MIZUKI DA FANTASIA / NOLENNIU-DE-OSSI / KENJIRO MARUYAMA & TOMOTAKE HARAGUCHI / CHE-SHIZU

MIZUKI DA FANTASIA Genso Ni Ichiya LP (Nouverne)

Tu l’as vu, le logo de Roger Dean ? Tu sais donc qu’on n’est pas là pour causer Burning Spirit et shitnoise. La musique progressive a toujours eu le vent en poupe au Japon (en témoignent les 2000 tournées des 20000 versions différentes d’Atoll ou la grande période prog domestique des 70’s avec Too Much, Cosmic Factory et les incarnations de Far Out), peut-être aujourd’hui plus qu’hier, d’ailleurs. Entre l’écurie GuruGuru Brain qui ravit (à raison) les hipsters (Minami Deutsch, Sundays & Cybele, Kikagaku Moyo) et la scène math-rock qui se réinvente (Lite, Toe), il ne faudrait pas oublier les véritables gardiens du temple. Alors, quand des membres de Yuka & Chronoship décident d’idoliser leur amour pour la musique de Yes et les openings d’animé, on écoute.
Pour être honnête avec toi, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce disque. Ouep. Si la production vaut clairement le coup (cristalline, pertinente, pas du tout anti-datée), les compositions ne révolutionnent pas vraiment le genre. Mais l’interprétation est viscéralement japonaise, et ont sait pertinemment qu’ils parviennent toujours à faire mieux que tout le monde, à un moment donné. Résultat de cette équation, donc ? C’est beau, c’est froid, c’est technique et c’est pop. La petite Mizuki a un très chouette grain de voix (et des hanches ; ça change). Si tu aimes déjà le style à la base, tu ne devrais alors pas être déçu (« zen zen déçu desu », comme on dit).

NOLENNIU-DE-OSSI / KENJIRO MARUYAMA & TOMOTAKE HARAGUCHI A Night OF Fairy Tales LP (T2 Audio)

Tu l’auras compris, cette chronique a pour but de mettre à l’honneur des groupes ayant bravement adopté des patronymes à coucher dehors. Donc, NolenNiu-De-Ossi. Un duo mixte qui mixe adroitement influences folk progressives (l’école anglaise, Canterbury, tout ça) et musique traditionnelle japonaise (via l’utilisation d’un shamisen [luth], d’un shinobue [flûte] et d’un wadaiko [batterie]) sur la première face de ce très intéressant split partagé avec Kenjiro Maruyama et Tomotake Haraguchi, deux compatriotes également versés d’instruments domestiques (un ryuteki [autre type de flûte transversale] en plus du wadaiko) et qui occupent la seconde moitié du disque.
Malgré ce schisme naturel, l’impression d’écouter un seul et même groupe est bien réelle. Atmosphères apaisées, arrangements délicats, mélodies vocales mémorables. Beauté, douceur, impression de flotter au-dessus des siens. Tu pensais que la folk japonaise était morte avec les désillusions des années 70 ? Essaie encore.

CHE-SHIZU A Journey 2LP (Black Editions)

Le premier truc qui choque quand tu écoutes ce disque de Ché-Shizu (un art martial que tu pratiques avec une patate chaude dans la bouche?), c’est cet apparent problème d’accordage de l’Ehru (violon chinois). A tel point que tu fais la grimace tout le long de l’oeuvre. Ca provoque autant le rire que l’étonnement. Pourquoi ? Comment ? Encore un mystère à mettre à l’actif de Chie Mukai, tête pensante de ce protéiforme projet depuis le début des années 80 et ancienne élève du maître de l’improvisation Takehisa Kosugi.
Sorti en 1994, A Journey se veut l’aboutissement de cette quête d’équilibre entre liberté et contraintes que la chanteuse poursuit depuis des années. C’est un voyage qui semble désormais terminé (?) et sur lequel notre héroïne revient en détail. Interprétation indolente (bien que central, l’Ehru est là pour nous rappeler qu’il n’est pas si important, même complètement à côté de la plaque), mélodies « natsukashi » (« nostalgiques »), thématiques exploratrices (chanson française, ritournelles de marin). Le chant de la petite Chie (je sais que tu penses à faire une vanne depuis 5 minutes) rappelle beaucoup celui de Kumisolo (en plus barré). Quant à l’absence de maîtrise instrumentale, elle est sublimée ici par ce très difficile dosage d’improvisation qui sépare le génie du foutage de gueule. On va donc dire qu’A Journey se situe pile-poil en leur intersection.

Florian

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