NakamuraEmi :: Nippono Onnawo Utau Vol. 5

Comment parler de NakamuraEmi sans s’emballer ? C’est un peu compliqué. Qui s’est retrouvé confronté à la tornade sonore Yamabiko, chef-d’œuvre incontestable ouvrant Nippono Onnawo Utau Vol. 3 (son premier album pour la major Columbia en 2016), ne s’en est jamais vraiment remis… Fougue de la jeunesse, urgence des émotions, talent de songwriting incontestable. Je l’imagine bien démarrer sur un trottoir de Shibuya, comme l’ont fait et le font encore des centaines (milliers ?) d’aspirantes Sheena Ringo, suite à une déception amoureuse ou à un coup de sang dans son baito (job à mi-temps, facilement cumulable et très courant au Japon). C’est peut-être même elle que j’ai vu lors d’une soirée arrosée à Shimokitazawa, chantant avec ses tripes offertes au public (clairsemé et pas très concerné) près de cette foutue gare constamment en travaux.

Qui sait ?

Peut-être pas.

Toujours est-il qu’elle a clairement ce truc des chanteuses dont les carrières naissent dans la rue. Ces refrains d’une mélancolie absolues qui te déchirent littéralement le coeur et que tu reprends avec des sanglots plein la voix. Cette énergie communicative qui te renverrait tout le patriarcat japonais 6 pieds sous la ligne Oedo. Cette attitude à la fois humble et pleine de fierté. Plus que n’importe qui (mais peut-être pas autant que Seiko Oomori, ceci dit), la petite Emi croit en ses chansons, qu’elle interprète avec une sincérité telle que l’adhésion est immédiate.

Son style, même s’il reste profondément ancré dans la j-pop, se veut d’une unicité toute personnelle, fusionnant des éléments hip-hop à la japonaise (laid-back et énergique, que cela soit dans son flow ou dans les rythmes de ses morceaux cf. Yamabiko toujours ou l’ultra cool All My Time sur le même album) à une passion pour la folk acoustique jouée de façon « turbodélique » (suffit d’écouter Otona No Iu Koto O Kike, le monstrueux single de son précédent opus, pour en être convaincu). Côté textes, la petite Emi met son coeur à nu, ce coeur si beau qui bat pour toutes ces nanas tourmentées et mal dans leur peau qui se reconnaîtront fatalement en elle. Une motivation nécessaire. Une inspiration salutaire.

Quid de Nippono Onnawo Utau Vol. 5 ? Pas d’évolution notable sur ce nouvel album, si ce n’est une production encore plus claire et précise que par le passé (à ce niveau, c’est du cristal, tous les instruments sont dispatchés de façon gracieuse et subtile dans le spectre sonore) et une volonté d’aller plus que jamais à l’essentiel (le disque compte huit titres, pas un de plus ; on hésite constamment entre pertinente satiété et terrible frustration). Équilibrée, cette nouvelle pierre angulaire de l’édifice nakamurien offre autant de moments de bravoure (« Kakattekoiyo » et ses chorus de folie, le groove imparable de « Don’t ») que d’espaces d’expression intimistes (les balades acoustiques sont à couper le souffle).

S’il ne révolutionne en rien l’univers de la demoiselle, ce Volume 5 le consolide et l’étend de la plus douce des façons. En espérant qu’elle gagnera quelques nouveaux fans en France. C’est vrai quoi, je me sens un peu seul, là…

Florian