ONGAKOTAKU :: 3/3, SAKURA FUJIWARA, KERO KERO BONITO

3/3 S/t LP (P-Vine)

Sous prétexte de « culte », tout et n’importe quoi se retrouve aujourd’hui réédité en vinyle. Tout. Même le moindre pet pris sur le vif en répétition. Même la plus pitoyable prestation live de bourracho. Même des prises alternatives foncièrement en deçà des versions originales. On s’en fout, il faut rééditer. Faire du fric, faire du fric sur le dos des 500 collectionneurs potentiellement intéressés par « un morceau d’histoire ».
Le disque qui nous intéresse n’a qu’une fesse qui tombe mollement dans cette catégorie des trucs vraiment inutiles. En cause, le son d’enregistrement absolument déplorable, à peine digne d’une version 2.0 antédiluvienne de ces boîtiers Zoom devenus nos amis d’apprentis ingés-sons pour la vie. Si tu t’attendais à un truc chaud et rond typique de cette année 1975 qui a vu naître 3/3 (alias Sanbun No San), tu peux donc remettre la tête dans l’ampli. Même Les Rallizes Dénudés sont plus écoutables.
(je plaisante, faut quand même pas déconner)
En fait, passée la surprise, on s’y fait plutôt bien. Parce que l’autre fesse, celle qui rougit de plaisir, elle sait pourquoi elle est là. Elle fait partie de l’univers en constante expansion du rock japonais. 3/3 est en effet la répétition de Friction et des Stalin, ou deux des plus grands groupes à guitare à avoir brûlé les planches d’une livehouse depuis que le pays est entré dans le XXe siècle. Sans le vouloir, ou peut-être en le désirant plus qu’ardemment, Reck, Higo et Chiko ont fait naître une chiée de vocation grâce à leur proto-punk devant autant au Death de Detroit qu’au MC5 urgent, préfigurant certaines déviances des Cramps (c’est flagrant sur Open A Window) et nourrissant des mélodies dont la nouvelle vague nippone s’inspire ouvertement (Sundays & Cybele en tête).
A toi, donc, de voir si tu peux vivre avec « un morceau d’histoire très mal enregistré ».

SAKURA FUJIWARA Red / Green 2×10’ (Jet Set)

Potentiellement, Sakura Fujiwara peut tout exploser. Elle est belle comme la Nature, a une voix envoûtante, sait jouer de la guitare et ses productions regardent fortement vers l’Occident sans renier ses origines nippones. Résidant à Fukuoka, elle vient de signer sur Speedstar, le label japonais culte que tous les amateurs de J-pop noble et féminine se doivent de connaître (Cocco, Ua, Ajico : vlà le roster de maboule). Le monde est potentiellement à ses pieds (elle chante en anglais !! Elle chante en anglais avec un très bon accent !!), mais ce dernier voudra-t-il bien l’entendre ? Il faut espérer que la sortie simultanée de ses deux nouveaux minis, respectivement intitulés Red et Green, puisse encourager voir accélérer la donne. Dotés de six morceaux chacun, ils ne font qu’un dans l’unicité de son art d’une légèreté étonnante, rappelant une Meghann Trainor post-régime et une Yael Naïm plus aimable qu’à l’accoutumée (omniprésence du piano et de rythmes upbeat ne pouvant que provoquer émois ou hanches qui remuent), variant les ambiances et les arrangements avec une facilité déconcertante, élevant l’âme grâce à cet optimisme forcené dont toute son œuvre est parée. Ouais, tu me mets la même chose sur un LP tout simple et je signe, les yeux fermés.

KERO KERO BONITO Time ‘N’ Place LP (Polyvinyl)

Je suis sûr que tu me pardonneras cette fantaisie. Kero Kero Bonito est en effet tout sauf un groupe japonais, même si sa chanteuse s’appelle Sarah Midori Perry et qu’elle ressemble vaguement à une hafu (à cause de son maquillage), même si son nom évoque effectivement le croassement chimérique d’un poisson que l’on transforme principalement en l’équivalent du parmesan sur nos pâtes, même si sa musique contient en elle un ADN que l’on retrouve uniquement dans les rues les plus colorées des collines de Shibuya. Si cette dernière s’est dangereusement assagie avec le temps, poliçant les aspérités trop chiptune du premier album ou cherchant à gommer le sel J-Pop de Bonito Generation (manifeste pour un monde plus fluo), c’est pour adhérer au mieux à l’étiquette Polyvinyl qui risque de salement coller à la peau de l’anglais trio à l’avenir. Le label de Champaign dans l’Illinois aurait-il trouvé son nouveau Mates Of State ? On pourrait le croire à l’écoute de certains titres campy et légers, profondément américains dans l’âme. D’autres, en revanche, ont su conserver la sève qui a fait tomber amoureux de leur musique tant de passionnéEs de pop domestique japonaise survitaminée. S’il y a un temps ainsi qu’un lieu pour tout, on peut dès lors déplorer que Kero Kero Bonito soit un peu passé à côté de son momentum. Un tir à rectifier sur le prochain album ?

Florian