ONGAKOTAKU :: ASAKO TOKI, EIKO ISHIBASHI, YOSHINORI HAYASHI

ASAKO TOKI Safari LP (Rhythm Zone)

Je sais pas toi, mais moi j’adore Cymbals.
Le trio japonais, actif de 1997 à 2003, a fait partie de ces groupes discrets mais besogneux qui ont façonné le son de la J-pop moderne, naviguant à vue entre influences 60’s (collant au plus près de Pizzicato Five) et velléités beaucoup plus rock (à la Do As Infinity). Bien entendu, je suis avec attention la carrière solo de sa chanteuse, de ses débuts perclus de reprises de standards jazzy jusqu’à aujourd’hui et ses compositions electronica/lounge remettant la city pop au goût du jour.
J’avais beaucoup aimé son Bittersweet de 2015 (qu’elle m’avait dédicacé puis envoyé), un peu moins le Pink de 2017 (ça sentait la vieille chanteuse de enka essoufflée qui sait pas quoi faire pour relancer sa carrière chez les jeunes cf. cette affreuse pochette). Safari, qui débarque aujourd’hui, me donne de véritables bouffées d’excitation. A écouter ces dix merveilleux titres, c’est comme si Asako venait d’avoir 20 ans à nouveau. Elle redécouvre sur cet album la grâce qui l’avait touchée sur Weekend Shuffle, Touch et surtout le très sexy Ranhansha Girl, enchaînant les tubes comme Sheena enfile les opérations. Pas de quartier dès l’entame Black Savanna, on retrouve son chant inaltéré, des mélodies mémorables et cette dynamique pop foutrement japonaise qui envoûte (ou bien tape sur le système, c’est selon). Can’t Stop (en duo avec Yoshinari Ohashi) est un monstrueux tube de R’n’B moderne qui a vraiment du mal à se barrer de ton esprit, une fois installé. Cry For The Moon est un petit miracle d’écriture au refrain incontournable. Shadow Monster est une magnifique fusion de P-funk et J-pop comme j’en ai rarement entendu depuis le Galaxy du Crazy Ken Band… Bref, je pense que tu captes parfaitement mon enthousiasme là, non ? Oui, Safari est l’une des indispensables pépites J-pop de cette fin d’année.

EIKO ISHIBASHI The Dream My Bones Dream LP (Drag City)

Encore sous le choc de son époustouflante collaboration avec Darin Gray, je me prends dans la foulée le nouvel album d’Eiko Ishibashi sur le coin de la figure. Un disque qui démarre par une vague free jazz apaisée et intitulée Hands On The Mouth. Je l’imagine bien avec ses mains devant la bouche, les yeux écarquillés. Très japonais, tout ça. Le reste, vachement moins expérimental qu’Ichida, est malgré tout à l’avenant. Des cassures suspectes, des mélodies lointaines et décalées, un chant fantomatique. Des jeux de résonance, des voix qui s’évaporent. Une approche de la pop très particulière, évanescente et sacrée, artistique sans être péteuse, passionnante et racée sans un seul soupçon de prétention. Il y a de la poésie dans ses chansons (The Dream My Bones Dream ; Silent Scrapbook ; A Ghost In The Train, Thinking), et cette dernière enrobe les moments malaisants d’une aura mystique envoûtante. Pas étonnant, donc, de retrouver ce bon vieux Jim O’Rourke à la production et aux instruments (basse, pedal steel), le shaman chicagoan conférant à cette cuvée 2018 un voile musqué et mystérieux à l’hypnotique goût de « reviens-y ».

YOSHINORI HAYASHI Ambivalence 2LP (Smalltown Supersound)

Ambivalence et schizophrénie. Le grand dadais Yoshinori, version physique japonaise de Gérard Filippelli, est bien capable du meilleur comme du « pire ». Il le démontre avec éclat sur ce premier album pour Smalltown Supersound dont l’opener, l’indécis Overflow, fait clairement partie des meilleurs titres hybrides composés et sortis en 2018. T’as l’impression que le type jette ses éléments un peu comme ça, à la chie-d’dans : rythmiques chaloupées et concassées, piano qui joue ce qui lui plaît, percus presque en phase, chant qui nique la bienséance. T’as jamais l’impression qu’il a envie de te faire danser tellement ce dernier privilégie le bancal (contrôlé) au reste. Mais bon, on n’a jamais fait le reproche à Richard D. James, on ne va donc pas commencer aujourd’hui. Ce qu’il faut en revanche ajouter, c’est que derrière cette belle pochette évoquant un disque d’ambient austère et mille fois trop sérieux se cache bien le plus bel hommage que l’on pouvait rendre à ce génie incompris qu’est Minoru « Hoodoo » Fushimi (en particulier le vraiment très débile Double et ses respirations de synthé qui filent la gerbe) et ça, ça fait vraiment un bien fou en ces temps d’uniformisation et de cleanliness à l’extrême.

Florian