MOUSE ON THE KEYS x TOHRU AIZAWA QUARTET x MOTOHIKO HAMASE

MOUSE ON THE KEYS Tres LP (Tosphelf)

On n’avait pas encore parlé du nouvel album de Mouse On The Keys ici. Un peu peur du résultat. Pas envie de réagir à chaud. Déjà, Tosphelf avait chié dans la colle (comme toujours, j’ai envie de dire) avec ses précommandes, ses dates d’envoi et ses conneries habituelles. Le disque était donc arrivé avec deux beaux mois de retard. Mais bon, il est désormais là.
Alors parlons-en.
Après un Flowers Of Romance plutôt froid et finalement quelconque, Mouse On The Keys se réinvente enfin. En laissant derrière lui ce qui faisait son sel (un jeu de batterie émotionnel, des mélodies profondément japonaises, cet über sympathique saxophoniste prénommé Jun – complètement bourré au vin cheap de l’Emile Vache, ce dernier était parvenu à ranger notre cuisine et à y faire la vaisselle, un putain d’exploit), le trio explore de nouvelles pistes a priori risquées à court terme mais probablement gagnantes sur le long. La voix de la Canadienne Dominique Fils-Aimé emmène les deux morceaux auxquels elle participe (Stars Down et Pulse) sur ces terres tant convoitées et uniquement défrichées par l’intouchable Sade (comprendre : c’est pas une arnaque à la Rhye). En comparaison, l’autre collaboration vocale (Shapeless Man avec Jordan Dreyer de La Dispute) fait pâle figure. Honnêtement, si c’était simplement pour rappeler le passé screamo de son diaaable de batteur, j’aurais plutôt privilégié un featuring avec Matthias Weeks (Current, Calvary, Council Records). Malgré tout, si tu regrettes encore l’époque d’An Anxious Object, il y aura toujours Time ou Golconda pour te faire verser la petite larme syndicale de nostalgiose.
Enfin bon, les puristes risquent quand même de bien faire la gueule…

TOHRU AIZAWA QUARTET Tachibana 2LP (BBE)

Tout le monde aime les histoires. Celle derrière l’unique album du Tohru Aizawa Quartet (et contée dans le passionnant insert accompagnant le disque) est intéressante. Tachibana est en effet le nom du mécène du groupe, propriétaire de plusieurs biens immobiliers, dont une salle de concert à l’acoustique particulière : le Tachibana Hall. Le mogul se servit alors du disque (produit par ses soins et pressé de façon privée ie sans aucun souci d’être vendu) comme d’une carte de visite pour faire connaître ses activités. Truc totalement improbable aujourd’hui mais complètement en phase avec le Japon du milieu des années 70.
Et la musique, dans tout ça ? Ecoute ce Philosopher’s Stone composé par Totsuya Morimura. Sacré putain de batteur. T’as le coeur qui bat à 15000. Franchement, si les types s’étaient bornés à cet introductive bombe, je ne m’en serais même pas plaint. Mais le reste est à l’avenant. Ca joue tendu comme un mawashi, avec une maîtrise et une vélocité rarement entendues sur un disque de jazz japonais (mais je ne les ai pas encore tous écouté, donc je vais quand même un peu fermer ma bouche). Kyoichiro Morimura (en famille, c’est encore plus drôle) aime vraiment beaucoup Coltrane et Shorter. Son Sacrament est une épuisante tuerie. Quant à Aizawa, c’est un génie qui sait se faire discret, se mettre en retrait, comme le prouvent les superbes reprises de Chick Corea et Luiz Bonfa (la caution latin jazz).
Bref, en un mot comme en cent : FAVE !

MOTOHIKO HAMASE Intaglio LP (Studio Mule)

Non mais qui a envie d’écouter un disque de basse en solo ?
Quel immonde pervers peut-il bander à l’écoute de grosses cordes graves pincées sur un manche d’acajou ?
Bon, là on cause quand même du premier album de Motohiko Hamase, bassiste du légendaire Isao Suzuki Sextet (une unique bombe chez Three Blind Mice) et auteur de quelques perles en solitaire, dont cet Intaglio originel assez recherché et réédité par les connaisseurs de chez Studio Mule (label qui défriche le jazz fusion japonais comme personne). Une œuvre hybride qui allie de façon plutôt adroite tricotage obligatoire, appétences organiques évoquant une irréelle bande originale imaginaire (le Geinoh Yamashirogumi d’Akira n’est jamais très loin) et ambient typiquement japonais (et pourquoi pas slapper un petit morceau de Midori Takada ? Et pourquoi pas, mon p’tit gars !). Pas le truc le plus swag du moment à écouter, mais bon c’est toujours mieux qu’un album de Jun Fukamachi.

Florian

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