Mark Lanegan se livre en mots et en musique

Mark Lanegan est aujourd’hui un artiste reconnu. Si toujours plus ou moins dans l’ombre, ne jouissant pas nécessairement d’un succès commercial qui serait amplement mérité, il est aujourd’hui plus que jamais productif et les critiques élogieuses n’en finissent plus de pleuvoir. Âgé de 55 ans, Lanegan revient de très très loin. Au travers de ses mémoires publiées sous le titre Sing Backwards and Weep, il dévoile au grand public une partie de sa vie tourmentée, marquée notamment par un lourd passif de junkie en proie à de multiples addictions destructrices que sont l’alcool, l’herbe, le sexe, le crack et surtout l’héroïne. Une tragique et brutale descente aux enfers qui n’a, heureusement, jamais trouvé la seule finalité que l’on pouvait lui imaginer : la mort.

Généralement plutôt connu pour son caractère d’apparence taciturne et sa présence scénique magnétique mais distante, on suppose aisément que Mark Lanegan n’est pas du genre expansif quand il s’agit de parler ou d’écrire à propos des facettes les plus obscures de sa vie. Néanmoins, sous les conseils et avec le soutien de son ami Anthony Bourdain, il s’est finalement décidé à se lancer dans ce qui fut, d’après ses dires, une douloureuse et pénible exploration de son passé tout sauf cathartique. C’était sans compter la disparition d’Anthony Bourdain, qui s’est donné la mort dans le vignoble alsacien en 2018, alors que Lanegan n’avait rédigé que quatre chapitres. Déterminé à tenir la promesse faite à son ami, et désormais contraint par une avance financière déjà dépensée et impossible à rembourser, il terminera la rédaction de Sing Backwards and Weep sous les conseils et la constante relecture de Mishka Shubaly, un musicien-écrivain peu connu chez nous, qui a déjà fait de sa propre vie d’addict un livre à succès.

Comme bien des vies d’artistes tumultueuses, celle de Mark Lanegan débute dans un trou paumé, Ellensburg dans ce cas précis, petite ville de l’Etat de Washington, qui compte aujourd’hui 20 000 habitants mais en comptait 10 000 de moins à la naissance de Mark. À cela s’ajoute une famille en tout point dysfonctionnelle, qui entraîne rapidement un divorce et un éclatement de celle-ci, et voit Mark vivre avec son père dans ce qui semble être d’après lui l’enfer sur terre (référence à Ellensburg). Peu de perspectives s’offrent à lui et il se lance très tôt dans une quête autodestructrice qui annihilera tout espoir de s’en sortir un jour. À 12 ans, Mark Lanegan est alcoolique, voleur compulsif et en très bonne voie pour devenir un obsédé sexuel aux déviances multiples. À 18 ans son casier judiciaire est déjà incroyablement dense et son alcoolisme est tel que son destin semble scellé et condamné.

Avec la même propension que pour l’alcool, les drogues et le sexe, Mark Lanegan trouve une passion et un refuge solitaire dans la musique qu’il ne pratique pas mais consomme assidûment. Sa rencontre avec les frères Gary Lee et Van Conner, deux fans de musique qu’ils pratiquent déjà dans leur coin, est déterminante. Il lui est proposé de monter un groupe où il officierait en tant que chanteur. C’est la naissance des Screaming Trees. Au gré des concerts, Lanegan voit là sa seule option pour échapper à Ellensburg qu’il déteste par dessus tout. Très rapidement pourtant, une ambiance délétère s’installe dans le groupe, notamment entre Gary Lee Conner et Lanegan, alors guitariste et principal compositeur du groupe, également auteur des paroles dans un premier temps, dont il dresse un portrait au vitriol au fil des pages. Aux prises avec une cohorte de vices et d’addictions, ainsi qu’avec une haine croissante à l’égard de Gary Lee, il semble avoir subit chaque instant au sein des Screaming Trees et pratiquement tous leurs enregistrements, hormis Sweet Oblivion en 92 et Dust en 96 à l’égard desquels il est légèrement plus tempéré.

