Moravagine :: Moravagine

L’unique album de Moravagine est le genre de graal qui fait se lever aux aurores dominicales n’importe quel amoureux du vinyle. Cet album éponyme fait partie des obscurités françaises inconnues qu’il faut (re)découvrir à tout prix. Jusqu’à cette réédition bienvenue du label messin Replica Records, il fallait de la persévérance pour espérer tomber un jour sur le vinyle original perdu dans un carton entre un Michel Hallyday et un Johnny Sardou. Pressé à très peu d’exemplaires, l’album de Moravagine n’a pas rencontré son public. A cela s’ajoute une existence très courte (pas plus d’un an) à cause de la création à la même période de Chute Libre par plusieurs membres du groupe. Moravagine est donc très vite tombé dans l’oubli à la suite de la parution de cet album magique.
Moravagine nait en 1975 sous l’impulsion d’Olivier Hutman (piano), Denis Barbier (flûtiste) et Mino Cinelu (percussionniste) tous les trois encore étudiants mais à la popularité certaine dans le milieu du jazz fusion français. Ils sont rejoints par Jean-Marie Laumonnier (futur guitariste d’Herbe Rouge), Pierre-Jean Gidon (futur saxophoniste de Chute Libre et Subversion) et Jean-Philippe Lobrot (batterie). Très vite, ils s’engouffrent dans la scène jazz-rock française menée par Gong (Mino Cinelu jouera sur Gazeuse!), Magma ou encore Cortex.
Ils doivent l’enregistrement de ce seul et unique essai réussi au fait d’avoir gagné un concours organisé par la maison de disques Promophone créée par Michel Deveau.  Celui-ci leur offre les studios Palm de Jef Gilson. C’est là que le son Moravagine éclot. Un son qui vient de la conjonction des influences des différents membres du groupe. Olivier Hutman et Jean-Philippe Lobrot apportent le jazz de Coltrane, McCoy Tyner et Miles Davis. Denis Barbier impose ses influences classiques. Pierre Jean Gidon et son amour pour Weather Report et Maravishnu Orchestra influencera fortement le résultat final au même titre que Jean Marie Laumonnier avec son goût pour la musique hybride de Soft Machine. C’est un maelstrom de toutes ces influences personnelles qui a fait le son si singulier et remarquable de Moravagine. Ça part dans tous les sens. Il y a plusieurs thèmes dans un même morceau. On avance de surprises en surprises. C’est un album fou qui recèle de nombreux piège pour mieux nous perdre dans les moindres méandres mélodiques. Il suffit d’écouter ‘Andromede’, le sommet de l’album, avec sa structure folle pour s’en rendre compte : Intro piano solo / thème classique langoureux et pastoral / solo de contrebasse et batterie complètement free / Solo Flûte traversière sur riff hypnotique de contrebasse / Thème Soft Machinesque…. A ce moment-là, nous sommes qu’à la huitième minute sur les quinze que comptent cet instrumental hors normes. On vous laisse imaginer la suite. Ou plutôt non.  Allez découvrir par vous-même. C’est d’ailleurs ce que Michel Deveau conseille au verso de l’album lors de la présentation du groupe « Ce disque de Moravagine représente une musique que vous ne connaissez pas et qui de toute façon est déjà dépassée. Il vous suffit pour vous en convaincre d’aller écouter leurs concerts, vous vous rendrez compte que de l’un à l’autre, ils ont déjà tout réinventé. »

Damien

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