Manuel Etienne :: Ni Pluies Ni Riens

Manuel Etienne © Pictures Of Lily W.

© Pictures Of Lily W.

Salut Manu,

Je me permets de te tutoyer, toi et tes trois compères, parce qu’on se connait un peu. Tu penses bien que quand j’ai  vu que ton nouveau disque était  proposé pour une chronique, je me suis jeté dessus  comme un russe sur du Béluga. Comme ça je vais te dire ce que j’ai aimé et ce que j’ai moins aimé et on pourra en discuter un jour à Bouxières-aux-Chênes devant un verre de sangria enrichi de fraises issues de la permaculture chez qui tu sais.

Bon, trêve de plaisanterie, je t’annonce  direct que j’ai beaucoup aimé ton disque.

Je tiens aussi à te rappeler que je t’avais découvert en 2014 avec Vaudémont lors d’un fabuleux concert, que j’avais fait l’acquisition de ton disque et que la galette a tourné en boucle pendant des semaines. Je rajoute que ‘Night is Lovely’ a été ma chanson de chevet pendant quelques mois au même titre que ‘I want to stay with mine’ sur Details. Voilà le cadre est posé, je préfère donc te prévenir que j’avais placé la barre très haute pour ton troisième effort.

Une chose est certaine, tu aimes faire le grand écart, des riffs de guitare à la rythmique emblématiques de Johnny Marr  sur ‘ Ni Pluies Ni riens’, aux  parangons de grâce et de beauté que sont  l’entrée en matière ‘Arcane 99’ ,  ‘Kelly Capwell’ et ‘Du Ciel’ qui  rappellent le meilleur du minimalisme de Dominique A. Que dire de ‘Béziers’ ?, météorite incandescente et effrayante – sans piper mots, tu parles probablement de cette ville  qui n’en est plus une depuis l’arrivée au pouvoir des chemises brunes- qui surgit contre toute attente en cinquième position.

En Corsaire ‘ est moins naïve que l’air qu’elle se donne et montre un refrain vite addictif, tu déclines sur  La ‘Nuit Remue’   un romantisme qui me ferait presque penser au Mustango de Jean-Louis Murat.

D’ailleurs pourquoi s’entêter à te chercher des accointances particulières, ce  disque est marqué par une vision éclectique.

Avec  ‘Balade avec Perrine’ tu cultives l’art de la subtilité et de la mélancolie, c’est à nouveau la musique qui emprunte un itinéraire guidé par tes textes.

Au mieux tu ne vas pas me croire, au pire te foutre de ma gueule,  si je te dis que Ni Pluies Ni Riens est l’album de la maturité – c’est apparemment un mot à bannir – mais il y a un peu de ça quand même, la production de Christian Quermalet n’y est sans aucun doute pas étrangère. Il y a aussi l’alchimie du quatuor qui est, de l’avis général, de plus en plus marquante.

Ni Pluies Ni Riens s’achève que l’on ne l’a pas vu passer.

J’en oubliais presque ce que je n’ai pas aimé : Tu as juste oublié deux titres (‘Itinerario’ et ‘Le Pré à Eragny’) qui n’auraient pas failli.

Hervé

 

Le 6 mars 2014, un nouveau rejeton nommé Manuel Etienne rejoignait le club des frenchies sachant magnifiquement manier musiques et textes dans la langue d’Alain Bashung.

Vaudémont, superbe premier essai en format long de cette troupe de flibustiers poétiques et sensibles, marquait les oreilles et les esprits dans le Grand Est français (appellation d’origine mafieuse certifiée). Un pépito pop-rock littéraire aux influences partagées entre les deux côtés du Channel et à la prose singulière et touchante.
Le 18 novembre 2016, sortie de Ni Pluies Ni Riens sur les labels Les Disques de La Face Cachée et Lafolie Records (distr. DIFFER-ANT / IDOL). Deuxième LP au titre brumeux. Autant le dire tout de suite, coup de foudre absolu qui se transformera en amour durable au fil des écoutes. Claques dans ta face !

