Balades Sonores en interview

Depuis sept ans, Toma et le collectif des Balades Sonores sont des activistes et des défenseurs de la cause musicale indépendante.

Armé d’un sens aigu de la découverte  et d’un goût prononcé pour le raffinement sonore, Balades Sonores propose des alternatives innovantes pour accompagner les artistes émergents et guider les mélomanes pointilleux. A travers les Sélections, La Fabrique, le Label et les Concerts, Balades Sonores est LA bonne idée qu’il fallait avoir. La tête pensante de ces promenades auditives, Toma, s’en explique dans une interview.

 

Avant, il y avait Les Boutiques Sonores rebaptisées aujourd’hui Balades Sonores. Peux-tu expliquer la naissance de ce collectif et son évolution durant ces sept premières années d’existence ? Qui travaille dans ce collectif ?

Balades_sonores_fev_2012_23_web-wmOui, Les Boutiques Sonores sont nées il y a déjà plus de 7 ans… Au départ, au sein de l’agence feu Ok Boss, avec l’idée d’implanter des points écoute/vente de disques dans des lieux atypiques, avec des sélections musicales régulières…
Petit à petit le projet a évolué avec un vrai contenu éditorial dédié à la mise en avant d’artistes en développement, auto-produits ou sur des labels indépendants. On a gardé et accentué cette idée d’itinérance et de défrichage via des outils alternatifs, comme nos sélections (désormais mensuelles), l’organisation d’événements (du showcase intimiste à une soirée marathon à La Flèche D’or, en passant le festival BitterSweet (Paradise)), le label, la diffusion de flyers et affiches,… sans oublier le lieu que l’on vient d’ouvrir: La Fabrique Balades Sonores.
On est passés par plusieurs statuts pour mener à bien cette aventure: hébergement en agence, création d’une association puis montage d’une société. Aujourd’hui cohabitent l’association BS Party & Records (pour le label et les concerts) et la sociéte Balades Sonores (pour la promotion et la boutique). D’où la préférence finalement de se considérer plus comme un collectif qu’autre chose.
Aujourd’hui, il faut savoir que personne n’est encore salarié ici… on galère et bricole… On fonctionne avec bénévoles et stagiaires pour l’instant, dont 2/3 permanents….

Au départ, les Boutiques Sonores sont connues pour leur sélection trimestrielle (maintenant mensuelle). Peux-tu nous en parler ? Une grande place est apportée aux artistes français ?

C’est en effet le réseau de lieux que j’évoquais au début… des endroits où l’on pouvait écouter et acheter une sélection de disques via des bornes à écran tactile…
Même si on abandonne petit à petit ces bornes (paradoxalement archaïques aujourd’hui et trop couteuses à entretenir), on a gardé le lien avec ces lieux en leur proposant régulièrement showcases ou autres collaborations (comme des stands). On a toujours accordé de l’importance à l’idée de synergie entre les lieux. Encore aujourd’hui, avec notre propre lieu de diffusion pourtant, il est important de continuer à parler des autres lieux qui œuvrent courageusement pour valoriser une scène indépendante de qualité (disquaires, salles de concerts, etc)
Nos sélections mensuelles sont donc mises en avant via ces lieux, mais aussi via un dépliant édité à 20 000 exemplaires, via un travail sur le web et les réseaux sociaux, via une série de concerts, etc
On fait effectivement la part belle aux artistes français dans la mesure où ce sont les projets que l’on suit au quotidien, les labels que l’on soutient, les groupes que l’on programme,… mais pas que, dans la mesure où des structures comme Beggars font aussi confiance à notre travail. Aussi, les frontières musicales et géographiques s’estompent… donc des labels français sortent des disques d’artistes étrangers, et vice versa. Et c’est tant mieux.

Balades Sonores ont deux autres pôles : Concerts et Diffusion ?

20120214-IMG_4882_web-wmTout est lié. On a choisi de multiplier nos actions pour donner un maximum de visibilité à nos coups de cœur. C’est aussi devenu une question de survie: le label par exemple relève plus du mécénat qu’autre chose et ça serait juste impossible de sortir de temps en temps des disques si on avait pas d’autre activité. Tout est imbriqué finalement.
Parler d’un nouvel EP ou album est une chose, mais pouvoir aussi proposer à l’artiste l’organisation de sa release party est vraiment un atout pour valoriser mieux le projet.
La diffusion de flyers et d’affiches nous permet bien entendu d’assurer à nos propres supports (comme le dépliant Balades Sonores) une bonne visibilité mais sert directement les besoins de diffusion des labels et artistes avec qui l’on travaille.
On voit tout ça comme un tout.

Quelles relations entretiens-tu avec les labels et artistes ?

