LIVE REPORT :: LES NUITS DE L’ALLIGATOR A L’AUTRE CANAL NANCY

Comme tous les ans, je me rends aux Nuits de l’Alligator, un festival itinérant qui pose ses flycases à L’Autre Canal avec cette année une affiche plutôt alléchante. Branché plutôt musiques roots (blues, garage, rockab, soul, rock’n’roll voire country), ce festival a tout pour m’intéresser, même si d’expérience il y a toujours son lot de déception. Soyons clair, cette édition ne dérogera pas à la règle, même si cette fois, ce n’est pas la qualité intrinsèque des groupes qui est en cause, mais plutôt la domination outrancière de l’un d’eux. Bref… un peu de suspens que diable !
Donc, vendredi, 20h, j’organise un petit co-voiturage et je passe prendre les copains sur le chemin de la salle. On arrive à 20h25, les concerts sont annoncés à ’30, nickel me dis-je ! Salle fermée, quasi-personne devant, je commence à me dire que ça pue. Mais cet indéfectible optimisme qui me caractérise s’en trouve rassuré quand Bader (héro de la sécurité locale) vient nous ouvrir et nous annoncer que ça commencera à 21h. On en sera quitte pour une première tournée au bar, ayant retrouvé des cartes cashless dans nos tiroirs avec en prime de l’argent dessus, elle est pas belle la vie ? Armé d’un rhum citron pas terrible dans un gobelet en plastique, on patiente un peu et la salle se remplit doucement, les gens sont visiblement moins cons que nous et ont compris que 20h30 sur un ticket, ça veut dire 21h en fait.
On sent bien dans les conversations qu’un groupe est particulièrement attendu, le buzz youtube et les échos des festivals de l’été dernier (Binic, Cosmic Trip, etc…) ayant fait le job.
Mais il est temps de pénétrer le club et d’aller juger sur pièce le trio parisien Howlin’ Jaws. Trois jeunes mecs, hyper lookés avec chemise western/jean coloré/gomina. Guitare/batterie/contrebasse et chant pour un rockabilly teinté de soul et de rythm’n’blues. Annoncé par la presse parisienne (la meilleure donc, c’est bien connue) comme le « meilleur groupe de rock’n’roll de France », le trio commence mollement et, si au début on tape un peu du pied, on observe quand même avec circonspection ce groupe qui renvoit quelque chose d’à la fois arrogant et fabriqué. C’est peut-être le guitariste et ses poses agaçantes (ah ces petits mouvements de poignet), le chant trop bien chanté ou la batterie sans énergie mais il manque quelque chose à ce groupe trop lisse. Ils ont pour eux l’avantage de la jeunesse et une base technique certaine (ça c’est, bien à condition de s’en affranchir) mais (et là je pourrais écrire une thèse sur tous ces groupes parisiens pseudo rock’n’roll qui font tout bien comme il fautpour réussir) ça manque singulièrement d’âme et paradoxalement de fraîcheur. On est bien loin des requins hurleurs annoncés et plus proche des dauphins miaulant.

Comme ça ne décolle pas vraiment, on quitte la salle pour une deuxième tournée et cette fois je tente le rhum agrumes. Pas mieux. Les avis s’échangent et convergent sur le trio. Mais on sent bien que l’attente est ailleurs et dès l’annonce du deuxième concert, la foule se rue dans la salle. Et là, en un demi-morceau, on a compris ce qui manquait à la première partie : de l’énergie et de la sueur !
C’est donc bien The Schizophonics que l’on attendait de juger sur pièce après les rumeurs de tornade scénique de cet été, quelques vidéos youtube et un album de la semaine sur Canal + qui promettaient monts et merveilles. Et ben pour une fois, la réalité est encore plus impressionnante et c’est à une véritable performance athlétique à laquelle nous assistons de la part du frontman Pat Beers. Sur une solide base basse-batterie qui crée le cadre sonore général, à base de beats et de riffs simples mais efficaces, sans chichis et sans démonstration, le guitariste-chanteur comparé à Iggy Pop et James Brown met le feu aux planches. Frappé par un genre de syndrome étrange qui l’empêche de rester en place plus d’1 seconde, il virevolte à travers la scène, nous gratifiant de moults cabrioles, roulades, sauts carpés, triples axels, grands écarts, vrilles, pas chassés et autres mouvements de gymnastique non répertoriés par le comité olympique. Tout en gueulant dans un micro largement maltraité et en plaquant des accords ultra saturés de la main gauche (les médiators et la main droite c’est so 2018) sans jamais tomber à côté (ou alors on s’en fout et ça se remarque pas dans le bordel ambiant). Passée la stupéfaction, on se dit qu’il ne va pas tenir tout un concert sur ce rythme. C’est mal connaître la qualité de l’alimentation bio du côté de San Diego ou alors il faut commencer à envisager des contrôles anti-dopage pour le rock’n’roll. Une telle condition physique c’est juste hallucinant et je rêve d’avoir ses genoux et ses adducteurs. Non seulement il ne se calme pas mais l’énergie déployée prend des formes toujours surprenantes et cool. C’est maitrisé mais improvisé, 10 ans d’expérience mais une fraîcheur intacte, une attitude résolument rock mais sans la pose. La leçon. Pour tout le monde. Fermez la boutique les gars, ils ont tué le game comme disent les jeunes (mais ça se trouve ils le disent déjà plus).
Et en plus ils ont l’air sympa et corporate. On avait déjà remarqué la tignasse de Patrick Bières s’agitant sur le concert d’Howlin’ Jaws, voilà qu’il les invite à partager la scène avec eux sur une reprise du « Shake baby shake » de Jerry Lee Lewis. Ils sont donc 7 sur scène (le mec de YAK les a rejoint visiblement contraint et forcé, avec un enthousiasme frisant la neurasthénie) et on se dit que ça y est, il n’a plus la place pour sauter partout. Encore raté, les autres n’ont qu’à se pousser. Ou alors s’il n’y a plus de place sur scène, il y en a dans la salle (qu’il réussit à faire s’asseoir dans un rare moment d’immobilisme relatif, mais c’était pour mieux sauter partout à nouveau) ou sur les murs, on ne va quand même pas se laisser arrêter pour si peu. Bref, un final en apothéose en mode fin de colonie de vacances pour ces 3 groupes qui ont partagé une mini-tournée ensemble, sympa.

