Livre-toi :: Michel Cloup

© Richard Dumas

En ces temps confinés où l’on pense que l’essentiel est ailleurs, la culture souffre sans avoir vraiment les armes pour lutter.
On ferme les salles de concerts, les disquaires, les librairies sous prétexte qu’ils délivrent des « produits » dispensables à la vie de tous les jours.
Electrophone est évidemment convaincu du contraire et ne peut exister sans musique et sans livres.
On aimerait profiter de ces instants troublés pour demander à quelques artistes et acteurs de la vie musicale quels rapports ils entretiennent avec la littérature.

Michel Cloup est un musicien aux nombreux projets artistiques qui se sont toujours révélés aussi riches dans la musique que dans les textes. Dans les divers projets, pour ne citer qu’eux, nous avons Diabologum, Michel Cloup Duo et le plus récent étant une adaptation musicale du roman A la ligne : Feuillets d’usine, de Joseph Ponthus, qui voit collaborer Michel Cloup Duo et Pascal Bouaziz (Mendelson, Bruit Noir) et dont l’album sortira chez Ici D’Ailleurs

Votre livre préféré et pourquoi ?

J’ai tellement de livres préférés, ça prendrait des heures, de plus, la liste grossit au fil des années. Un de mes livres préférés de ces dernières années c’est Sale temps pour les braves de Don Carpenter. C’est un roman bouleversant, drôle, désespéré, extrêmement puissant, une sorte de fresque américaine écrite dans les années 60 mais encore terriblement moderne. C’est sans fioritures au niveau du style, très américain, précis, ciselé et efficace.
« Mais jusqu’à ce qu’il ait des enfants, il n’avait jamais bien su à quoi servait l’argent. »

Votre auteur préféré et pourquoi ?

Richard Brautigan, Annie Ernaux, Philip K.Dick, JP Manchette, Guy Debord, Don DeLillo, Lou Reed, Pasolini, Raymond Carver, JG Ballard, Joseph Ponthus et bien d’autres encore.

Ils ont chacun leur force de frappe bien personnelle, sans concessions.

L’écrivain que vous auriez aimé être ?

Aucun, j’ai déjà assez de soucis à essayer d’être moi-même.

Roman, biographie, science-fiction, BD… ? Quel genre préférez-vous ?

Ça dépend des moments, il n’y a pas de règle. Je lis systématiquement plusieurs livres en même temps, parfois de manière assidue, parfois fractionnée. Certains livres sont dévorés, d’autres sont savourés sur plusieurs mois. De la même manière j’adore aller piocher un livre dans ma bibliothèque pour lire un passage puis le reposer. J’ai aussi beaucoup de livres que je n’ai pas finis, ni même lus, c’est assez agréable d’ailleurs, je les prends dans ma main en me disant que si un jour je suis très pauvre au point de ne plus pouvoir acheter un seul livre, je pourrai lire ceux-là.

© Manuel Rufié

Le premier livre que vous avez acheté ou reçu en cadeau ?

J’ai commencé à lire des comics Marvel très jeune (Strange, Nova, Titans). Le premier roman qui m’ait marqué c’est L’homme qui brillait la nuit de Sid Fleischman. C’est une série B jeunesse. J’avais l’âge du héros, il était né le même jour que moi et ça lui donnait le pouvoir de voir dans l’obscurité et de voir les fantômes. J’ai longtemps cru avoir ce pouvoir moi aussi.

Vous est-il déjà arrivé qu’un livre provoque chez vous l’envie de composer une musique ou d’écrire un texte ?

Oui, bien sûr, la littérature fait partie de ce qui nourrit mon inspiration, comme les autres formes artistiques ainsi que mon expérience personnelle.

Quel est votre environnement idéal pour lire ?

La solitude et le silence. J’ai du mal à lire dans un bus, je déteste lire quand il y a de la musique en fond sonore. Je suis vite distrait et mes pensées reprennent le dessus, je suis obligé de relire 5 fois la même phrase.

Quel livre pourriez-vous offrir à chaque fois et pourquoi ?

Ça dépend des années et de mes coups de coeurs. Ces dernières années j’ai beaucoup offert des livres d’Annie Ernaux, Retour à Reims de Didier Éribon,
Sale temps pour les braves de Don Carpenter et bien sûr À la ligne de Joseph Ponthus. J’ai juste envie de partager ces livres adorés.

Quel livre offririez-vous à votre pire ennemi et pourquoi ?

Je n’aime pas perdre mon temps. Je vais plutôt continuer d’offrir des livres à mes amis.

Le dernier livre acheté ? Que raconte-il ?

Soseki : Oreiller d’herbe ou le voyage poétique

Résumé officiel :
« Au printemps, un jeune artiste décide de se retirer dans la montagne, loin des passions et de l’agitation de la cité, rencontre une jeune femme malicieuse et fantasque, rêve de peindre le tableau qui exprimerait enfin son idéal et ne réussit qu’à aligner poème sur poème ! ».

C’était parfait pour moi au début de ce second confinement. Je le savoure, étant donné que je me suis replongé dans de la poésie (Carver, Cohen) et dans la correspondance de Manchette, en parallèle.

Propos recueillis par Jocelyn H.


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