LOTH

Loth Portrait

Une fois n’est pas coutume, on va parler de black métal. Un genre totalement ignoré dans ces pages mais qui a le droit de cité comme tous les autres. Si l’on en parle, c’est parce que le label messin Specific Recordings nous surprend encore une fois avec une nouvelle signature (et donc un nouveau vinyle) qui va nous obliger à sortir de nos habitudes d’écoutes.

Chez Electrophone, on aime être bousculés et découvrir de nouvelles musiques, mais on aime surtout tout savoir sur ce que l’on découvre.

Voici donc l’interview du duo Loth. Un nom qui ressemble à celui d’un dieu viking qui aurait remonté la Moselle et décidé de finir sa route en terre messine pour remuer la belle endormie qu’est Metz.

Il y a longtemps déjà, tu m’avais dit que tu composais un album de métal et que tu ne savais pas trop où ça allait t’emmener. Maintenant que l’album est sorti dans quel état d’esprit te trouves-tu ? Est-ce que le résultat est à la hauteur de tes espérances ?

LOTH : Effectivement, ça faisait un bout de temps que j’en parlais. C’est simplement une page qui se tourne. Est-ce que ce disque est à la hauteur de mes espérances ? Oui et non. Je me dis que j’aurais pu faire mieux, mais je pense que c’est un sentiment normal.

On te connaît plus dans la mouvance shogaze/psychédélique et ceux qui ne te connaissent pas vraiment vont découvrir une nouvelle facette de toi. Avais-tu envie de surprendre avec cet album ?

LOTH : Non non, pas du tout. Je compose du black métal depuis 2008 environ, et tous ceux qui me connaissent le savent. J’ai juste eu le temps, et sûrement une envie plus importante qu’auparavant, de faire un disque complet et le sortir. Ça ne surprendra personne, je pense.

Le nom Loth vient de Lotharingie ou ça n’a rien à voir ? C’est une manière d’ancrer l’album dans des influences médiévales ou c’est par pur chauvinisme ?

LOTH : J’ai choisi ce nom pour le personnage biblique. J’avais conscience qu’on ferait le lien avec Lothringen et ça ne me dérange pas. Ce n’est qu’un nom de groupe au final.

Peux-tu nous parler des thèmes et des influences abordés dans l’album ?

FLO : Il n’y a pas de thématiques particulières abordées dans le disque. Les textes sont des extensions d’idées qui me trottent dans la tête, des trucs généralement assez négatifs. Ca fait du bien d’écrire à propos de toutes ces choses que je ressens viscéralement et que je ne peux souvent exprimer autrement que par le cri / l’écrit. Souvent, je cherche des réponses aux questions que je me pose, sans forcément toujours les trouver. Mais au moins, je sors la merde que j’ai dans la tête. C’est déjà ça.

Florian au chant, c’était une évidence dès le départ où l’idée est venue bien après ?

LOTH : Je t’avoue ne plus trop savoir comment cette affaire s’est goupillée. Dans tous les cas, je ne voulais pas le faire moi-même. J’ai du en toucher un mot à Flo, de mon intention de faire un disque de black métal, et je crois que l’idée de chanter dessus lui plaisait. Me souviens plus exactement, ça doit bien faire deux ans…

Flo, tu joues dans d’autres formations très éloignées du black métal, mais on sait que tu aimes aussi le genre. Mis à part le chant, est-ce que tu as donné des conseils à Loth ?

FLO : Je lui ai suggéré d’utiliser de l’auto-tune pour la voix, mais on s’est finalement dit que ce n’était pas une si bonne idée que ça.

Le black metal est une musique très codée. As-tu voulu, de quelque manière que ça soit, t’écarter de ces codes ou au contraire y être fidèle ?

LOTH : C’était très codé dans les années 90. Maintenant, c’est un style de musique comme un autre, avec ses sous-genres, ses groupes commerciaux, ses mélanges de styles et d’influences. C’est même (malheureusement) devenu une marque. Personnellement, j’ai fait celui que j’aime et celui que j’ai envie d’écouter, donc plutôt fidèle aux première et seconde vagues de groupes.

Quand tu ne joues pas de la musique dans d’autres formations, tu travailles dans un studio d’enregistrement.  Est-ce que tu as tout enregistré seul ou as-tu préféré laisser ce travail à une autre personne pour mieux te concentrer sur la musique ?

LOTH : J’ai tout enregistré et mixé moi-même, dans ma chambre. Pour le mastering j’ai fait appel à Julien LOUVET qui encore une fois a fait un super boulot.

Était-ce une évidence de sortir l’album chez Specific Recordings ou as-tu cherché à le proposer à des labels plus spécialisés dans le genre ?

FLO : On a démarché plusieurs labels que l’on appréciait tous les deux et on s’est mangé quelques refus et critiques cinglantes. Ce qui est cool, je trouve. Les types ont l’expérience et surtout l’honnêteté de nous dire que ça ne leur plaît pas. Ca fait plaisir d’avoir un retour de leur part, qu’il soit bon ou mauvais. Du coup, on a fini par prendre la décision de le sortir nous-mêmes via Specific Recordings, le label dont je m’occupe avec Jennie. L’idée de faire ça sans label me paraissait la meilleure dès le départ, mais il fallait quand même essayer de « démarcher », au cas où. Au moins, là, on reste un peu maître du truc, on sait où le disque va aller, on gère la production et la vente, c’est cool.

loth artwork specific recordings

Peux-tu nous parler de l’artwork qui fait très pochette de métal scandinave ?

LOTH : Oui, là nous sommes dans le code. J’adore la forêt, je peux y passer des journées entières, c’est beau, calme et reposant. La photo est de Sebastien Grisey, talentueux photographe messin. À sa rentrée de vacance d’hiver, j’ai vu ses clichés de forêts vosgiennes et je me suis permis de lui demander l’autorisation d’en utiliser quelques-unes pour le projet LOTH. Il a gentiment accepté et je l’en remercie encore. Puis la photo est passée entre les mains de Jennie Zakrzewski qui a sublimé tout ça pour en faire la pochette que tu as devant toi aujourd’hui. J’en profite d’ailleurs pour la remercier encore pour son travail.

Est-ce que tu comptes défendre l’album sur scène ?

LOTH : Ce n’est pas prévu, non. Je pense que ce sont les groupes qui jouent sur scène, pas les duos black métal. Je ne suis cependant pas totalement fermé. Simplement, je verrai avec le temps si j’ai envie de le faire.

As-tu envie de poursuivre l’expérience Loth avec un second album ou est-ce seulement un one shot ?

LOTH : La suite est prévue, une partie est déjà enregistrée. Je n’en dis pas plus pour le moment. J’arrêterai ce projet quand je n’aurai plus de musique à proposer. Pour le moment, j’ai encore plein de choses à faire.

Propos recueillis par Damien