Mount Eerie :: Now Only

En 2017 paraissait A Crow Looked At Me de Mount Eerie, un sublime album de folk lo-fi, d’une intensité et d’une sincérité déchirante, au travers duquel Phil Elverum a tenté, dans la douleur, de faire le deuil de Geneviève Castrée (Woelv, Ô PAON), sa femme et mère de sa fille, emportée par un cancer. Avec Now Only, Phil Elverum poursuit sa réflexion cathartique sur la perte de sa femme et semble entrevoir une lumière toute personnelle au fond d’un tunnel qui doit lui paraître sans fin.

Avec A Crow Looked At Me et Now Only, rarement un musicien s’est livré avec tant d’authenticité. Ces albums sont si submergeant d’émotions qu’ils peuvent être franchement difficiles à écouter. La douleur est aussi vive que douce. Un auditeur un tant soit peu empathique se verra très vite envahit d’une profonde tristesse. Mais c’est tellement beau que l’expérience vaut la peine d’être vécue. Il est difficile de dissocier ces deux disques. Now Only est peut être un peu moins dense que son prédécesseur, pas en terme de compositions mais bien d’émotions, plus lumineux, mais certainement pas moins hanté. Now Only voit plus loin, ce disque se projette dans l’après quand A Crow Looked At Me était ancré dans l’instant. Pour exprimer ici sa peine et ses questionnements, Phil Elverum se réfère autant aux peintures du norvégien Nikolai Astrup qu’au groupe de black métal Wolves In The Throne Room, basé à Olympia, où Elverum vécu du temps de son projet The Microphones. Comme des repères, des détails, dans une vie qui vole en éclats mais doit suivre son cours. Dans ces errances tragiques que sont les titres de Now Only, des morceaux se situant plus dans la veine atmosphérique de ses premiers disques, la magie opère. Cette même magie qui opéra entre Phil Elverum et Geneviève Castrée. Le disque s’ouvre sur ‘Tintin in Tibet’ où Phil chante « I sing to you. I sing to you Geneviève. I sing to you. You don’texist.I sing to youthough. », puis nous porte avec le titre ‘Now Only’ jusqu’à ce moment fatidique à l’hôpital « I remember looking around the hospital waiting room full of people all absorbed in their own personal catastrophes,  all reading books like Being Mortal, all with the look in their eye. And I remember still feeling like “No. No one can understand.”, “No. My devastation is unique.” » et il persiste, avec passion mais sans illusions, a affirmer la puissance de ce qui les a unis et les unira à travers le temps qui passe, malgré la mort, en terminant l’album avec ‘Crow pt. 2’, qui fait écho au ‘Crow’ qui figure sur son prédécesseur, et en concluant le morceau ainsi : « If you still hang in the branches like burnt wood I will go out beneath with arms reached and run my fingers through the air where you breathed, touching your last breath, reaching through to the world of the gone with my hand empty. »

Au même titre que A Crow Looked At Me, Now Only est un chef d’œuvre précieux, criant de passion et de vérité. Il n’est peut être pas de ces disques que l’on écoutera tous les jours mais il est de ceux dont on se rappelle et qu’on écoute, de temps en temps, au moment propice, pour ne jamais oublier.

Jocelyn H.