Michel Cloup ‘Minuit dans tes bras’

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« Je ne sais pas ce qu’est le minimalisme. Demandez à mon éditeur. » C’est en ces termes que l’écrivain Raymond Carver se débarrassait de ses admirateurs. On sait en effet aujourd’hui que c’est Gordon Lish, son éditeur, qui a taillé jusqu’à l’os les premiers textes de Carver.

Quel rapport avec le deuxième album de Michel Cloup Duo ? Eh bien, écouter Minuit dans tes bras, c’est comme découvrir pour la première fois les nouvelles de Carver telles qu’elles étaient à l’origine, avant que Gordon Lish n’en efface la moindre trace de tendresse. L’infinie justesse du ton est là. Le goût de la banalité. Les coups de pattes dans le réel. Pas de lyrisme. Pas de misérabilisme non plus. Mais surtout, là, tapie dans ce qu’on pensait jusqu’ici n’être qu’une sorte de spleen un peu distant, une émotion auparavant muselée. Comme dans ces textes vierges de toute trahison, Michel Cloup ne cache pas ses émotions. Il les fait bouillonner. Il les fait partager. Sans pathos. Mais avec sincérité.

Grâce à son acolyte batteur Patrice Cartier, aussi zen que lui mais pas moins précis, il construit un univers à la fois intime et universel, plein de bruit et de fureur, mais aussi de douceur. Comme la vie. Comme sa voix, si caractéristique, qu’il soutient par les riffs graves de sa guitare baryton. Guitare qui prend le relais des mots lorsque ceux-ci ne suffisent plus à traduire ce qu’il veut exprimer. Oui, sur « Minuit dans tes bras« , il y a des solos de guitare. Longs, mélodiques, puissants. Comme à la fin de « Nous vieillirons ensemble« , magnifique chanson qui clôt le disque car en effet, aucun mot ne pourra être plus fort qu’une si belle déclaration d’amour. Et ce n’est pas la moindre des qualités de cet album que de réhabiliter l’importance des solos, lorsqu’ils servent le propos. Ceux qui les dénigrent par pur snobisme oublient sans doute que Jimi Hendrix ne construisait pas que des châteaux de sable.

À l’inverse, lorsque ni sa guitare ni sa voix ne parviennent à traduire ses sentiments, Michel Cloup convoque une autre voix. Et pas n’importe laquelle. Celle de Françoise Lebrun. Grande comédienne dont la mise en musique du monologue de La maman et la putain fut l’un des titres de bravoure mérités de Diabologum, premier et désormais mythique groupe de Michel Cloup. Elle conclut en douceur un nouveau morceau de bravoure de plus de 12 minutes, « Minuit dans des bras #2« . Mais cette dernière phrase est un mensonge. L’intégralité de ce nouveau disque de Michel Cloup Duo EST un morceau de bravoure. La preuve incarnée qu’on peut, aujourd’hui, en France, faire du rock et de la chanson en même temps, sans nécessairement s’appeler Bertrand Cantat ou Gérard Manset.

Minuit dans tes bras ne sera pas seulement l’un des plus grands disques de 2014. On l’écoutera bien après. Comme Françoise Lebrun, il continuera de veiller sur nous…

Arnaud

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