En préambule et afin de mieux s’imprégner de l’univers si particulier de ces dignes représentants de l’étonnante scène locale lorraine, une rapide présentation de l’orchestre de Manuel Etienne s’impose : au chant délicat et parfois rageur, aux textes qui aveuglent comme un flash sur l’autoroute, Manuel Etienne, le frêle dandy ; derrière les fûts reptiliens et inspirés, David L’Huiller, l’homme sauvage, redoutable faiseur de rythmes et de bruits, au jeu hypnotique et explosif ; à la 6 cordes et ses outils de colorations guitaristiques, claviers et instrument à coulisse dans lequel on souffle dedans, Tom Rocton, le Johnny Barry-Marr français ; enfin, le duke et maître des fréquences graves, corsaire des studios et bassiste sauvage au cœur tendre, Fabien Pilard.

Titre mystérieux pour un album brumeux, automnal, traversé d’éclaircies fulgurantes. Le style est instinctivement reconnaissable : Les Cure qui flirtent avec les Smith, Michel Cloup sous vitamine, de la grâce, de la poésie et du rock’n roll qui fait aussi danser les fans de pop. Balade, valse sous beaujolais nouveau, carnaval à Béziers qui part en sucette, slow new wave, pop sucrée sans risque de diabète, textes sombres et profonds sur de la musique qui fait sauter en l’air.

Arcane 99 – intro hivernale aux vents mauvais, orgue implorant le recueillement, tricots de guitares aériennes, section rythmique en dents de scie. Coupure brutale et bruitiste qui ouvre un final punk façon sprint jamaicain. Je t’ai trouvé(e) trop rapide

Ni pluies, ni riens – pop song parfaite, arpèges smithiennes envoûtantes, course contre la mort, chœurs angéliques et groove de dingos. Ne tomberons plus sur moi ni pluies ni riens.
En corsaire – balade éthérée, feuilles couleurs rouille soulevées par le vent de la forêt, mélancolie de l’enfance, musique subtile et douce. Des tonnes d’imbéciles font des courants d’air froid…

Kelly Capwell – rock faussement vintage pour un épisode érotico-platonique avec l’héroïne de la série Santa Barbara, par téléviseur interposé. Amour unilatéral,  overdrive et de tremolo, basse batterie oscillant entre valse et bon 4 temps des familles, chœurs 60’s et final de cordes étourdissantes. Le Pacifique, sans moi, n’est que de l’eau…

Béziers  – instrumental déjanté, un moment d’élévation en plein milieu de l’album, rencontre psyché-spatio-black sabbathienne avec une danseuse electro-flamenco qui s’est pris un buvard spécial carnaval de Rio à un concert de Pink Floyd.

La nuit remue – comptine noctambule new wave matinée de digressions arabisantes, grand piano qui marque le temps pour ne pas sombrer dans les bras de Morphée, final qui tourne en rond comme un mauvais rêve. Le jour nous ment, fait semblant de se lever…

Hors-piste – explosion pop-rock au charme venimeux. Ca swing sévère, ça ralentit soudainement pour respirer un peu de vapeur qui fait du bien puis ça repart en division panzer. Il est à nouveau question de mort et d’éphémère dans ce titre servi sur un caviar mélodique façon Cardigans meets The National. Nostalgique du futur, un jour peut-être…

Du ciel – objet non identifiable, sorte de balade hors du temps aux allures de train-fantôme, qui délie ses orchestrations fines et obsessionnelles en chapelets de hautbois, clavecin et cordes. Et cette guitare très Cure qui vient percer le maelström en fin de partie. Magnifique. Du ciel, j’ai cru voir grandir un spectre…

Balade Avec Perrine – superbe balade au clair de lune, subtilement mise en relief par une ménagerie de glockenspiel, orgue chorusé, percussions puissantes mais douces, chœurs divins, piano divaguant et guitares atmosphériques. Une sensation de fin de nuit à observer les étoiles et rêver. Les feuilles sont comme nous, elles tombent de haut, c’est fou…

La Masse de Vide – The Clash versus Arcade Fire pour ce final hallucinant d’énergie. Chant hurlé qui fait se dresser les poils d’émotion et qui éructe une sorte de mantra en direction du ciel. Piano hypnotique donnant la mesure de ce chant de guerrier. Interlude à la beauté pure avant l’envolée finale des cordes vers la stratosphère. Saturne est là, qui me guette encore…

Enregistré par Baptiste Bruzi aux Downtown Studios (Strasbourg). Mixé, produit par Christian Quermalet au studio Alphonsine (Valcanville). Masterisé par Rémi Salvador chez Climax Mastering (Paris).
Déjà un de mes albums préférés de 2016.
Alors, écoute-le et kiffe comme si tu devais mourir demain.

Papy Cools