Pour vaincre son alcoolisme, Mark Lanegan trouve refuge dans l’héroïne, drogue avec laquelle il entretiendra longtemps une relation morbide et dévastatrice qui régira sa vie et le verra développer les pires comportement du junkie qui lui vaudront une triste réputation. Il y perdra sa dignité, nombre d’ami(e)s et toute son argent. Plus que la simple autobiographie d’un musicien, Sing Backwards and Weep est la confession d’un junkie repentit, d’une noirceur que vous ne trouverez que dans les livres de William S. Burroughs et d’un cynisme abyssal. Sous une plume qui n’essaye en rien d’embellir ou d’adoucir la dure réalité des faits, la lecture s’avère parfois douloureuse, au point qu’on en détournerait volontiers le regard si cela était un film.

Sa vie de musicien lancée, Lanegan s’installe rapidement à Seattle. Là il vivra au moins 10 ans dans le même appartement miteux, qu’il partagera notamment avec pléthore de junkies et de dealers, s’assurant ainsi une consommation régulière, quand il ne sera pas lui même dans la rue en chasse pour de le came à consommer ou à fournir à ses diverses relations. Certains musiciens vivront également à ses côtés, notamment Dylan Carlson (Earth).

Quand il n’est pas à Seattle, Mark Lanegan est en tournée, notamment en Amérique ou en Europe avec les Screaming Trees. Chaque concert, chaque déplacement, sont très vite compliqués par son besoin perpétuel d’héroïne ou de crack. Ainsi, il passe une majeure partie de son temps à l’écart de son groupe, errant dans les endroits les plus glauques et malfamés de la planète, pour mettre tant bien que mal la main sur quelques grammes à s’injecter. Cela le conduira dans des situations extrêmes que l’on n’aurait même pas osé imaginer. Pour en citer une parmi d’autres, il est tout particulièrement difficile d’oublier celle où Mark Lanegan se trouve tout d’abord à Essen, en Allemagne, avec les Screaming Trees, pour enregistrer pour la fameuse émission télé Rockpalast. Au fil de cette journée d’enregistrement, il s’injecte le peu de came qui lui restait et se rend vite compte qu’il lui faudra probablement tenir plus d’une journée avant d’arriver à mettre la main sur une prochaine dose. Chose totalement inenvisageable et impensable pour lui à ce stade. Le lendemain ils jouent à Amsterdam, non loin de Essen donc. Sauf que le groupe est supposé passer la nuit dans un hôtel, en dehors de Essen, pour faire route le lendemain vers Amsterdam. Alors en plein hiver, dans ce cas de figure-ci, Lanegan voit ses chances réduites à zéro d’arriver à mettre la main sur une dose. Il apprend alors que les deux gars fraîchement embauchés pour s’occuper du merchandising et du matos, prennent eux la route le soir même. Son manager lui annonce que les deux places à l’avant sont prises et que le seul moyen pour lui de voyager avec eux serait de s’allonger sur les caisses de matos dans le coffre. Connaissant un spot à Amsterdam pour se procurer de la came, déjà pratiqué avec son comparse Layne Staley (Alice in Chains), il n’hésite pas à grimper sur les caisses, alors déjà en proie aux douleurs liées au manque. À peine débarqué de nuit à l’hôtel à Amsterdam, Mark Lanegan bravera le froid glacial pour se rendre dans un parc à la recherche de dealers. Il y trouve de quoi faire, dépense toute son argent pour la came et revient à l’hôtel. Là il se rend compte que la came ne lui fait strictement aucun effet et qu’il s’est fait flouer. Son manager lui ayant assuré que le nouveau gars qui s’occupe du merchandising peut, si besoin, lui avancer quelques centaines de dollars, il décide d’aller frapper à sa porte, en pleine nuit, car c’est là sa seule solution puisqu’il ne possède pas de carte bancaire. Mais celui-ci ne répond pas. Quitte à réveiller l’hôtel, Lanegan frappe avec insistance et hausse le ton. Le gars derrière la porte finit par lui dire de le laisser tranquille, alors terrorisé. Lanegan ne s’arrête pas et menace. Le gars cède et lui glisse des billets sous la porte. Cette fois Lanegan prend un taxi et retourne dans le même parc. Il tombe sur quelqu’un d’autre qui lui dit de le suivre jusqu’à une allée pour procéder à l’échange. En un rien de temps, il se retrouve pris de surprise par derrière avec un couteau sous la gorge. Il se fait dépouiller. Les deux voleurs se font la malle et Lanegan, épuisé et paniqué, décide de retourner à nouveau à l’hôtel chercher de l’argent au près de sa précédente source. Il prend un taxi. Une fois arrivé à l’hôtel, il informe le chauffeur qu’il s’est fait volé, n’a rien pour le payer, mais lui donne son nom et le lieu de son prochain concert en l’assurant qu’il sera dédommagé à ce moment là. Rien à faire. Le ton monte. L’hôtesse d’accueil prend acte de la situation et l’informe que son manager (celui de Lanegan donc) l’a autorisé à le fournir en cash via la carte utilisée pour la réservation. Énième retournement de situation. Lanegan prend l’argent, règle le taxi et monte dans un autre en direction du même parc. Mais celui-ci est vide et le petit matin commence à poindre. Dépité et à l’agonie, il décide de partir à la recherche d’une éventuelle prostituée qui pourrait l’amener à quelqu’un susceptible de le fournir. Mais toujours personne en vue. En proie à des vomissements, Lanegan se voit tout à fait mourir là, au bord d’un canal, aux premières lueurs du jour. C’est à ce moment qu’il discerne des sons étranges, qui ne sont autres que les sons émis par un mec à vélo en proie au syndrome de Tourette. Celui-ci s’approche et lui dit de grimper sur son vélo. Lanegan, toujours en train de vomir ses tripes, se contenant tant que possible pour éviter de se vider brutalement par l’autre extrémité. Arrivé chez son sauveur, il se fera injecter une dose et se fera fournir le reste tant espéré. Retour à l’hôtel pour survivre jusqu’à la dose suivante. Un épisode parmi bien d’autres. Aussi brutal qu’incroyable.

