Livre-toi :: Pascal Bouaziz

© Emmanuel Bacquet

En ces temps confinés où l’on pense que l’essentiel est ailleurs, la culture souffre sans avoir vraiment les armes pour lutter.
On ferme les salles de concerts, les disquaires, les librairies sous prétexte qu’ils délivrent des « produits » dispensables à la vie de tous les jours.
Electrophone est évidemment convaincu du contraire et ne peut exister sans musique et sans livres.
On aimerait profiter de ces instants troublés pour demander à quelques artistes et acteurs de la vie musicale quels rapports ils entretiennent avec la littérature.

Pascal Bouaziz c’est Mendelson et plus récemment Bruit Noir. En 2016 il publie également Passages, un recueil de haïkus, aux éditions Le Mot et Le Reste. Il a une voix reconnaissable et une plume que l’on n’oublie pas. Ecoutez II/III, le deuxième album de Bruit Noir paru en 2019 et vous verrez, c’est drôle, cynique et poétique. Le dernier projet de Pascal Bouaziz est le même que celui de Michel Cloup déjà cité, puisqu’ils collaborent dessus, j’entends l’adaptation musicale du roman A la ligne : Feuillets d’usine, de Joseph Ponthus,

Votre livre préféré et pourquoi ?

Vie et Destin de Vassili Grossman. C’est la plus grande leçon d’humanité que j’ai reçue. C’est un des livres qui me fait le plus réfléchir aux endroits où naturellement je me trouve porté à réfléchir. C’est aussi un des livres qui poussent le plus loin l’espèce de pouvoir trouble que possède le roman : rentrer dans la tête des gens. C’est un livre très noir. Très noir sur l’âme humaine. Et donc très vrai. Et donc très libérateur et jouissif par sa vérité. C’est aussi le livre le plus émouvant qu’il m’ait été donné de lire. Je le lis régulièrement et je regarde comment le livre change ou plutôt se révèle encore plus riche et plus riche encore à mesure que je change moi-même. 

Votre auteur préféré et pourquoi ?

Je suis un peu vieux pour avoir ce genre de goût exclusif. Un seul auteur ? Pour quelle heure de la journée ? Pour quel jour ? Quelle saison ? De quel pays ? De quel siècle ? Et puis ce genre de réponses attendues ça fait un peu syndrome du nain sur l’épaule du géant. Si j’ai la bonne réponse, si je me perche sur les bonnes épaules, moi le nain, je me sentirais vachement grand. Bref ! Voici quand même mes géants : Hemingway, Perec, Grossman, Michaux, Dostoïevski, Kenshin, Bouvier, Pessoa, Proust, Soseki… Etc… Morrissey, Cohen, Dylan… Etc… Chris Ware, David B., Chester Brown… Etc… Bergman, Fellini… Stop ! Pitié ! N’en jetez plus. Le nain est vraiment très grand !

© Emmanuel Bacquet

L’écrivain que vous auriez aimé être ?

Un bon écrivain, mais heureux ? Je ne sais pas si ça existe. Mais je ne sais pas si j’aurais vraiment aimé être écrivain.

Roman, biographie, science-fiction, BD… ? Quel genre préférez-vous ?

Le genre ne m’intéresse pas vraiment. Ce que fait Philip K.Dick au cerveau, cette distorsion de la perception qu’il provoque, ne dépend pas vraiment du genre de littérature dans lequel d’ailleurs il n’a pas choisi d’écrire. Il était bon là-dedans, c’est tout. La sorte de lumière noire que laisse David B. dans l’imaginaire ne tient pas au fait qu’il fasse de la BD. Mais chacun dans son médium particulier trouve sa manière particulière d’être le plus dévastateur possible. Bref ! À mon sens, le genre en tant que tel n’a aucun intérêt.

Le premier livre que vous avez acheté ou reçu en cadeau ?

Je n’en sais vraiment rien. Le premier livre qui m’a profondément marqué, c’est Thérèse Desqueyroux de Mauriac. Livre à lire en classe de 3eme. Que j’ai relu 4, 5 fois pendant mon adolescence. Le simple fait que j’ai pu tomber amoureux de cette femme me donne quelques indices personnels sur mon état mental de l’époque.

Vous est-il déjà arrivé qu’un livre provoque chez vous l’envie de composer une musique ou d’écrire un texte ?

Assez évidemment, oui. Dès que je suis en état d’écrire des chansons, dans la disponibilité d’esprit particulière à cet exercice : tout ce que je lis provoque directement ou indirectement l’écriture. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai du mal à lire des textes qui ne m’intéressent pas vraiment. Ou lire simplement pour passer le temps comme on dit. Des policiers suédois. Des conneries. Des petits romans. Des trucs sympatoches. C’est pas tellement par snobisme, c’est surtout que : d’abord, je perdrais mon temps, et j’ai plus tellement de temps à perdre à mon âge, ensuite j’écrirais des mauvaises chansons par conséquence directe de ces mauvaises lectures.

Quel est votre environnement idéal pour lire ?

L’endroit où j’ai le plus lu, et l’endroit où il m’a été le plus utile de lire en tout cas, c’est la banquette du métro.

Quel livre pourriez-vous offrir à chaque fois et pourquoi ?

Une anthologie du poème court japonais. Je pourrais. Simplement parce que si vous n’y mettez pas votre attention : ça passe tout seul, c’est mignon, ça ne dérangera personne. Et si vous y mettez votre attention, ça peut changer votre vie. Vous faire accéder à un monde inconnu jusqu’alors. Comme de découvrir une quatrième dimension juste au coin de la rue banale où vous vivez depuis 20 ans.

Quel livre offririez-vous à votre pire ennemi et pourquoi ?

Je n’ai pas de pire ennemi. Je n’ai pas d’ennemis. Il y a parfois simplement des gens qu’il ne m’intéresse pas beaucoup de rencontrer. À qui ça ne m’intéresse pas beaucoup de parler, alors encore moins de leur conseiller des livres.

Le dernier livre acheté ? Que raconte-il ?

 Watership Down, Richard Adams, chez l’éditeur Monsieur Toussaint L’Ouverture. Je ne sais pas trop ce que ça raconte. C’était pour un cadeau. Apparemment c’est bien. Dans la version restaurée du film Donnie Darko, il y a tout un passage sur ce livre qui n’était pas dans la version du film que je connaissais. La personne à qui je l’ai offert l’aime beaucoup et m’a dit que ça me plairait sûrement. A suivre donc… Peut-être…

Propos recueillis par Jocelyn H.

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