Ongakotaku :: Les Rallizes Denudes + BE, Colored Music, Susumu Yokota

LES RALLIZES DENUDES + BE There’s No Heaven Like Hell 2LP (Alternative Fox)

Tout a déjà été plus ou moins dit et écrit sur Les Rallizes Dénudés, le groupe japonais le plus mythique ayant jamais foulé le sol de cette satanée planète. Des concerts incroyablement violents. Des enregistrements aux frontières de l’inécoutable. Un volume excessif. Une démarche extrêmement politisée et radicale. Des lunettes de soleil. Ceux et celles « qui sachent » vouent un véritable culte à la formation menée par Takashi Mizutani, à tel point qu’ils/elles s’autorisent la publication de bootlegs sans avoir peur d’être le moins du monde inquiétés (je pense à Tamagawa ou à Didier Balducci de Mono-Tone). Alex et Vera (les loulous hollandais derrière Bamboo et Phoenix) ont même contribué à remettre au goût du jour ce nom presque français (un « mauvais » jeu de mot, une mauvaise compréhension, Les Valises Dénudés) au début des années 2010 via quelques rééditions pirates essentielles aujourd’hui introuvables.
Alternative Fox propose les deux versions de There’s No Heaven Like Hell (enregistrées en 1975 en compagnie de Be, la formation culte de Taisuke Morishita), déjà parues sur la compilation CD Rallizes House Session At Fussa, dans un beau gatefold psychédélique de bon ton. La première est une jam hypnotique obsédante jusqu’à la nausée, voyant Mizutani et Morishita s’amuser avec leurs instruments comme les enfants drogués qu’ils sont encore probablement. La seconde ajoute un peu de piment à cette jam opiacée en la présence du copain batteur Shunichiro Shoda qui dynamise un peu le bordel avec ses rythmes motorikement chaloupés, et merde je me dis même qu’elle pourrait presque plaire à une paire d’oreilles non-averties.


COLORED MUSIC Individual Beauty 2LP (HMV)

La sortie de cet Individual Beauty fut un petit événement confidentiel dans le Landerneau des japanophiles avertis. Colored Music, duo formé par Atsuo Fujimoto et Ichiko Hashimoto (figures du jazz moderne underground), était en effet redécouvert l’année dernière par la grâce de cet album composé de titres quasiment inédits, tout du moins jamais sortis à l’époque dans les présentes versions. Impossible à choper en dehors du Japon jusqu’à maintenant, il s’exporte enfin jusqu’en nos contrées désolées via les malins distributeurs anglais de Lasgo. Cette musique froide, ascétique de prime abord mais riche et pleine d’humour quand tu la creuses, colle au temps de merde qu’il fait ici et ce putain de Printemps qui tarde à se montrer. Mélange improbable de new wave ambiancée, de jazz abstrait, de disco cagneuse et de city pop fantomatique, elle étonne par son goût étrange de « reviens-y », malgré son absence de catchiness intrinsèque (si ce n’est le méga tube Love Season, imparable et obsédant). Elle pourrait être la bande originale d’un film de science-fiction mystique des années 80, si l’on pouvait seulement lui coller des images à la hauteur de ses prétentions tourmentées. Ses ambiances brouillardeuses et son écrin sonore opaque lui confèrent en tout cas une aura cinématique parfaitement hypnotique qui préfigure certaines digressions Badalamentiennes (Night Paradise, sa basse et ses mélodies Twin Peaks as fuck). Bref, si tu aimes les productions 4AD avec une touche d’orientalisme, cette beauté individuelle est clairement faite pour toi.

SUSUMU YOKOTA Acid Mt Fuji 2LP (Midgar)

Plus qu’une simple réédition, cet Acid Mt. Fuji est la déclaration d’amour d’un label (Midgar) à un artiste (Susumu Yokota) qui aura marqué la musique électronique japonaise de sa noble empreinte. Etalée sur près de 25 ans, sa carrière l’aura vu combattre une saloperie de maladie tout en produisant constamment, avec régularité, jusqu’à son regrettable décès en 2015. Initialement paru en CD en 1994, Acid Mt. Fuji pose les bases d’un style hybride qui se nourrit aux mamelles techno et ambient tout en introduisant de discrètes touches groovy qui contribueront à façonner le hip-hop abstrait du futur. Car quand Yokota te fait danser, c’est toujours avec morgue et un petit sentiment de terreur sourde en arrière-fond (dû aux sons électrisants et hantés qu’il utilise). Chaloupé, profondément ancré dans les 90’s (Oponchi, Ao-Oni, Akafuji, bref l’intégralité de la face C est quand même un putain d’hommage à Josh Wink et Daft Punk), inspiré et jamais chiant, Acid Mt Fuji est un exemple éclatant de techno mentale qui parlera tout autant aux adeptes du dancefloor en mode couché qu’aux gothiques repentis.

Florian