Lite :: Filmlets

A l’heure où Topshelf semble avoir fait main basse sur les 4 titans du math-rock japonais (Mouse On The Keys, Toe, Tricot et donc Lite), avec plus ou moins de réussite (cf le fiasco des précommandes de la réédition du A N D des natives de Kyoto), il est étrange de constater que ces derniers (je veux parler de Lite) fassent le choix de l’autoproduction en éditant eux-mêmes (via le label I Want The Moon) la version vinyle de Filmlets, leur tout premier album. L’intention est bonne. Très bonne, même. Certes, j’éprouve ce petit picotement derrière la nuque quand j’y pense, un peu comme avec Goat que l’on avait également contacté pour une sortie. Parce que oui, rien à branler ou à perdre, quand un groupe est japonais et qu’il nous émeut à ce point, on lui écrit pour lui proposer une sortie, souvent après avoir été scotché par une performance en direct (le Rocas de Luxembourg-Ville s’en souvient encore). Mais, comme Lite a dit « non merci », nous ne sommes pas allés chercher plus loin. Aujourd’hui, j’ai donc ce Filmlets tant attendu entre les mains, et le bonheur intense d’écouter ces fabuleux morceaux avec un son de bâtard (c’est pas loin d’être leur meilleur disque, avec Illuminate et Turns Red) se heurte avec des considérations bassement pratiques et techniques.

Je m’explique. Quand j’ai sorti le disque de son carton d’emballage, puis de sa pochette plastique, j’ai ressenti quelque chose d’étrangement familier. Comme une impression de déjà-vu. La texture. Ce léger arrondi formé par l’ouverture du gatefold ne contenant pas le disque. La mention « pressed in China » sur le rond central… Bordel, serait-ce un disque fabriqué par Mobineko via Celebrate et son usine asiatique, avec lesquels nous avions eu tant de problèmes au début de Specific et Replica ? Tout le laisse à penser. De mon point de vue, la pire expérience avec un presseur (MPO ne se situant jamais bien loin). En vrac : des disques pressés à la mauvaise vitesse (trois fois de suite), des disques pressés avec des poussières métalliques incrustées dans les sillons, des disques décentrés avec des marques de pince, des pochettes imprimées avec le mauvais profil couleur, des gatefolds qui ne tiennent pas le choc et dont les volets se plient vers l’intérieur… Bref, un enfer industriel…

Faut croire que les loulous ont eu de la chance. Hormis ce fâcheux problème de gatefold qui se plie, le disque semble pressé convenablement, sans marque et sans défaut apparent. Laissons donc le mauvais esprit de côté et concentrons-nous sur la musique. Parce qu’Akinori, Jun, Kozo et Nobuyuki sont des monstres. De technique et d’inventivité, mais aussi de sensibilité. Ils sont rares, les groupes qui réussissent à te faire pleurer en faisant preuve d’autant de démonstration surhumaine dans la maîtrise mathématique. Car dès 2006, les quatre Tokyoïtes mettent le Math Game mondial à l’amende. La force de leur poignet est incontestable. Leur exécution puissante laisse bon nombre d’adversaires sur le carreau. Leur songwriting sait toujours se faire une place au milieu de deux moulinets infernaux. Section rythmique véloce, manches de guitares nettoyés de haut en bas, passionnant dialogue entre les instruments. De ‘I Walk’ à ‘Recollection’, les Japonais jouent comme si leur groupe allait s’arrêter demain, détruisent au marteau les codes de l’indie et du jazz, ménagent des plages de silence sur lesquelles se prélassent autant d’émotions qu’il y a de notes dans le Vol du Bourdon de Korsakov. D’une telle œuvre, on en ressort à la fois totalement lessivé et complètement béat.

J’attends désormais le même traitement pour Illuminate et For All The Innocence. Allez les gars, oubliez Cubic et concentrez-vous sur votre back catalog.

Florian