Ongakotaku :: Otoboke Beaver, Guitar Wolf, Hibushibire

OTOBOKE BEAVER Itekoma Hits LP (Damnably)

Ne te laisse pas endormir par le titre inaugural du nouvel album d’Otoboke Beaver, surtout si c’est ton premier contact avec le quatuor japonais. Les natives de Kyoto, dont c’est le premier opus pour Damnably (après une poignée de 7’), privilégient une montée en tension « progressive et subtile » (je mets des « » parce que ça me fait rire d’écrire ce genre de conneries, et je me demande d’ailleurs si t’as déjà cliqué sur le lien tout en bas ou si tu continues à me lire religieusement), un procédé idéal à la mise en valeur de leurs ritournelles noise-punk déglinguées. Alors, quand le rythme commence à s’emballer à partir de S’il vous plaît, troisième morceau épique, le retour en arrière n’est plus permis. Les filles te siphonnent le cerveau et te crèvent les tympans en ricanant comme des hyènes, leurs voix de psychopathes se mettant sur le même plan astral que leurs structures alambiquées, leurs riffs catchy dissonants et leurs mélodies schizophrènes. Plus ça avance, plus leur rock se libère des contraintes pour ne ressembler à rien d’autre, si ce n’est au fantasme d’une rencontre blasphématoire entre Melt-Banana, Be Your Own Pet, les 5’6’7’8’s et une crise d’épilepsie. T’as beau y être habitué, je peux te dire que c’est quand même putain d’éprouvant (tu vas vraiment avoir du mal à l’écouter deux fois d’affilée).

GUITAR WOLF Love And Jett LP (Third Man)

Il est loin, très loin, le temps de Run Wolf Run (1995) et Planet Of The Wolves (1997). Je ne te parle même pas de Wild Zero (1999), le film-consécration de Tetsuro Takeuchi, qu’on a tous regardé sans sous-titres avec des yeux ronds comme ça. Si le cuir sur son dos est toujours là, celui de sa peau semble fatigué. Cette voix tremblotante ferait presque pleurer. Pourtant, Seiji aka Guitar Wolf ne lâche pas l’affaire. 2019 le voit même rejoindre les rangs de la vénérable maison Third Man dirigée par Jack White (tu sais, le mec qui a sauvé le vinyle) pour son nouvel album, Love & Jett. Sans Courtney ni Joan, mais toujours accompagné de Toru (aka Drum Wolf) et d’un petit nouveau, Gotz (aka Bass Wolf), pour apporter un peu de sang frais, notre vieux loup prouve qu’il sait encore (un peu) montrer les crocs. C’est particulièrement flagrant sur le morceau éponyme d’ouverture ainsi que sur le furieux Sex Jaguar ou le très marrant Planet Of The Battera (on dirait d’ailleurs que le trio hurle de concert « Pat Perrin ! Pat Perrin ! » dans le refrain). Ca l’est un peu moins sur le reste du disque, malgré des titres toujours aussi imaginatifs et évocateurs (Australopithecus Spark, Girl Boss Of Paris, Bowling In Takada-No-Baba ou bien Mayumi The Untouchable) ainsi qu’une pochette foutrement iconique. Heureusement, le rouge te va toujours aussi bien, Seiji-kun.

HIBUSHIBIRE Turn On, Tune In, Freak Out LP (Riot Season)

Ca pourrait être l’équivalent japonais de Kadavar (mais en fait pas vraiment) et la nouvelle sensation psyché en provenance d’Osaka. Adoubé par Kawabata Makoto (Acid Mothers Temple), signé chez Riot Season (Shit & Shine, Todd, Hey Colossus, Pharaoh Overlord), le power trio Hibushibire remet le couvert avec Turn On, Tune In, Freak Out, deux petites années seulement après un Freak Out Orgasm plutôt convaincant. Quatre morceaux à se coller sous la dent, pas de quartier dès l’entrée en matière Ecstasy Highwaystar, ça joue à burnes et sans se retourner. Le groupe cite High Rise comme l’une de ses influences, et cela se ressent dans l’essence-même de son mode opératoire de composition : on met les guitares en avant, on pousse le volume de la fuzz sur 78 et on balance du solo aussi sauvage et pertinent que gras et répété. Sacré Chang Chang, on sait bien que le chant n’est pas son point fort (lui aussi, pour ça qu’il l’ouvre avec parcimonie), mais alors, quelle dextérité ! Si on ne pourra pas dire qu’il ne sait pas se servir de ses dix doigts, le songwriter n’oublie jamais qu’entre deux démonstrations, il est important d’écrire de bons riffs mémorables et tenaces (tous les breaks géniaux de Blow! Blow! Blow!). La section rythmique, elle, assure le tempo pachydermique et psychédélique de rigueur (avec même une petite affinité sabbathienne sur le planant Rollercoaster Of The Universe, recouvrant intégralement la face B), et l’urgence le dispute au lysergide dans une superbe orgie d’oreilles sanglantes.
Tiens, d’ailleurs, si tu avais prévu d’aller voir le groupe, actuellement en tournée au Royaume-Uni, je te conseille de renforcer tes protections auditives avec du ciment.

Florian