décembre 23, 2020

Livre toi :: Eugene S. Robinson

Par Ground Control To Major Tom


En ces temps confinés où l’on pense que l’essentiel est ailleurs, la culture souffre sans avoir vraiment les armes pour lutter.
On ferme les salles de concerts, les disquaires, les librairies sous prétexte qu’ils délivrent des « produits » dispensables à la vie de tous les jours.
Electrophone est évidemment convaincu du contraire et ne peut exister sans musique et sans livres.
On aimerait profiter de ces instants troublés pour demander à quelques artistes et acteurs de la vie musicale quels rapports ils entretiennent avec la littérature.
Eugene S. Robinson est le plus redoutable des mecs en slip. Chanteur à l’imposante présence dans Oxbow, écrivain auteur du roman Paternostra publié chez Inculte, journaliste et passionné de baston – comprenez les sports de combat – sujet sur lequel il a également écrit un livre, Eugene S. Robinson est vrai couteau suisse mais qui rentre difficilement dans la poche.

Votre livre préféré et pourquoi ?

Bizarrement, je n’ai aucune gêne à répondre Catch-22 de Joseph Heller. C’est généralement considéré comme un genre de classique pop et je trouve que son accessibilité fait partie de son charme. L’écriture ne se crée pas d’obstacles pour sa compréhension. Putain, c’est drôle comme tout, même si on dit qu’une partie du sujet a été piquée, ce qui semble crédible. Et c’est philosophiquement sain. Il y a de meilleurs auteurs et des auteurs que j’aime mieux mais j’ai lu ce livre… et je l’ai relu au moins quatre fois.

Votre auteur préféré et pourquoi ?

Martin Amis. J’ai lu au moins six de ses livres et je n’ai pas encore trouvé une seule chose qui ne va pas avec eux. Je pense qu’il est à la fois sous-estimé et surestimé pour toutes les mauvaises raisons. Mais je pense qu’il est peu probable qu’il reçoive un jour la reconnaissance qu’il mérite car il me semble qu’il faudra des années aux écrivains moins habiles pour même comprendre ce qu’il faisait.

L’écrivain que vous auriez aimé être ?

Je n’ai jamais voulu être personne d’autre que moi. Mais Henry Miller a semblé passer un très bon moment.

Roman, biographie, science-fiction, BD… ? Quel genre préférez-vous ?

Cela dépend juste de ce que j’écris. Quand j’écris de la fiction, je préfère lire de la non-fiction. Quand j’écris de la non-fiction, je préfère lire de la fiction.

Le premier livre que vous avez acheté ou reçu en cadeau ?

Mes parents m’achètent des livres depuis avant que je ne sache lire, donc je ne m’en souviens pas. Mais le premier livre que je me suis acheté ? Gods, Men and Ghosts par Lord Dunsany. Je devais avoir 8 ans.

© W. Hollywood

Vous est-il déjà arrivé qu’un livre provoque chez vous l’envie de composer une musique ou d’écrire un texte ?

Non. Bien que j’ai fait un projet avec Philippe Petit appelé The Crying of Lot 69…. qui était un plagiat de The Crying of Lot 49 (Vente à la criée du lot 49, Thomas Pynchon).

Quel est votre environnement idéal pour lire ?

Partout où je ne peux pas être trouvé et stoppé.

Quel livre pourriez-vous offrir à chaque fois et pourquoi ?

Je n’ai qu’un film comme celui-ci. The Servant. Réalisé par Joseph Losey, il est basé sur la nouvelle de Robin Maugham du même nom (et oui, il est lié à Somerset). Je le donnais en cadeau et je l’utilisais pour déterminer avec qui je passerais du temps. Par exemple, si vous n’aimiez pas The Servant, la probabilité que nous puissions rester amis était très faible. Mais des livres comme ça ? Non.

Mais c’est parce qu’avec les films, c’est tellement subjectif que j’ai une certaine marge de manœuvre et que j’ai entretenu une amitié avec des gens qui n’ont pas apprécié le film. Cependant, si je vous dis de lire A Minor Apocalypse de Thaddeus Konwicki et que vous ne l’aimez pas ? Nous devrons peut-être nous battre à mains nues.

Quel livre offririez-vous à votre pire ennemi et pourquoi ?

Mon livre de combat (Fight: Everything You Ever Wanted to Know About Ass-Kicking but Were Afraid You’d Get Your Ass Kicked for Asking). Il leur est dédié.

Le dernier livre acheté ? Que raconte-il ?

La Nuit du Révolver de David Carr. Il s’agit de la chute d’un écrivain dans la drogue. J’ai tendance à ne pas aimer les trucs comme ça, mais c’était recommandé par quelqu’un et j’ai pensé que ça pourrait être bon pour se marrer.

Propos recueillis par Jocelyn H.