ONGAKOTAKU :: HIZURU, ICHIRO FUJIYA & TAKESHI KURIHARA, TOSHIO MATSUURA

HIZURU S/t LP + ICHIRO FUJIYA & TAKESHI KURIHARA Elephant & A Barbar LP (Musilogue)

Les voies de la découverte sont impénétrables.
C’est grâce à Alexandre R. que j’écris aujourd’hui ces quelques lignes à propos du label japonais Musilogue. Sans lui et sa « persévérance » légendaire, je n’aurais peut-être jamais eu l’idée de commander ces deux albums disponibles en vinyle via l’excellente boutique française Balades Sonores qui s’occupe d’ailleurs de la distribution. C’est marrant. On pourra lui objecter toutes les critiques que l’on voudra (et je serai peut-être l’un des premiers à ouvrir la bouche), Alex reste malgré tout un véritable passionné, un passeur (tel qu’il aime se définir) qui apprécie causer musique par-dessus tout (en premier ; en second il kiffe quand même dire un peu de la merde, mais ceci est une autre histoire). En outre, je suis assez content qu’il s’ouvre enfin à ces merveilles sonores produites au Japon, même si le jour où j’arriverai à lui vendre un disque de Momoiro Clover Z n’est pas encore prêt d’arriver.
Musilogue, donc, est un tout jeune label fondé par Ryota Nozaki, musicien et DJ reconnu de par le monde sous l’alias Jazztronik. Actif depuis 1998, c’est quasiment vingt années plus tard qu’il se lance dans le monde merveilleux de l’édition phonographique, proposant enfin un peu de vinyle après une grosse poignée de sorties CD assez intéressantes pour qui aime son jazz latin, doux et libre.
A ma droite, une collaboration entre le bassiste Ichiro Fujiya et le saxophoniste/flûtiste Takeshi Kurihara. On nage ici en plein dans les années 80, l’ambiance est smooth et cotonneuse (absence de batterie, mais Ryota s’est incrusté pour faire quelques bruits chelous avec son vieux synthé), les notes de piano électrique flottent comme autant de particules en suspension, sit back / relax / smoke some. Ca passerait presque pour du post-rock tellement c’est abstrait et fantomatique (Suzu et ses accointances cinématographiques), c’est d’ailleurs un peu son but déguisé, l’illustration sonore. Parfois, quand je ferme les yeux, j’entends même au loin les échos d’une Sade sous anxios qui susurrerait à mon oreille des mots d’amour et de mort.
A ma gauche, Hizuru. Collectif informel encore une fois centré autour du piano de notre cher Ryota (un peu control freak, le bonhomme), il a pour vocation de créer un langage musical nouveau en incluant des instruments profondément traditionnels (shakuhachi, shamisen, koto – classique, quoi) à une dynamique foncièrement jazz (la contrebasse qui cimente, le saxophone qui crisse, la batterie qui groove). Une démarche qui rappellera le mythique Sakura Sakura de l’Hideo Shiraki Quintet et de ses 3 Koto Girls, la sauvagerie de 1965 en moins, un petit côté Blends en plus (émission de la chaîne NHK World-Japan qui reprend des standards de la musique moderne à la sauce tradi), avec toujours ce côté post-rock qui semble coller aux doigts de Nozaki.
Juste dommage que le pressage, confié aux bons soins des Français d’Astroblack, soit aussi cheap et sans personnalité. Un comble pour des disques « made in Japan ».


TOSHIO MATSUURA Hex 2LP (Menace)

Comme il restait encore de la place dans le colis, j’en ai profité pour y inclure quelques exemplaires de l’unique album de Toshio Matsuura que je galérais à choper depuis sa réédition chez les Parisiens de Menace (pourquoi ? Je n’en sais foutre rien). Initialement sorti en 2013, cet Hex terrassant obtient le traitement qu’il mérite enfin, dans la lignée du Loveplaydance de son groupe paru quelques mois plus tôt chez Brownswood. Un disque dans l’air du temps, d’après les « spécialistes ». En même temps, le type est là depuis 1992, le future jazz à la japonaise c’est un peu lui qui l’a façonné. Sans United Future Organization, pas de Mouse On The Keys (et probablement pas vraiment de fusion nippone jazz/math-rock). Passé à la trappe il y a 5 ans, Hex se redécouvre dans un doux écrin de basses acides, de piano excité et de chants qui n’auraient pas fait tâche sur une OST de Cowboy Bebop, tendance délires trippants outre-espace. Pas si complexe qu’il en a l’air, plutôt facile d’accès même, très dansant, Hex peut même s’enorgueillir d’un featuring de toute beauté avec Yoshie Nakano (la voix altière et puissante d’Ego-Wrappin’) sur Osaka Blues, haut-la-main le meilleur morceau du disque. Une preuve éclatante de plus que le jazz japonais moderne est dans une forme olympique (forcément, 2020 approche à grands pas).

Florian