Les Hôpitaux :: Tour de cou / Pile à l’heure

Les Hôpitaux chronique

Les Hôpitaux est un duo parisien qui depuis deux ans joue sa musique noise, bruitiste, dans une optique résolument punk. Comme pour beaucoup de groupes, on en vient souvent à écouter Les Hôpitaux après avoir assisté à leurs prestations scéniques. Ce n’est pas mon cas. Je découvre leur musique, après avoir lu leur nom ça et là, dans diverses reviews de concerts, mais surtout dans les publications de certains contacts de mon réseau social favori. Apparemment, les concerts des Hôpitaux sont des expériences hors du commun, avec une ambiance lourde, hypnotique…

Grâce au label parisien Le Turc Mécanique (coupable de la sortie du merveilleux « Karen » de Télédétente 666, et des sorties d’autres très bons groupes tels que Last Night, Balladur ou Strasbourg) et le label lillois Tandori Records (co-responsable de la sortie de l’excellentissime premier EP de Jessica93, et de celle de disques de La Confraternita del Purgatorio (groupe italien de noise que j’affectionne tout particulièrement), de Mr Marcaille, de Besoin Dead, etc.), Les Hôpitaux sortent ainsi leur premier disque, sobrement intitulé « Tour de cou / Pile à l’heure », noms des deux (longs) titres qui le composent.

L’artwork de la pochette est superbe : sur fond blanc, un collage d’anciennes civilisations, de ruines, de paysages, de cités perdues, avec au milieu un masque de pierre représentant le visage d’un homme, yeux écarquillés et bouche grande ouverte, manifestement terrorisé… mais par quoi ?Alors soyons clairs, d’emblée : Les Hôpitaux ne vont pas vous soigner via leur musique… à moins de lorgner du côté de l’antipsychiatrie, l’art cru de Guy Lafargue… et encore…

Les deux titres de ce disque appellent à la transe chamanique, à l’expérimentation personnelle. Les rythmes sont en effet hypnotiques, parfois tribaux, d’autres fois complètement déstructurés. Chacun des deux morceaux sont un processus, une progression. Les guitares amènent peu de mélodies, mais un fond, un arrière plan bruitiste. Il y a des pauses, salutaires, mais angoissantes. Les effets, divers et multiples, bien qu’on retrouve beaucoup de distorsion, se retrouvent au niveau de la voix, des guitares bien sûr, mais aussi des percussions. Leur emploi est loin d’être abusif, mais au contraire savant, graduel. Les voix sont parfois des mots criés, des phrases scandées, mais jamais chantées. La base est éminemment noise-rock, mais avec une pointe d’indus et même de techno, à la fois dans le rythme et l’aspect répétitif-transe. On pense à Headwar en les écoutants. Forcément. Mais aussi au premier album de Kukl, groupe de Björk dans années 1980. Enfin, au-delà de l’aspect potentiellement et éminemment cathartique d’une telle musique, ce n’est pas un joyeux bordel foutraque, tout ne part pas dans tous les sens. J’aurais du mal à apposer l’étiquette « punk » à ce disque. Au contraire, tout semble avoir été terriblement pré-pensé, réfléchi, joué avec précision. Ce disque a été écrit, composé, enregistré de manière intelligente. Les types des Hôpitaux semblent bel et bien savoir où ils vous emmènent.

Pour conclure, je crois que ce disque pourrait participer à la bande originale d’un « Inland Empire » ou d’un « Lost Highway » de David Lynch, tant je trouve des « similitudes » dans l’expérience à laquelle appellent ce disque et ces films : charmés par la poésie, la beauté des sons ou des images, surpris, parfois sidérés par l’apparition, non attendue et abrupte, d’un bruit, d’un voix, d’un cri, d’un personnage instrumental, on essaie de suivre, de se repérer, de comprendre… et finalement on se laisse complètement happer et envahir par l’expérience ; on se laisse aller, on lâche prise… et c’est bon.

Elissa