© Travis Keller

Ces tournées, ainsi que ses diverses relations liées à la musique, l’amènent également à faire des rencontres décisives, qui deviennent des amitiés au destin souvent funeste. Parmi elles Kurt Cobain (Nirvana), Jeffrey Lee Pierce (Gun Club) et Layne Staley (Alice in Chains). Sur ces diverses amitiés plane la même ombre qu’au-dessus de Mark Lanegan. Et que Lanegan leur ait survécu, cela tient du miracle.

Anecdote assez drôle, Lanegan fera la connaissance de Jeffrey Lee Pierce, dont il était déjà grand fan, à ses premiers balbutiements en solo. Jeffrey lui expliquera comment écrire des morceaux, notamment en piquant des lignes dans des paroles d’autres morceaux, voire en piquant plus.

Toutes les combines pour se procurer de la came sont bonnes et celles-ci prennent clairement le pas sur la musique. Ses deux premiers efforts en solo, The Winding Sheet et Whiskey For The Holy Ghost ne connurent aucun réel effort de promotion de sa part. Aucuns concerts, hormis une improbable courte série de concerts en première partie de Johnny Cash que Lanegan ne pouvait évidemment pas décliner. Et quelques occasions manquées qui auraient pu propulser sa carrière. Je pense notamment à cette proposition du scénariste David O. Russel (Les Rois du Désert, Happiness Therapy…), qui pour son premier film en tant que réalisateur désirait ardemment utiliser tout l’album Whiskey for The Holy Ghost comme bande son, en le réarrangeant pour l’occasion avec Lanegan. Mais Mark, trop préoccupé par le fait de devoir quitter son appartement et donc de s’éloigner de ses fournisseurs de drogue réguliers, n’a jamais daigné donner suite et s’en est mordu les doigts. Ainsi les combines devinrent sa routine, il ira jusqu’à attirer chez lui, avec l’aide d’une femme surnommée Shadow, des gars qui pensait pouvoir coucher avec elle jusqu’à ce que surgisse dans l’appartement un Lanegan armé, qui dépouillait les gars en question. Cette Shadow, comme bien des personnes de la rue qui atterrirent un temps durant dans l’appartement de Lanegan, disparut du jour au lendemain. Ce n’est que bien plus tard qu’il apprendra que son corps fut retrouvé non loin, assassinée par un tueur en série.

