Ongakotaku :: Kukangendai, Reiko Kudo, Buffalo Daughter

KUKANGENDAI Palm LP (Ideologic Organ)

On avait vu Kukangendai durant le cycle japonais organisé par le Centre Pompidou Metz en 2017, accompagnant Gozo Yoshimasu pour sa performance poétique intitulée « La broderie de feu ». On avait aimé l’ambiance de flottement étrange et imprévisible qui se dégageait de leur musique improvisée à trois, même si l’on trouvait que ça ressemblait parfois un peu trop à leurs compatriotes de Goat. Normal en même temps, ce sont des collègues de label.
Emancipé des structures nippones Headz et Unknownmix, le trio de Tokyo signe son dernier méfait sur Ideologic Organ, le joujou de Stephen O’Malley que lui a accordé la vénérable maison Editions Mego. Cette première sortie de l’année 2019 pour le label laisse découvrir six nouvelles divagations arythmiques enregistrées dans la belle Kyoto endormie. Curieuse impression que personne ne s’écoute, et pourtant tout est en place.
Au centre, la batterie s’agite et résonne avec indolence ainsi qu’une étrange régularité, chaque coup de caisse claire ou de tom en amenant un autre, plus logique que le précédent.
A droite, la guitare déroule de subtils motifs, à la fois répétitifs et mélodiques, dessinant les contours d’une œuvre pas aussi accidentelle qu’on pourrait de prime abord le penser.
A gauche, la basse se subtilise au coeur qui bat. Elle pulse, elle régit, elle soutient, bref, elle insuffle la vie.
Quelques voix humaines, suppliques gémissantes, font parfois leur apparition dans le spectre sonore.
Finalement, ce Palm s’écoute comme un rêve éveillé. C’est une compilation d’images sonores insaisissables et progressives, une expérience qui ne demande qu’à être répétée à l’infini. Jusqu’au sommeil.

REIKO KUDO Rice Field Silently Riping In The Night LP (Tal)

Tu cherchais un équivalent japonais à la Kimya Dawson des Moldy Peaches ? Je te présente Reiko Kudo, dont le très poétique Rice Field Silently Riping In The Night (sorti en CD en 2000) vient juste d’être édité en vinyle chez Tal.
Bon, ne te réjouis pas trop vite, la musicienne semble aussi vachement influencée par le Daktari Lorenz de Nerkomantik, et là, ça rigole tout de suite moins… En effet, après trois morceaux champêtres et mignons tout plein, on te cueille à froid avec Lily, longue pièce pour sanglots, pleurs, cris étouffés et violoncelle maltraité. Ambiance…
Il y a du souffle aussi. Beaucoup de souffle. Ca sent l’enregistrement à la maison, à la rien à battre. Ceci dit, cette approche brutale et sans pose sublime largement la fragilité de ces fragments de chansons violentées par des percussions bruitistes.
Encore faille-t-il y être sensible.

BUFFALO DAUGHTER Pshychic LP+7’ / Euphorica LP+10’ (Buffalo Ranch/Jet Set)

Bizarrement, peu de personnes de mon entourage se souviennent de Buffalo Daughter. Groupe atypique de la scène indie rock nippone, comptant plus de 25 ans d’activité au compteur et des disques pour Grand Royal, EMI, V2 et même Grand Palais (l’un des labels domestiques du distributeur français Modulor), son bordel ambiant ne trouve que peu d’écho par ici. C’est fort dommage. Cette chronique servira peut-être à quelque chose, encore faudra-t-il te lever bien tôt pour mettre la main sur l’une des 300 copies que compte le pressage de ces deux albums cultes (sur Buffalo Ranch, leur propre structure).
Les commander fut un jeu de pistes rocambolesque. Il aura en effet fallu attendre de nombreux mois et plusieurs fails de la boîte de pressage pour enfin pouvoir les savourer dans l’intimité de mon alcôve audiophile (mon salon, quoi). Et ça fait bien plaisir.
Sorti en 2003 sur V2, Pshychic prend le mode opératoire de son prédécesseur à revers. Là où I proposait pas moins de quatorze morceaux, son successeur affiche seulement cinq chansons au compteur. Mais quelles chansons, putain. Entre un Cyclic hypnotique et motorik en diable (11 minutes), un Pshychic A Go-Go complètement Chemical Brothers traversé par les élucubrations percussives de Gen Date (9 minutes) et un 303 Live qui mettrait presque Nissenenmondai à l’amende dans son offensive répétitivité psychotique (20 minutes), tu as déjà de quoi transpirer un bon moment.
Paru trois ans plus tard (2006), toujours chez V2, Euphorica joue plutôt la carte du revival post-punk / no-disco new-yorkais (quelque part entre les Talking Heads, Zé Records et LCD Soundsystem) et revient à des formats plus traditionnels tout en gardant ce supplément d’âme fondé sur l’hypnotisme psychédélique. S’il contient son petit lot de tubes underground, c’est clairement Peace qui remporte la timbale avec ses guitares survitaminées et sa bonne humeur retorse.
Dans tous les cas, cette petite vague de rééditions donne follement envie de compléter ou de démarrer sa collection.

Florian