Livre-Toi :: Swann Mayolle


En ces temps confinés où l’on pense que l’essentiel est ailleurs, la culture souffre sans avoir vraiment les armes pour lutter.
On ferme les salles de concerts, les disquaires, les librairies sous prétexte qu’ils délivrent des « produits » dispensables à la vie de tous les jours.
Electrophone est évidemment convaincu du contraire et ne peut exister sans musique et sans livres.
On aimerait profiter de ces instants troublés pour demander à quelques artistes et acteurs de la vie musicale quels rapports ils entretiennent avec la littérature.

Swann Mayolle, ancien bassiste du groupe de rock toulousain Maddyson, travaillant présentement sur des lectures musicales, ainsi qu’à la genèse d’un nouveau groupe en tant que bassiste nommé Les Enfants Perdus, qui n’hésite pas à citer Deftones ou encore The Killimanjaro Darkjazz Ensemble comme influences musicales personnelles, vient de sortir aux éditions de l’Harmattan C’est le désert qui nous a avalés, son premier roman. Le questionnaire de Livre-toi lui était donc tout destiné.

Votre livre préféré et pourquoi ?

Ma réponse est sujette à caution, repose-la-moi dans un an et elle pourra fluctuer légèrement. Si je laisse parler l’évidence, mon livre préféré serait Moins que zéro de Bret Easton Ellis. À l’époque, j’avais jamais lu de truc pareil ! J’ai découvert le mec à travers son premier roman, et je l’ai dévoré, et il m’a hanté, et je l’ai disséqué pour trouver ce qui me faisait l’aimer. Résultat ? J’adore suivre Clay dans un L.A complètement flingué à l’éther, passif, hermétique, avec des fulgurances poétiques, comiques et caustiques qui pop çà et là, l’air de rien. C’est juste jouissif.

Mais si j’interroge un peu plus mon cœur, il balance beaucoup vers L’amour brut d’Eric Jourdan. À chaque lecture, il me chamboule ce livre – et j’en fais régulièrement la cure. Son narrateur, Tom, est un point de bascule entre Éros et Thanatos, on veut l’aimer désespérément comme tous ces copains. Il est l’amour. L’amour fou. Pour certains c’est Roméo et Juliette, moi c’est L’amour brut.

Votre auteur préféré et pourquoi ?

Bret Easton Ellis, je ne peux pas y échapper, c’est en le lisant que j’ai le plus maturé mon écriture, mon style. Son détachement, ses atmosphères d’anesthésie généralisée, son talent de suggestion, son minimalisme rococo… J’adore me laisser porter dans la vacuité de ses personnages.

L’écrivain que vous auriez aimé être ?

Je ne suis pas sûr de vouloir être des écrivains que j’admire… La plupart ont certainement goûté plus de poudreuse que de variétés de thé ! J’aime la littérature des débordements, des tabous, c’est une curiosité morbide, et elle ne me ressemble en rien. Peut-être est-ce une manière de me tirer hors de moi-même, de pousser les curseurs plus loin que je ne le ferais jamais.

Roman, biographie, science-fiction, BD… ? Quel genre préférez-vous ?

Pour peu que ça me plaise, tous ! Je suis surtout lecteur de romans. J’écris principalement des nouvelles, mais je tends à brouiller les frontières entre ces deux formats. Mais pour l’essentiel, faut bien avouer qu’un peu de sex, drugs and rock’n roll fait bien passer la pilule, peut-importe le genre…

Le premier livre que vous avez acheté ou reçu en cadeau ?

J’ai aucun souvenir de celui que ça a pu être… Je peux parler des livres qui m’ont biberonné et ont accompagné mes balbutiements en tant que lecteur. Comme beaucoup de ma génération, j’ai accroché au livre avec la saga Harry Potter et l’œuvre de Pierre Bottero qu’on a commencé par me lire puis j’ai pris la main pour les continuer seul.

Vous est-il déjà arrivé qu’un livre provoque chez vous l’envie de composer une musique ou d’écrire un texte ?

Il y a bien eu Peter Pan de J. M. Barrie, Sa Majesté des mouches de William Golding ou Le Petit Prince de Saint-Exupéry qui ont grandement participé à l’écriture et la composition d’un projet concept visant à raconter l’histoire d’enfants vagabonds devant un monde adulte qu’ils fuient.

Mais à vrai dire, c’est plus souvent la situation inverse qui se passe… Mon premier roman, C’est le désert qui nous a avalés, multiplie les entrées musicales pour nourrir des atmosphères ou aiguiller une intrigue. J’aime aussi nourrir mon imagerie de clips divers, ou encore faire des personnages ayant une affinité plus ou moins profonde à la musique.

Et pour prolonger ce lien entre littérature et musique qui m’est cher, je travaille avec des amis sur des lectures musicales à partir de mes textes et d’ambiances sonores semi-improvisées.

Quel est votre environnement idéal pour lire ?

Le train c’est un bon spot. Il y a peu de distractions, du coup avec des écouteurs et un bon bouquin, c’est une occasion parfaite pour lire ! Mais je ne le prends pas tous les jours, loin de là, donc je me force parfois la main à esquiver, l’espace d’une heure, les distractions hypnotisantes des écrans pour plonger dans le monde des pages.

Quel livre pourriez-vous offrir à chaque fois et pourquoi ?

Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami, parce qu’il m’a redonné goût à la lecture à un moment, et que peut-être sans lui je ne serais pas celui que je suis aujourd’hui. C’est une belle histoire baignée de sagesses et de fantaisies tout à fait nippones. Et peut-être qu’il pourrait gâter mon prochain comme il l’a fait avec moi.

Quel livre offririez-vous à votre pire ennemi et pourquoi ?

Je ne sais pas, je n’ai pas vraiment de pire ennemi… Peut-être un livre de Dennis Cooper, Frisk au hasard… Si tant est qu’il le lise, il aura alors de bonnes raisons de me détester ; sinon il se payera peut-être une bonne gerbe de dégoût ; ou il finira psychotique et finira à l’asile ; ou il ne le lira pas et un pote érudit le regardera bizarrement quand il verra le livre dans sa bibliothèque. Moi j’adore ce que fait Cooper, mais je dirais que je suis une minorité… C’est moralement discutable – et c’est peu dire. Âmes sensibles s’abstenir.

Le dernier livre acheté ? Que raconte-il ?

Mon dernier achat c’est Nous sommes maintenant nos êtres chers, de Simon Johannin, c’est un recueil de poèmes, je n’ai pas encore commencé à le lire. Je sais juste que j’ai aimé ses romans. Je m’y attèlerais sans doute derrière le monstre de quasi 1000 pages que sont Les détectives sauvages de Roberto Bolaño. C’est un peu l’Ulysse de James Joyce à la sauce Chili ; une histoire aux voix multiples sur les traces d’une poétesse mythique. C’est copieux et fameux.

Propos recueillis par Jocelyn H.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.