Les 10 ans de l’album « Des Lendemains » d’Orwell

Cela fait dix ans qu’Orwell, un des groupes phares de la scène nancéenne, a sorti son premier album et débuta une carrière internationale. A l’occasion du dixième anniversaire de l’album Des Lendemains, il était naturel de demander à Jérôme Didelot de revenir sur les débuts d’Orwell à travers une interview au long cours pour (re)découvrir un album essentiel.

Des lendemains
Je me souviens d’un concert en première partie de Joseph Arthur où Orwell s’appelait encore P.S Goodbye. Peux-tu nous toucher deux mots sur ce projet pré-Orwell et quels sont les points communs avec Orwell ?

 P.S. : Goodbye était un groupe de copains de lycée au parcours assez classique : répétitions dans la cave des parents, concerts dans les bars du coin, premières parties… Et avec ce petit décalage entre l’ambition et le sérieux. Certes on essayait d’écrire des chansons qui tenaient la route, mais ça partait un peu dans tous les sens, entre l’indie pop du début des années 90 et une chanson pop francophone dans la lignée des Innocents, en première partie desquels nous avons eu la chance de tourner avant que le groupe ne se sépare.

Quand et comment l’histoire d’Orwell a vraiment débuté ?

 La fin des études des uns et des autres a fait que les membres de P.S. : Goodbye ont quitté la région pour certains, vers la fin des années 90. A titre personnel, j’avais envie de démarrer un projet musical plus cadré où je contrôlerais un peu plus de choses sur le plan artistique. En marge de cette volonté, j’avais pour partenaires deux talentueux musiciens qui avaient accepté de s’y associer : Thierry Bellia qui avait fait ses preuves dans le groupe longovicien Les Accidentés, et le pianiste virtuose Alexandre Longo, que je connaissais de longue date mais avec lequel je n’avais jamais vraiment eu un projet commun jusque-là.

Avant « Des Lendemains », il y a eu un mini EP autoproduit qui a eu son petit effet parmi les revues spécialisées (Inrocks, Magic, Rock & Folk, Libération…). Il y a même eu une publicité pour Levi’s.

Oui, rétrospectivement tout cela était assez inespéré. Le mini album était composé de 5 maquettes enregistrées sur un 8 pistes et 2 titres enregistrés en live dans les locaux de Radio France Nancy. Nous considérions le disque plutôt comme une carte de visite. Les résultats ont été assez inattendus, pour beaucoup dus au travail de notre manageuse à l’époque, Frédérique de Almeida.

Des lendemains jap
Dans quel état d’esprit se trouvait le groupe avant et pendant l’enregistrement de « Des Lendemains » ?

Eh bien assez conquérant, mais malgré tout un peu marqué par la frustration. En effet, nous étions « boostés » par les quelques articles qui nous avaient été consacrés, mais un peu déçus de n’avoir pu trouver mieux qu’un distributeur en France. Je garde quand même le souvenir d’une période enthousiasmante.

Pensais-tu, à l’époque, que l’on parlerait encore 10 ans après de l’album « Des Lendemains » ? Et aujourd’hui, quelles sensations ressens-tu vis-à-vis de cela ?

Orwell est toujours resté un groupe très confidentiel. Malgré tout, je me rends compte rétrospectivement qu’on s’était bien débrouillés avec cet album, qui est sorti dans pas mal de pays, qui a fait l’objet d’un nombre assez conséquent de chroniques, de Libération au CMJ Magazine aux Etats-Unis, de Rock N’Folk au Bangkok Post.

Parle-nous de l’enregistrement et dévoile nous quelques petits secrets sur l’enregistrement ?

L’album a été intégralement enregistré chez Alexandre, qui disposait certes d’un bon équipement, mais qui n’avait rien à voir avec un studio professionnel. Aussi la débrouille s’est-elle avérée le maître-mot, notamment pour les prises de batterie, « gonflées » avec des sons de boîtes à rythme pour rendre le son plus ample. Les cordes ont une part importante sur l’album, d’ailleurs les filles qui en jouent faisaient quasiment partie du groupe à l’époque. Là encore, les prises n’avaient rien d’orthodoxe. Sur les pistes séparées, je suis sûr qu’on doit entendre quelques bus passer, ou quelques miaulements de Mousse, feu le chat d’Alexandre, paix à son âme.

