Ongakotaku :: Chara, Soleil et Yuki

CHARA Baby Bump 2LP (Universal)

30 ans d’une carrière exemplaire, une voix féline à fleur de gorge, des cheveux encore plus beaux qu’à l’époque de Junior Sweet (1997, son classique indémodable) : Chara est aujourd’hui de retour avec Baby Bump, son très attendu dix-septième opus. Le temps ne semble pas avoir de prise sur la chanteuse originaire de Kawaguchi. A 51 ans, et avec autant de morceaux dans son sac à dos, elle parvient encore à se réinventer et à préserver un intérêt proche du culte aveugle autour de sa personne. Peut-être ce mélange d’innocence et de malice, autant présent dans ce timbre inimitable que sur des pochettes aussi drôles qu’impeccables. Celle qui nous intéresse en ce premier lundi de Printemps ne fait pas exception, et les onze chansons gravées sur sillon noir proposent une version rêvée enfin dansée de notre J-popeuse préférée. Malgré ce que son titre aurait pu laisser en effet  supposer, point de folk et de nostalgie post-natalité à l’horizon. Miwa Watabiki (son nom de ville) a préféré laisser sa guitare en bois de côté pour chausser ses plus beaux high-heels afin de faire brûler le dancefloor qui n’en demandait pas tant. Baby Bump nous ramène aux heures les plus glorieuses de cette fameuse city pop redécouverte et à nouveau célébrée depuis quelques années. Pas vraiment de raison à cela, si ce n’est l’acceptation de la supériorité japonaise en matière de funk légère et soul débridée (arrête de rire, toi). Kzyboost ou Woddyfunk auraient pu se retrouver à la manœuvre sur cette première face G-Funk, on y aurait vu que du feu. Quant au morceau éponyme, il en appelle aux fantômes de ma Kylie préférée, celle du Fever de 2001. Aucune hésitation, c’est largement du même niveau. Entre ces deux tendances lourdes, quelques éclats sonores assez modernistes (sur 愛のヘブン ou Twilight), une dynamique r’n’b plus proche du hip-hop que de la variétés de merde et surtout une folle envie de faire plaisir à son public. Je n’ose imaginer comment ces morceaux vont rendre en concert…

SOLEIL Soleil Is Alright LP (Vivid Sound)

Fidèle à sa productivité légendaire, Sally Kubota revient déjà avec un nouvel album pour son égérie 60’s Soleil, quelques mois seulement après la sortie du formidable My Name Is (what?). Candide comme à son habitude, la chanteuse britannico-japonaise née en 2003 (WHAT?) pose sa voix légère et faussement naïve sur douze chansons dont les titres ne laissent planer aucun doute sur les thématiques abordées. De My Sweet Fifteen à Late Summer Silhouette en passant par The Beginning Of Love, Bittersweet Graduation ou bien encore Fever Of Love, c’est effectivement une nouvelle ode à l’amour et l’insouciance adolescente à laquelle ce bon vieux Sally nous convie, le top restant quand même ce merveilleux My Emo-Coloured Corazon aux sonorités lexicales qui quand même laissent perplexe… Et sinon, musicalement ? Passée l’excellente surprise d’un premier album produit avec le goût de la perfection, ce n’est pas que l’on s’ennuie mais on a gentiment l’impression d’avoir déjà entendu ça quelques mois en arrière. Tu vois ce que je veux dire ? C’est doux, c’est mignon, c’est frais et c’est vraiment bien foutu (mieux que plein d’autres trucs actuels ou trve-cvlt-Sharon-Tate-worshipping-like), mais ça marque beaucoup moins que le premier essai, je trouve. On ne sent plus du tout les effluves du parfum de l’innocence. Quelque chose a changé. Peut-être la majorité ? Bon, ce n’est pas bien grave en même temps, on verra bien à quoi ressemblera le prochain (probablement prévu pour la fin de cette année, à ce rythme-là).


YUKI Forme 2LP (Epic)

Non, ce n’est pas juste pour la blague, mais on se doit de le dire :Yuki revient vraiment en forme avec son neuvième album ! Beaucoup moins indigeste que Fly et bien plus inspiré que まばたき, ce nouvel opus voit l’ex-Judy & Mary proposer une J-pop parfaitement en phase avec l’époque qui l’a vu connaître le succès (les années 90) tout en adaptant la production de ses morceaux aux canons actuels, sans pour autant tomber dans la dégueulasserie radiophonique. Et pourtant, je n’en attendais rien (si ce n’est de combler un vide dans ma collection de disques). C’est peu dire que j’ai été surpris par l’immédiateté des mélodies, rappelant avec éclat que ce style si particulier se nourrit aussi du meilleur des 70’s (Carly Simon ou les Carpenters). Alors certes, je ne peux réfréner cette étrange impression de déjà-entendu qui me prend au détour d’une introduction mélancolique ou d’un refrain tubesque. Mais la J-pop possède cette faculté, cette qualité même !, d’être complètement « natsukashi », c’est à dire de pouvoir faire baigner ton coeur et ton esprit dans un océan de nostalgie bienveillante. Et cet album se classe à l’aise parmi les meilleurs en termes de pop féminine balancée entre acoustique et électrique, arrangée à la perfection et vectrice de ce bonheur musical que des groupes tels que Do As Inifnity ou Ikimono Gakari ont su propager avec humilité et brio.
Bien entendu, c’est encore plus savoureux à la deuxième, troisième, dixième écoute…

Florian