Live Report :: Cesar Palace à La Chaouée

© Elissa

Cesar Palace – 5 décembre à La Chaouée

Je n’ai jamais rédigé de chronique concert pour Electrophone. Je trouve déjà l’exercice de la chronique de disque difficile et délicate…
Mais je me suis pris une tarte monumentale en ce mercredi soir à la Chaouée, et j’avais vraiment envie de partager ça avec l’internet mondial et les trois personnes qui me liront (dont ma maman et mon chef).
Cesar Palace c’est donc le projet solo de Vincent Redel, batteur du groupe légendaire (dans mon univers à moi) de noise-math-rock Electric Electric. Le groupe a ainsi splitté (ce que j’ai appris avec désespoir lors d’un banal échange via Whatsapp); 15 ans d’existence; Eric ayant envie de faire autre chose; dispersion géographique de ses membres; blablabla.
Bref. Askip les gens sont libres de faire ce qu’ils veulent, y compris lorsque ce sont des artistes et que je suis dépendante à leurs œuvres, et il faut l’accepter. Donc j’accepte.
Notons néanmoins que la formation Electric Electric officie toujours au sein de ce miracle scénique qu’est la Colonie de Vacances. C’est déjà ça. (même si le fait de ne plus jamais assister à “Black Corée” live me remplit d’une tristesse infinie)

Il existerait quelques side-projects des membres d’Electric Electric, mais qui ne bénéficient pas d’une visibilité très grande. Comme l’excellent “Miss Coree”.
Et donc Cesar Palace.
Avant d’être exilé en Allemagne, Vincent était est-mosellan. Et il y avait cette boîte, à Saint-Avold, dont il se faisait régulièrement refouler: César Palace. Un petit pied de nez.
J’avais écouté les liens bandcamp, et je n’avais pas été franchement convaincue…
Mais, avec le retour positif d’un pote qui l’avait vu live, ma curiosité, et du fait de mon appétence pour les trucs musicaux un peu barrés, je me suis quand même rendue à la Chaouée.
Et j’ai bien fait.
Cesar Palace c’est donc Vincent tout seul, à la batterie, mais aussi officiant à (je cite) “une pédale de guitare la plus simple et la plus cheap qui soit”. Extraordinaire.
Des rythmes tribaux et hypnotiques que j’affectionne particulièrement, font place à des bruits et des sons plus doux, mais néanmoins sourds, associés à une ambiance lourde et pesante, sans aucune mise en mots.
Cesar Palace réussit à construire un pont improbable entre bruitisme, math-rock et techno.
Je n’ai jamais connu une Chaouée aussi dansante que ce soir-là (hormis peut-être durant les concerts de Daïkiri… si tant est qu’on puisse appeler les multiples soubresauts du public “danse”), le public ayant été, manifestement, conquis.
La transe froide et sombre semble prendre possession des corps, qui se livrent à des chorégraphies variées et rythmées, dans une sorte de communion groupale. Exit la réalité, les notions de temps et d’espace. Place à la dissociation psychique et à la transe.
Ma Chaouée adorée s’est transformée, le temps d’un petit set, en une cathédrale noisy techno et tribale, diffusant des bruits inquiétants, des rythmes répétitifs, pêchus, entraînants. On s’égare, on perd pied, mais on n’angoisse pas. Car les rythmes sont là, la batterie nous porte, nous maintient, nous soutient et nous englobe complètement.
La batterie si merveilleusement typique d’Electric Electric se retrouve bien et rend familiers tous ces sons et cette transe. Mais loin d’être un simple ersatz d’Electric Electric, Cesar Palace a su trouver sa patte, son style, son génie, et, je l’espère, saura trouver sa place dans l’univers bruitiste et math-rock.

Elissa