ONGAKOTAKU :: PERFUME, BABYMETAL et NAKAMURA EMI

PERFUME Future Pop 2LP (Universal)

Future Pop, le septième album des Japonaises de Perfume, ressemble exactement à ce que l’on attendait de lui. Malheureusement. Il est à la hauteur de son prétentieux titre, Yasutaka Nakata poussant ici la Guetta-ïsation de son art dans ses derniers retranchements. L’entrée en matière est pourtant déstabilisante. Une intro expéditive, deux morceaux (Future Pop et If You Wanna) qui se terminent au bout de deux refrains avant un Tokyo Girl plus EDM que le Fyre Festival. Étrange. Déroutant. Capsule ne sait plus quoi faire pour se réinventer. Malgré cet étrange éclair instrumental intitulé Fusion, la suite déçoit forcément. Tiny Baby, Let Me Know et toute la face C. Rien à sauver car rien à se remémorer. Aucune mélodie accrocheuse, aucun refrain fédérateur si ce n’est des sonorités interchangeables empruntées à Avicii et ses potes qui mixent débranchés. 天空 rallume pourtant la flamme du briquet, mais le souffle grotesque d’Everyday la fait disparaître aussitôt, terminant cet album que l’on écoutera une fois pour découvrir l’ampleur du désastre, deux fois pour vérifier qu’on n’a pas rêvé la première fois, mais certainement pas trois fois pour confirmer que c’était une grosse merde.

BABYMETAL Distortion 12’ (EarMusic)

Par principe et par ignorance, j’étais prêt à crucifier ce nouveau morceau de Babymetal. Parce que j’ai tout doucement perdu foi en le Dieu Renard et son empire du marketing. Parce que les excès de communication nuisent bien souvent à l’intérêt que je porte généralement à un groupe. Parce que d’autres formations plus sincères et habitées par leur art noir font le job bien mieux que leur modèle matriciel (au hasard, Necronomidol).
Avec un mélange étrange d’appréhension et de m’en-foutisme, j’ai donc posé le diamant sur le sillon. Et je n’ai pas pleuré. Au contraire. Distortion est un excellent morceau. Trois minutes de metalcore pour grands enfants, la messe fluo est dite avec le sourire et des fourmis dans les jambes. Ça moshe, ça mitraille à la batt-rig, ça riffe avec une précision phénoménale et ça chante merveilleusement juste. Bref, c’est un bon petit tube entêtant et mélodique dont seul Key Kobayashi a le secret. Espérons que l’album (s’il doit y en avoir un troisième) sera à la hauteur de cette promesse sonique.

NAKAMURA EMI Nipponno Onnawo Utau Vol. 6 LP (Columbia)

Emi, c’est mon amie. La preuve, elle m’a dessiné un petit bonhomme à l’arrière de la pochette du volume 6 de ses aventures (numéroté à la main, 792 sur 1000). Elle sait aussi ce qui me fait plaisir : les albums courts de huit titres, une production aussi précise qu’imparable, un bel équilibre entre J-pop acoustique, phrasé hip-hop feel-good et post-modernisme city-pop. Bien évidemment, de façon aussi éclatante qu’évidente, c’est ce qu’elle propose ici, et force est d’admettre que c’est une belle évolution par rapport au précédent LP. Certes, les morceaux de cette cuvée 2019 semblent moins marquants. Point de Yamabiko, Don’t ou 大人の言うことを聞け à l’horizon. Point de leitmotiv entêtant ou de sing-a-long à reprendre à tue-tête, sans trop savoir de quoi il en retourne. Mais il n’en reste néanmoins un album plus solide que les précédents, vraiment agréable à écouter/réécouter, toujours doté de ces vocalises supérieures qui te feront réviser ton jugement quant à ta tolérance à la langue japonaise.


Florian