute en mélancolie langoureuse me parle plus que n’importe quelle autre. Equilibrée par des claviers discrets, elle oscille adroitement entre la douceur soyeuse des années 70 réinterprétée par Air et l’énergie scandinave des glorieuses années 90 (dois-je à nouveau citer les Cardigans ?), tout en y ajoutant quelques touches de funk, de jazz, de soul, de bossa et de soleil. Certaines mélodies sont en effet aussi lumineuses qu’une après-midi passée sur mon balcon entre le 1er et le 5 juillet (ben oui, je vis toujours en Moselle) et donnent envie d’arrêter la course du monde pour continuer à chaudement rêvasser. Avant un repos bien mérité, il faudra cependant te sortir cette superbe voix féminine de la tête, surtout quand cette dernière fredonne des airs rappelant tout autant Chara que le Billy Joel de Just The Way You Are. Souvent proche de la rupture, elle embellit encore un peu plus des chansons écrites avec beaucoup de sincérité, en toute simplicité.

OSHIDAAYA Woman 12’ (Out Of Vogue)

Oshidaaya (ou Oshida Aya) aurait pu sortir son nouveau 12’ sur Big Love que cela n’aurait étonné personne. Non. Elle a cependant préféré rester libre de toute contrainte contractuelle avec quelque label que ce soit pour offrir ces six superbes titres à un monde qui ne le méritait pas vraiment, sur sa propre structure (Out Of Vogue). Quelque part entre folk brisée à la Seiko Oomori des débuts (Please Please Please), shoegaze planant (Sad Vacation), pop électronique (Purple Phase) et blues désespéré (Long Hot Summer), la jeune chanteuse affirme son identité de façon forte et unique. Même si les univers sont éloignés, la puissance de sa démarche et l’affirmation de son interprétation la rapprochent d’artistes populaires dans l’underground hybride telles Niykee Heaton, Gemma Hayes ou bien encore Kate Nash. Des filles fortes, indépendantes et qui ont tout sauf froid aux yeux. Rescapée de MMA et Stoned Green Apples (jettes-y une oreille, tiens), la jeune guitariste se réinvente ainsi totalement en solo. Espérons que ce Woman au titre judicieux, porté par un concept fort (« triple analog » ; de l’enregistrement au mastering en passant par le mixage, tout a été réalisé sans intervention digitale) ainsi qu’une pochette iconique, saura trouver son public, faire naître d’autres vocations et surtout connaître une suite plus conséquente et de la même trempe. Le cycle de la vie dans toute sa fragile beauté.

KUKIKODAN 僕の心に街ができて LP + 夜はそのまなざしの先に流れる LP (Jet Set)

Après 22 années d’une existence bien remplie (des albums chez Coa, Bad News et surtout Toy’s Factory), Kukikodan nous fait le même coup que Rourourourous : sortir deux nouveaux albums à une semaine d’intervalle. Enième mode étrange dans l’underground pop nippon ? Franchement, ça ne m’étonnerait qu’à moitié… Toujours est-il que le fan service est plus qu’assuré avec cette double ration de pop japonaise protéiforme. Partant d’une base typiquement post-rock toute en retenue (les rythmiques, les montées en tension), le groupe déroule de jolis morceaux laissant plus souvent place à l’instrumentation (le piano toujours présent, la basse plus qu’affable) qu’au chant féminin (qu’il a très joli, un peu voilé, pas trop sucré). Dans un formidable processus de retour en arrière accéléré, Kukikodan n’hésite jamais à mettre en avant ses influences 70’s et 90’s classic pop (Carly Simon, Elton John, Sade) et à les mélanger adroitement avec ses mélodies et sa sautillante énergie J-pop. Le résultat, régulièrement agréable, demande peut-être un peu plus d’attention qu’à l’habitude pour qui n’a pas l’oreille forcément éduquée aux rudiments de la musique du pays. Ceci dit, derrière l’apparente austérité du projet se cachent de véritables trésors d’inventivité qu’il ne faudra pas laisser passer.

Florian