Ça se termine, tout le monde sort un peu sur le cul et on se dit que : 1. Les parisiens savent ce qui leur reste à faire pour devenir un vrai groupe de rock’n’roll, 2. On n’aimerait pas être à la place des anglais de YAK parce que là ça va être compliqué !
On fait un tour au merch et on discute un peu avec le bassiste-shérif et la batteuse (c’est aussi la femme du chanteur et s’il est comme ça dans la vraie vie, ça doit être épuisant) qui sont adorableset qui réussissent à me fourguer une version rare, orange et plus chère de leur EP (et pour ceux qui se posent la question, ça passe aussi très bien sur une platine et sans les sauts de cabri). Re-tournée, re-débrief avec les copains ou les connaissances croisées et unanimité, c’est la claque de ce début d’année !
On se rend devant le concert de YAK, parce que bon quand même, c’est compris dans le prix mais, me concernant, ma soirée est faite !
Donc YAK, trois anglais menés par Oliver Burslem, présenté comme charismatique, sauvage et sexy par la bio officielle. Ouais, bon. Déjà on est dans un autre registre, plus lourd, noise, presque stoner avec des pointes de britpop et de post-punk. Ce n’est pas plus mal pour éviter la comparaison avec leurs prédécesseurs. Ça bouge pas non plus, du coup c’est un peu la douche froide. Le début du concert est émaillé de quelques incidents techniques, les musiciens passent un peu leur temps à réclamer plus ou moins de ceci ou cela dans leurs retours et le chanteur se prend des châtaignes dans les dents via son micro (en même temps, quand on est pieds nus et qu’on vide sa bière par terre, ça fait conducteur) ce qui semble l’énerver un tantinet. Après lui avoir fait remettre ses grolles ça va mieux et il peut à nouveau se concentrer sur sa musique. Les morceaux déroulent et c’est pas mal mais moi je ne rentre pas dedans, agacé aussi par l’attitude tantôt diva (confirmée pas les amis photographes qui ont eu des consignes ridicules pour YAK, après avoir bien galéré, mais pour la bonne cause, à cadrer le groupe précédent), tantôt provocatrice punk d’un mec qui donne surtout le sentiment de se faire chier sur scène. Je n’insiste pas et je ressors discuter avec des potes, préférant rester sur une bonne impression de ma soirée. Apparemment le reste du concert s’est plutôt bien passé et les anglais se sont détendus, invitant même les autres musiciens et des spectateurs sur scène pour le final. Les gens qui les connaissaient avant sont plutôt satisfaits et c’est l’essentiel, moi ce n’est pas ma came c’est tout.

En tout cas, la salle était pleine, ce qui prouve que le rock a encore sa place (bon, la moyenne d’âge était disons, respectable) et on a assisté à truc assez exceptionnel. The Schizophonics sont en train de conquérir l’Europe garage après avoir écumé les USA pendant une décennie et c’est une excellente nouvelle. Merci l’Alligator et à l’année prochaine !

Texte : Cédric
Photos : Arnaud

Merci à Anthony, Nathan, Hadrien et toute l’équipe de l’Autre Canal

1 comment for “LIVE REPORT :: LES NUITS DE L’ALLIGATOR A L’AUTRE CANAL NANCY

  1. Iggy
    février 27, 2019 at 5:42

    J’ai bien ri.

Comments are closed.