Ongakotaku :: Kazahaya, Akira Ishikawa & V.A « Relaxin’ With Japanese Lovers »

KAZAHAYA Beats, Soul & Life LP (Dinked)

Sorti au milieu de l’année 2018, le Beats, Soul & Life du beatmaker anglo-japonais Kazahaya arrive enfin jusqu’à nos oreilles en vinyle (même s’il est soutenu par une petite structure anglaise, Dinked, pour la distribution, ça reste de l’autoproduction pure et dure). Complètement anachronique, donc onctueusement agréable, cette première salve analogique se déguste avec les basses bien en avant. Son clin d’oeil à peine déguisé à A Tribe Called Quest devrait te mettre sur la voie, on est effectivement en présence d’un disque d’instrumentaux totalement boom bap, jazzy dans le son et élastique dans ses rythmiques. Et ce n’est pas la seconde collaboration avec les Spandettes (après un excellent Broad Smile en 2015 ; au passage, le successeur de Spandex Effect se fait grave attendre, les filles !) qui changera quelque chose, au contraire même ! Kazahaya semble en pleine possession de ses moyens et balance un album à la fois cohérent (pas de trap, pas de cloud ou de sons trop modernes, on reste vraiment la gueule dans les années 90) et assez varié pour ne pas trop trouver le temps long (ce featuring des Spandettes mais aussi plein de petits détails qui enrichissent clairement la base).
C’est bien goûtu, et ce goût tue.
Oui.

AKIRA ISHIKAWA Back To Rhythm (Mr. Bongo)

Le Back To Rhythm du batteur de Yokosuka est considéré par tout un chacun comme un chef-d’oeuvre de music soul, afro et jazz. En effet, même les personnes peu versées de musique japonaise semblent être attirés par l’album d’Ishikawa, tant le musicien fait siennes des reprises improbablement groovy (des Beatles à Bob Marley en passant par Simon & Garfunkel) à coup de sons désuets typiquement 70’s (je ne peux m’empêcher de penser à la bande son d’un film des Frères Hui à l’écoute de Bongo Rock ou I’ve Got To Use My Imagination).
Entouré d’un personnel de feu (Takao Noai, proche collaborateur de Yuji Ohno, est à la guitare ; l’ex-Love Live Life Masaoki Teragawa tient la basse comme un dieu), Akira n’oeuvre qu’à un seul et même objectif : te péter la nuque à grands coups de saveurs latine (cette enchaînement Hey Jude / El Condor Pasa absolument chill out de l’enfer) et nigériane (Let’s Start, ou le feu dans ton slip). Quant à la version du monstrueux Pick Up The Pieces (Average White Band) qui ouvre la seconde face, elle surpasse tout simplement l’originale sans que l’on ne se pose la moindre question, et rien que pour ce titre, l’achat de ce disque apparaît comme incontournable (oui, « vraiment », comme dirait Elise Lucet).
J’aurais en revanche apprécié une réédition un peu plus consistante de la part de Mr. Bongo, aussi bien en termes de packaging (le grammage de la pochette est un peu light) que de son (ça envoie moins fort que le repress de 2015 de chez HMV). Ceci dit, le label anglais te permet enfin d’obtenir cette belle rareté à un prix correct, on ne va donc pas cracher dans la marmite.

VARIOUS ARTISTS Relaxin’ With Japanese Lovers Vol. 7 LP (Great Tracks)

Le Japon et le reggae, c’est une folle histoire d’amour. A tel point que le pays est depuis quelques années considéré par les spécialistes de la question comme la nouvelle capitale mondiale du genre. D’Hokkaido à Osaka, de Yokohama à Fukuoka en passant par Tokyo et Okinawa, la musique jamaïcaine est partout. Un peu comme avec le jazz, les amateurs et esthètes nippons ont complètement embrassé le reggae afin de faire de leur pays une plaque-tournante incontournable. Et on sait pertinemment que les Japonais s’y connaissent en plaques qui tournent et font de la musique… Tu penses que je me fous de ta gueule, 15 jours après le 1er avril ? Regarde les documentaires Ichiban Reggae et Dancehall Japan sur Youtube.
Malins comme des DA de maisons de disques (hahahaha… ah…), les petits gars de chez Sony ont lancé en 2016, via leur sous-label consacré au vinyle Great Tracks (les rééditions des albums de Supercar, YMO ou Taeko Ohnuki), une série de compilations aussi chouettes que difficiles à choper. M’étant cassé les dents sur les six volumes précédents, c’est avec joie que j’ai accueilli le numéro sept dans ma boîte à lettres. Loin des clichés du reggae roots et des copies conformes de vieux Jamaïcains racistes et homophobes (triste réalité), ces Japanese Lovers te proposent de découvrir le Japanese reggae autrement. Etonnant, en effet, de retrouver des artistes pas vraiment dans le ton tel l’ami Videotapemusic ou bien Mondo Grosso (remixé par Dubforce, bon OK, c’est une putain de tuerie). Creuse un peu et tu te demanderas ce que viennent foutre ces bons vieux Motoharu Sano et Yukihiro Takahashi (parrain de l’édition domestique du Record Store Day) sur la tracklist. Bon ok, Bonobos ont complètement leur place dans le projet, mais Mika Nakashima, bordel ? Quel étrange mélange… Ceci dit, ça fonctionne. Plutôt bien, même. Ta tête se balance, lancinante, sur la bombe que t’ont réservé les loulous de Kimidori. On n’est pas bien, là ? Oui, manque plus qu’un peu de weed cultivée sur un balcon des hauteurs de Shibuya…

Florian

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