MASAKATSU TAKAGI x HARUOMI HOSONO x TANADORI YOKOO

MASAKATSU TAKAGI Wolf Children LP (Milan)

Joe Hisaishi peut dormir tranquille, Takagi Masakatsu veille au grain.
L’ex-Silicom mène une carrière discrète, sans fautes et ouverte sur le monde, puis accède enfin à la reconnaissance en 2012 lorsque Mamoru Hosoda lui propose d’écrire la musique de son film Wolf Children (Ame & Yuki, Les Enfants Loups en Français). Profondément inspiré par un matériau d’une richesse émotionnelle absolue (qui n’a pas chialé devant ce chef-d’œuvre?), Masakatsu délivre un score d’une grâce infinie, capable de calmer les nerfs du plus tendu des disquaires après une journée passée à se prendre la tête au téléphone avec tout ce que la France compte de commercial incompétent et de représentant de distributeur à la con. Oui, je raconte ma vie, dernièrement c’était pas tous les jours évident de pratiquer le plus beau métier du monde. Bon sinon, pour te donner une idée de la qualité supérieure du produit, cette bande originale est à classer entre les scores de Totoro et Chihiro aka les deux plus grands classiques du Maître. Alors oui, je me demande encore ce que tu fous là à me lire…

HARUOMI HOSONO Hosono House LP (Light In The Attic)

Bienvenue chez Haruomi, le gentil troubadour qui t’invite cordialement dans son douillet chez-lui. N’oublie pas de laisser tes chaussures à l’entrée avant de t’installer confortablement autour du kotatsu. Le nabe (aucun rapport avec Marc-Edouard) va être bientôt prêt. En attendant, on écoute son premier album solo en buvant une bonne Sapporo.
A la mort d’Happy End (c’est con de parler de décès pour un groupe avec un nom pareil), Hosono enregistre ce lumineux monument de grâce audiophile qui va influencer toute une génération de beatniks aux pieds nus. C’est vrai, la musique japonaise ne sera plus jamais vraiment la même après ce disque. Le barbu synthétise ici ses expériences soniques passées (folk solaire chez les joyeux Happy End, donc, mais aussi blues psychédélique avec Apryl Fool) et renvoie tous les grands songwriters américains de son époque (d’Harry Nilsson à Brian Wilson en passant par Neil Young) dans les cordes de leur manque d’inspiration. Cette voix pas très en place et ces beaux accords de guitare acoustique donnent ainsi à entendre et visualiser une certaine idée du Japan des années 70, un pays vivant encore ce rêve éveillé de se croire seul au monde. Hosono crie ici son amour pour la grande musique américaine de l’époque, Crazy Horse et The Band inclus (le fabuleux Boku Wa Chotto donne envie de fumer un gros spliff) tout en s’éclatant le front dans un mur de pop pianotée et bariolée (Fuyu Koe, Party, Fuku Ha Uchi Oni Ha Soto). Si les premières écoutes te font l’effet d’un truc plutôt anecdotique (après tout, les Américains sont effectivement passés maîtres en la matière, et donc difficiles à détrôner), Hosono House finit par s’installer durablement sur ta platine quand tu cherches ce truc à écouter qui peut te donner le même grand frisson qu’un album de Paul Williams, le chant japonais en machine bonux.

HARUOMI HOSONO & TANADORI YOKOO Cochin Moon LP (Light In The Attic)

Derrière ce disque se cache une sombre histoire de diarrhée aiguë, mais je ne t’en dirai pas plus, si ce n’est que je n’ai jamais aimé cet album. Totalement électronique, complètement abstrait, relativement chiant et peu inspiré, Cochin Moon extraie le pire du Yellow Magic Orchestra (dont le premier album sortira juste après ce truc) et n’en fait rien de plus qu’un gloubi-boulga glitché pseudo-intello. Oui, c’est avant-gardiste. C’est sûr, on ne comprend pas grand-chose. Ça fait biiip bleeep jjjjj, parfois en rythme, parfois non. C’est une bonne musique de fond quand on n’aime pas en écouter. Faut juste pas se concentrer sur les bruits rigolos, sinon tu rigoles trop.
(bon ok, si ça se trouve, je ne jurerai plus que par ce disque dans dix ans)

Florian