ONGAKOTAKU :: KOICHI MATSUKAZE TRIO, TOSHIYUKI DAITOKU, MOTOHIKO HAMASE,TOE

KOICHI MATSUKAZE TRIO + TOSHIYUKI DAITOKU Earth Mother 2LP (BBE)
Cette rencontre au sommet entre le saxophoniste/flûtiste Koichi Matsukase et le pianiste Toshiyuki Daitoku date de 1978. Chef-d’oeuvre total s’il en est (et oui, bien sûr qu’il en est !), Earth Mother refait aujourd’hui surface dans une belle version double LP ultra dynamique dont seuls les infatigables Anglais de BBE (qui doivent faire bien plus que « breaking even », si j’en crois la grosse hype actuelle autour du label) ont le secret. En même temps, le fabuleux titre éponyme présent en ouverture de la magnifique compilation J-Jazz (du même label) aurait dû me mettre la puce à l’oreille.
Voilà.
J’ai même plus envie de me faire chier à te convaincre d’acheter ce disque tellement cela tombe sous le sens.
Enfin si, mais j’ai toujours l’impression de répéter la même chose.
Bref.
L’harmonie rythmique (le sauvage batteur Ryojiro Furusawa – du Kosuke Mine Quintet, notamment – et l’impressionnant bassiste Tamio Kawabata ne font ici qu’un) est complètement folle, le piano de Daitoku rebondit littéralement sur mon cerveau endolori par tant de générosité, laissant ainsi toute place disponible à l’expression du talent fou de notre maître de cérémonie. Ca groove comme mille disques d’afro beat, ça swingue jusqu’à faire un arrêt cardiaque, ça vomit de l’introspection pendant que tu recraches mollement tes gammes apprises au conservatoire d’Amnéville, bref qu’est-ce que tu fous encore assis à lire cette chronique ?

MOTOHIKO HAMASE Reminiscence LP (Studio Mule)
Second album de Motohiko Hamase, l’intrigant Reminiscence creuse un peu plus les sillons déjà bien défoncés par l’irréel Intaglio (sorti la même année – 1986) et emmène l’art erratique du bassiste japonais dans des sphères rarement visitées. Bien que l’on soit toujours en terrain connu, la première écoute interpelle. Les appétences cinématiques / cinématographiques du bonhomme (on pense régulièrement à de vieux scores horrifiques du début des années 90; Charles Band, Howard Shore ou Peter Rotter, ce genre de choses) semblent prendre le pas sur les occasionnelles digressions jazz, et l’on ne peut que se réjouir de cette forme de plus en plus abstraite et doucement percussive donnée à la matière musicale. Cette nouvelle façon de faire de l’ambient à la japonaise marquera profondément des compositeurs réputés tels que Joe Hisaishi (ce piano délicat) et Kenji Kawai (cette impression d’aller de l’avant tout en restant à sa place) et se retrouve ici carrément sublimée par un nouvel enregistrement datant de 2018. Cet album ne peut donc pas être vraiment considéré comme une réédition en temps que telle, mais bien comme une réinterprétation, une reproduction réactualisée, une révision, que sais-je encore. C’est intelligent, quoi.
Par cette démarche plutôt étonnante, Studio Mule assoit ainsi définitivement la passionnante qualité de la musique de Motohiko Hamase tout en renforçant son objective intemporalité.
Bon, après, faut quand même aussi avoir une tolérance assez élevée à la basse fretless pour apprécier ce disque…

TOE Our Latest Number 12’ (Topshelf)
Je ne peux pas vraiment dire que j’attends encore Toe au tournant. Depuis la réappropriation occidentale des quatre piliers du math-rock nippon par Topshelf, je trouve que l’inspiration générale fait cruellement défaut. Le dernier Lite est une bouse, Tricot se répète méchamment, Mouse On The Keys parvient à se réinventer sans réitérer l’hystérie collective du premier album… Et Toe fait du Toe, avec le strict minimum. Pas de supplément d’âme, pas d’éclair de génie à la For Long Tomorrow. Comme si Hear You et le passage à l’Ouest les avait installé dans un confort petit-bourgeois envahissant. En live, que cela soit en Europe ou sur leurs terres, ça ne respirait pas non plus la folie. Je dois même dire qu’on s’emmerdait sec la dernière fois qu’on les a vu à Tokyo (on a préféré se saouler à la Strong Zero avec Jennie devant le Shibuya O-East en matant des zozos jouer au bilboquet).
Bon.
Ce nouveau maxi, s’il ne brille pas par ses éclairs de folie, fait malgré tout en sorte de synthétiser le style des Japonais de la plus éclatante des façons. En un petit quart d’heure et quatre titres (c’est suffisant), on n’a pas le temps de souffrir ce chant de fragile et ces influences afro trop envahissantes, mais l’on se prend toujours le jeu sauvage de Kashikura Takashi et les mélodies post-rock entêtantes du quartet en pleine tronche. Moins de voix, plus de sauvagerie et on arrivera peut-être à se réconcilier (définitivement).
En revanche, le clip est super cool.

Florian