Si certaines anecdotes peuvent bien entendu prêter à rire, elles sont presque toujours éclipsées par l’imposante noirceur de cette vie sur la brèche. Pour exemple cette scène, où Lanegan est sur un lit d’hôpital, avec une septicémie avancée au bras, dû bien entendu à sa consommation d’héroïne. Alors qu’on lui laisse entendre que l’on risque fort de lui amputer le bras, l’un de ses amis et compagnon de drogue, essaye en vain de faire rentrer des prostituées dans l’hôpital pour qu’il puisse avoir une dernière pipe avant de perdre son bras. Mais la partie la plus drôle du livre n’est autre que celle sur sa rencontre avec Liam Gallagher des biens connus Oasis. Alors en pleine tournée commune avec les Screaming Trees, la première rencontre entre Liam et Mark s’est bien entendu illustrée par Liam prenant Mark de haut, entouré de ses deux gorilles, tout ce qu’il y a de plus ridicule. Et la guerre fut déclarée. Liam et ses deux gorilles poursuivant Mark durant toute la tournée, toujours dans un coin de la scène lors des prestations des Screaming Trees, à manifester son hostilité à son encontre. Mark, bien décidé à lui refaire le portrait, attend le moment opportun où les deux gorilles ne seraient plus de la partie. A un moment donné, c’est Liam lui même qui finit par faire comprendre à Mark qu’ils ont rendez-vous tous les deux sur la dernière date de la tournée. La confrontation n’a bien évidemment jamais eu lieu, puisque Liam quitta soudainement la tournée avant la fin, peu de temps avant la rencontre finale.

Quoi qu’il en soit, poussé dans ses derniers retranchements par sa consommation d’héroïne, Mark Lanegan finit par se trouver à la rue, sans domicile fixe. Il devient fournisseur de drogue à plein temps, dans la rue, à quelques pas de feu son domicile. Recherché par la police, par un dealer et acculé par ses addictions, il se voit contraint de répondre à une invitation de Courtney Love, longtemps esquivée, à intégrer un programme de désintoxication créé par le musicien Buddy Arnold et pour les musiciens sans argent. S’en suit une longue cure. À sa sortie, il est récupéré par un certain Duff Mckagan (bassiste des Guns N’ Roses) qui deviendra son ange gardien et lui permettra de sortir de sa spirale infernale en le prenant sous son aile.

C’est ainsi que s’achève Sing Backwards and Weep, en 1997 donc, avec un dernier mot sur la mort de Layne Staley en 2002. Et c’est là peut être la plus grande frustration du lecteur. Rien ne sera dit de l’après, ni de sa rechute au début des années 2000 (qui le plongera d’ailleurs dans le coma) mais dont il sortira définitivement sevré, ni et surtout de tout son incroyable travail qu’il réalisera en solo, ou avec d’autres, suite à la fin des Screaming Trees en 2000. Et nous n’en saurons jamais rien puisque Mark Lanegan n’a, toujours selon ses dires, aucunement l’intention de coucher sur papier, une fois encore, son passé.

Avec Sing Backwards and Weep, Mark Lanegan dresse un portrait de sa propre personne tout sauf reluisant. Il joue franc jeu et ne cache rien de la véritable nature de ses déboires, de ses travers et de ses démons. On est loin du glamour un peu osé, un peu cradingue, un peu subversif, des autobiographies des musiciens auxquelles nous sommes habitués. C’est le témoignage d’un junkie qui révèle tout le sordide d’un choix de vie qui ressemble plus à un choix de mort. Un sombre et éprouvant voyage. Ici, les mots pèsent de tout leur poids, rendant chaque page plus lourde à tourner. Un ouvrage qui fait l’effet d’un claque, brute et chargée, vouée à faire date.

Plongé dans ses souvenirs, Mark Lanegan en a profité pour composer Straight Songs of Sorrow, un double album plus introspectif que jamais, directement lié à ses mémoires. C’est avec ce disque et non avec le livre qu’il trouve la catharsis. Les paroles, moins cryptiques et plus explicites que de coutume, abordent son passé trouble, et tout particulièrement sa relation étroite avec la mort.