Avant tout une relation de « coup de cœur »… donc affective… donc avec ses avantages et inconvénients 😉
Quand ça se passe bien, ça se passe souvent très bien. Quand ça se passe mal, ça se passe parfois très mal, avec larmes et rancœurs à la clef.
On en arrive au final à préférer notre travail autour des Sélections Balades Sonores plus qu’avec le label, les artistes attendant de ce côté-là beaucoup plus que ce qu’il est possible d’apporter, entrainant frustration des deux côtés.

Balades Sonores c’est aussi un label. Comment choisis-tu les groupes avec lesquels tu veux travailler?

J’ai un peu anticipé ma réponse à cette question lors de la précédente… Le Label Balades Sonores (ex. BS Records) s’est voulu comme un pas de plus dans l’accompagnement des artistes, avec la volonté d’offrir aux artistes la possibilité de sortir de beaux supports (souvent en vinyle). Mais les réalités économiques et juridiques nous ont vite rattrapées. Les artistes sous-estiment souvent l’investissement temps/argent que cela représente… On se retrouve aussi dépassés par tout l’administratif… Tout ça est dur à porter.
On doit aujourd’hui revoir un peu nos ambitions en tant que label… à la hausse ou à la baisse ? On ne sait pas trop encore…

Peux-tu parler de l’identité visuelle des Balades Sonores et de l’artiste ChicaMancha ?

Balades_sonores_fev_2012_11_web-wmLe travail de ChicaMancha est partie prenante de Balades Sonores, Esther Marti étant un peu notre muse et notre inspiration au quotidien, boulot et perso ne faisant ici finalement presque plus qu’un…
Elle est donc la moitié de Balades Sonores, à la maison et au bureau 😉
Les Sélections Balades Sonores n’auraient pas le même sens sans l’habillage visuel de ChicaMancha… ça s’explique difficilement en fait. Son travail correspond peu aux codes graphique en vogue et je crois que c’est ça sa force.
On a aussi eu la chance de collaborer avec des graphistes qui ont su saisir l’identité Chicamancha et nous proposer des lectures sensibles de ses illustrations ainsi qu’une charte graphique adaptée (remercions ici Nathalie Wagner, Guillaume Kashima, Thibault Garnier et Thomas Mery).

La dernière nouveauté des Balades Sonores c’est la Fabrique, que trouve-t-on dans ce lieu ?

La Fabrique Balades Sonores est en effet la dernière pierre posée à ce fragile édifice qu’est Balades Sonores.
On a mené le pari fou d’ouvrir en 2012 une boutique essentiellement dédiée à la vente de disques… mais on y trouve aussi tout l’univers créatif de ChicaMancha (sa collection de vêtements et des accessoires), ainsi qu’une sélection de livres, de sérigraphies, de films, etc
On y organise aussi de nombreux showcases, souvent avec les artistes issus de nos sélections Balades Sonores mais aussi en fonction des opportunités… ce qui nous permet de proposer de temps à autres des groupes étrangers en tournée en Europe qui ont envie de faire halte dans un petit lieu intimiste et chaleureux.

Quelles sont les prochaines actualités des Balades Sonores ? Peux-tu présenter « Bitter Sweet Paradise » ?

On se prépare pour l’été et la saison des festivals. On va repartir sur la route avec nos stands, notamment au Midi Festival à Hyères, à La Route du Rock ou encore au Pop In Djerba.
Mais c’est surtout l’organisation et la tenue de notre BitterSweet (paradise) 2012 qui va nous occuper les semaines qui viennent. Plus de 60 artistes programmés sur 10 jours dans plus de 10 lieux… Cet événement cristallise finalement assez bien ce qu’est Balades Sonores: faire beaucoup avec peu de moyens, et de façon différente.
Pour cette troisième édition, on essaie de sensibiliser le public en amont pour financer la partie communication et logistique (via Oocto.com), pour ensuite pouvoir reverser les recettes des concerts aux artistes. Il faut noter que tous les concerts seront à prix libre et qu’il ne faut pas chercher LA tête d’affiche de festival cette année, car il n’y en a volontairement pas. On n’a pas voulu cette année faire de l’ombre à la scène que l’on défend tout au long de l’année. Et remercions ici les artistes qui ont joué le jeu: ils ont tous accepté de jouer sans savoir ce qu’ils gagneront au final. Cette émulation collective nous galvanise pour la suite en tout cas. Tout n’est pas perdu et il est encore possible de monter des projets en dehors des sentiers battus… Bon, peut être que je finirais en prison un jour, à force d’organiser des événements « hors-la-loi »… mais je n’aurais pas mauvaise conscience car je l’aurais fait sans la volonté de m’enrichir personnellement et avec le seul but de FAIRE.

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