Quelles étaient les principales influences du groupe à cette époque ?

A titre personnel, j’avais à l’époque deux albums de chevet : Gideon Gaye des High Llamas et Promenade de Divine Comedy. Avec Thierry et Alexandre, nos influences communes étaient sans doute la new wave des années 80, mais chacun apportait sa spécificité : Thierry des arrangements de guitare très influencés par le jeu de Johnny Marr, Alexandre un style pianistique aussi bien imprégné de jazz que de classique. Cela peut paraître présomptueux, mais pour moi Alexandre est incontestablement le Sakamoto français. A tout cela, je dois citer l’influence des artistes français sur lesquels on se rejoignait à l’époque : les Innocents bien sûr, mais aussi les derniers albums de L’Affaire Louis Trio, certains titres de Daho ou même Sheller.

Grâce à « Des Lendemains », Orwell a tout de suite eu un écho favorable à l’étranger ?

En fait, les premiers moyens pour produire l’album sont venus de l’étranger. A l’époque, un label japonais nous avait offert une avance de quelques milliers de francs pour produire un album, sur la foi de ce qu’on avait proposé sur notre mini album qui avait été importé au Japon.

Following days
Peux-tu nous dire quelques mots sur la pochette d’Olivier Godot avec qui tu as beaucoup travaillé au début d’Orwell ?

En fait, il y a trois pochettes différentes ! En effet, les labels étrangers réclament souvent un « artwork » spécifique. Avec mon ami d’adolescence Olivier, alors devenu graphiste, on a travaillé sur deux des trois pochettes (les pressages français et américain). En fait, on avait parcouru les rues de Lyon, où il habitait à l’époque, et pris en photo des édifices qui évoquaient un modernisme déjà dépassé, pour contribuer à l’ambiance rétro-futuriste du disque. Le résultat est un montage de différentes photos.

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur « Des Lendemains » ? Y’a-t-il des choses que tu modifierais ?

Comme tout musicien contraint de finaliser une collection de chansons à un moment donné, je suis toujours saisi par les imperfections dès lors que je réécoute le résultat après avoir laissé passer un peu de temps. Je me rappelle une grossière erreur au moment du mastering d’un morceau, sur lequel on a recollé une partie vocale à un niveau bien inférieur à celui du mixage original. Si je devais émettre un regret, il concernait particulièrement le morceau titre, Des lendemains. Je l’apprécie toujours, mais il me semble qu’on n’en a pas fait une version optimale, ni sur le mini album (sur lequel il figure déjà), ni sur l’album éponyme.

Sur la page Bandcamp de l’album, tu as dévoilé plusieurs inédits. Comment, des titres comme « My Favourite Doll » et « No Sense In Sighing », ne se sont pas retrouvés sur l’album ?

J’en reviens aux demandes spécifiques des labels étrangers. On nous réclamait régulièrement des titres exclusifs pour les différents pressages. My Favourite Doll est une ballade que j’avais écrite pour le premier anniversaire de ma nièce, quant à No Sense In Sighing, c’est une version demo qui figure sur le pressage thaïlandais, ce titre étant sorti en 2003 sur une compilation japonaise par ailleurs.

Parle-nous de la reprise de Prodigy « Breathe » ?

Elle date vraiment du tout début d’Orwell. On l’avait en premier lieu travaillée pour la scène. La version que l’on en proposait, avec trois filles sages aux cordes, et son arrangement presque « musique de chambre », faisait toujours son petit effet lors des concerts. On l’a finalement enregistrée, mais uniquement pour en faire un « bonus track » car elle était assez différente du reste de l’album.

Aujourd’hui, Nancy semble vivre une nouvelle ébullition musicale avec d’excellents groupes comme The Aerial, Hoboken Division…Penses-tu que l’on parlera encore d’eux dans dix ans ?

Effectivement, même si je n’ai pas encore eu la chance de voir ces groupes sur scène, ce que j’en connais laisse présager le meilleur. En plus ils ont l’avantage d’évoluer dans des styles musicaux assez inédits par rapport à ce que les groupes nancéiens antérieurs ont pu proposer. En revanche, je ferais un très mauvais directeur artistique, c’est pourquoi je ne me risquerai à aucun pronostic de carrière…

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