Lanegan s’est une fois encore bien entouré pour ces 15 titres. On retrouve son fidèle compagnon Alain Johannes à la productionn avec un beau panel d’invités que sont Greg Dulli (The Afghan Whigs) qui donne de la voix sur ‘At Zero Below’, titre sur lequel figure aussi Warren Ellis (Nick Cave & The Bad Seeds) et son violon, John Paul Jones (Led Zeppelin) au mellotron sur ‘Ballad of a Dying Rover’, Jack Irons (Pearl James/Red Hot Chili Peppers) à la batterie joue sur ‘Ballad of a Dying Rover’ et ‘I Wouldn’t Want to Say’, Adrian Utley (Portishead) apporte guitare et synthétiseur sur ‘Daylight In The Nocturnal House’, Mark Morton (Lamb of God) à la guitare sur ‘Apples From A Tree et Hanging On (For DRC)’, Shelley Brien (la femme de Mark Lanegan) chante sur ‘This Game of Love’ et co-écrit ‘Burying Ground’ et ‘Eden Lost And Found’, Ed Harcourt est au piano sur ‘Ketamine’, ‘Churchbells, Ghosts’, ‘Ballad of a Dying Rover’, ‘At Zero Below’ et ‘Eden Lost and Found’, Jack Bates (fils de Peter Hook avec qui il joue, et actuel bassiste live des Smashing Pumpkins) tient la basse sur ‘Ketamine’, ‘Churchbells, Ghosts’ et ‘Ballad of a Dying Rover’, Wesley Eisold (Cold Cave) chante sur ‘Ketamine’, Simon Bonney (Crime and The City Solution) chante sur ‘Eden Lost and Found’, Dylan Carlson (Earth) est à la guitare sur ‘I Wouldn’t Want to Say’ et enfin le violoniste hollandais Sietse Van Gorkom joue sur ‘Stockholm City Blues’ et ‘Eden Lost And Found’.

Musicalement, les compositions se font toutes écho des diverses obsessions de Mark Lanegan que sont le folk, le blues et la new wave. Les textes sont noirs de chez noir et Mark n’est pas tendre avec sa personne, preuve en est avec ‘I Wouldn’t Want to Say’ (I will bring bad luck and misery to you, man / I’ll paint this shadow across your land / While putting something graveyard dark / Straight into your hand), ‘Stockholm City Blues’ qui fait référence à son addiction à l’héroïne (No one can tell me that enough’s enough / I paid for this pain I put into my blood) ou le très évocateur ‘Skeleton Key’ qui démarre fort (Ugly, I’m so very ugly / I’m ugly, inside and out, there’s no denyin’). Le morceau le moins personnel est peut être ‘Ketamine’, une des rares drogues qu’il n’a jamais consommé, et qui fait directement référence à une anecdote rapportée par Wesley Eisold qui, lorsqu’il visita pour la dernière fois Genesis P-Orridge (Psychic TV) à l’hôpital, vit Genesis dire à un prêtre « Non merci Monsieur, je n’ai pas besoin des derniers sacrements, mais si vous avez de la kétamine ce serait parfait. » Quant à ‘Hanging On (For DRC)’, c’est un hommage à son ami Dylan Carlson, qui comme lui est un survivant (By all rights we should be gone / But you and me still hangin’ on / Thousand ways we should’ve died / We had another land to find). Avec ‘Eden Lost And Found’, l’album se conclut tout de même sur une note d’espoir plus que bienvenue (Daylight’s a comin’ / Daylight’s callin’ me / Sunrise comin’ up, baby / To burn the dirt right off of me).

Straight Songs of Sorrow est un album à l’image de Mark Lanegan : profond, habité et diablement classe. Il est passé maître en l’art de nous guider à travers démons et tourments. De fantôme qui ne voulait pas mourir, il est devenu une lumière dans la nuit élégiaque et spectrale. C’est dans le sillon de la mort qu’il a trouvé sa voix et ses mots.

Jocelyn H.