Les disques dont je n’ai pas parlé en 2016

KP Brehme :: “Composition für Tim Wilson II”

Ni bonne, ni mauvaise. Il y a toujours une raison de ne pas écrire cette chronique qui me trotte dans la tête, quand un disque dépasse deux ou trois écoutes sur ma platine ou dans la voiture ou sur un site de streaming. Seulement voilà. Certains de ces disques restent. Je les écoute encore, des jours, des semaines, des mois après. L’année qui suit. Peut-être qu’ils s’effaceront tout doucement. Mais je sais qu’ils reviendront et puisqu’ils sont encore là, autant en dire quelques mots.

En 2016, je n’ai pas écouté le nouvel album de Nick Cave. Je n’ai pas eu l’envie d’écouter l’Australien faire son deuil. Je verrai ça en 2017. Ou pas. Au moment de la sortie de « Skeleton Tree », je lui ai préféré la pop tubesque des Anglais de Beach Baby, leur « No Mind No Money » quasi parfait, que je place malgré moi à chaque écoute entre les Smiths et Huey Lewis and the News. Un grand écart jouissif.

En 2016, j’ai bien aimé l’indie rock tordu de la branchouille Mitski, encensée par Pitchfork et consorts. Je lui ai mille fois préféré l’approche droite et drôle, non dénuée de mélancolie, de The Prettiots et de leur « Funs cool », manifeste idéal de l’indie rock tel qu’on se l’imagine squatter les tops des college radios américaines.

En 2016, j’aurais pu m’enticher du séduisant « Teens of Denial » de Car Seat Headrest. Ça a failli être le cas. Et puis le ravageur « Fool » de Pink Mexico est arrivé, concentré de ce que le rock américain énervé peut engendrer de plus mélodique. Entre secouer la tête dans la voiture et chantonner sous la douche, pourquoi choisir ? Ça marche plutôt pas mal avec le bruyant « Blisters in the Pit of my Heart » de Martha, également. Même si ce dernier s’essouffle un peu sur la durée, alors que « Fool » est un bloc parfait de bout en bout.

En 2016, j’aurais pu faire comme tout le monde et m’extasier devant le nouveau Weyes Blood ou pleurer à chaudes larmes en écoutant raisonner le nouvel effort d’Angel Olsen. À raison. Ces demoiselles ont sorti deux très beaux disques de folk spectrale. Pourtant, je me suis senti infiniment plus proche de l’electro pop feutrée de Steady Holiday avec « Under the influence », élégante collection de tubes ouatés. Ou de la délicatesse intemporelle de Katie Melua, dont le « In Winter » a fait les joies de mes retours tardifs en TGV, quand la musique devient le seul remède valable à la fatigue.

En 2016, j’aurais pu dire du mal de « Ocean by Ocean », le nouvel album de The Boxer Rebellion. Sous quel prétexte ? Que ça ressemble à Coldplay essayant de ressembler à a-ha ? Le problème, c’est qu’il n’y a pas 36.000 groupes, en 2016 comme en 2017 et probablement avant comme après, capables d’écrire et de composer des chansons pop aussi délicates et qui pourtant, si on leur donnait une meilleure exposition, squatteraient sans peine les cimes des charts. « The fog I was lost in », mais quelle sublime chanson, bon sang.

En 2016, j’aurais pu prendre un malin plaisir à tortiller mentalement du cul en écoutant, comme ça, par pur sadomasochisme ou pour déconner, le nouvel album de Bruno Mars. Mais ça marche tellement mieux avec le groove hypnotique et 100 % instrumental de The Olympians, formation jazz qui serait un peu comme les Dap Kings sans Sharon Jones (paix à son âme).

En 2016, enfin, j’aurais pu écouter en boucle « Going, going… », le dernier sommet de The Wedding Present, qui innove encore après toutes ces années et dont David Gedge, l’auteur-compositeur-interprète-guitariste, est probablement le plus sous-estimée des songwriters de génie au monde.

Pour être honnête, c’est exactement ce que j’ai fait. D’ailleurs, j’y retourne. Des bons disques, il en sort tous les jours. De grands disques comme celui-ci, c’est moins fréquent. À l’année prochaine. À moins que je ne sois à court de bonnes ou mauvaises raisons avant…

Arnaud

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.