Mark Lanegan :: I Am the Wolf

Les amateurs de Mark Lanegan, prolifique et talentueux artiste de l’ombre, avaient tout pour se réjouir à l’annonce de la publication de I Am the Wolf. L’idée première était de proposer un recueil de toutes les paroles écrites par Mark Lanegan commentées par ses soins. Imaginez David Lynch proposant un ouvrage qui donnerait potentiellement les clés de tout ce qu’il y a d’obscure dans son œuvre, cela ne vous laisserait-il pas rêveur ?

Commençons peut être par resituer un peu le personnage, juste pour celles et ceux qui n’auraient pas encore eu l’immense plaisir de régaler leurs tympans avec cette voix caverneuse de Mark Lanegan. Une de ces voix qui ont trempé dans la cendre, le bourbon et la came.
Monsieur fut tout d’abord un des instigateurs du mouvement grunge né à Seattle, avec son groupe les Screaming Trees, formé en 1985 avec deux frangins rencontrés derrière les barreaux. Les Screaming Trees ne connurent jamais le succès de leurs paires mais font néanmoins office de référence incontournable aujourd’hui. Lanegan était aussi le protégé de Jeffrey Lee Pierce du Gun Club, un proche ami de Kurt Cobain (Nirvana), avec qui il joua même le blues, et pas moins lié à Layne Staley (Alice in Chains) qu’il considérait comme son frère. Etant donné la propension de son proche entourage à passer l’arme à gauche, il est devenu un peu le fossoyeur du milieu. Il prendra aussi la route quelques années durant avec les Queens of the Stone Age. Aujourd’hui apparemment rangé des voitures, le ténébreux crooner multiplie les albums de qualité, encensés par la critique, et multiplie les collaborations mémorables (notamment avec Isobel Campbell, Soulsavers, Duke Garwood, Greg Dully et j’en passe). Il a désormais la sagesse d’un artiste qui a roulé sa bosse et le talent de celui a qui su dompter ses démons pour en tirer le meilleur parti. Pour autant, son succès commercial reste modeste et le personnage assez mystérieux.
Les paroles de Mark Lanegan sont à son image : sibyllines. Il ne s’y révèle jamais explicitement, tout en mesure et derrière des mots et des phrases dont lui seul semble détenir le véritable sens. L’annonce d’un livre censé apporter une lumière sur le sujet était donc prometteuse. Pour ceux ayant achetés le livre en prévente, le suspens fut à son comble avec une publication sans cesse repoussée.
L’ouvrage, préfacé et introduit par John Cale et Moby, s’avère être une déception plutôt prévisible. Je m’explique. C’est un régal de lire tous ces textes dans un tel recueil. Cela permet de prendre la pleine mesure de la qualité de ces écrits, ici détachés de la musique. La déception réside dans les commentaires apposés par Mark Lanegan. Les textes sont regroupés chronologiquement par album. Les commentaires ne sont en fait qu’une demi page de texte, ou au mieux une page, figurant avant les paroles de chaque albums. Ces commentaires succincts ne disent au final pas grand chose. Il nous donne éventuellement de bref détails sur les conditions qui furent celles de la conception de ces albums, mais rien qu’on ne savait déjà. Les paroles de Mark Lanegan ne perdent donc rien de leur mystère avec ce recueil. Et oui, cela était prévisible. Il était bête d’attendre autre chose de Lanegan. Désormais il ne fait plus qu’un avec l’ombre qui l’a accompagné depuis ses débuts. I Am the Wolf est à lire pour les anglophones en mesure d’apprécier la beauté de la langue. On s’en délecte comme le bel objet de littérature que c’est. Mais ne vous y trompez pas, avide de détails et d’informations, vous resterez, tel un loup affamé, sur votre faim.

Jocelyn H.