L’Éclair :: Polymood

Genève est sur le point de devenir le centre névralgique d’une scène musicale des plus excitantes. On ne compte plus les labels devenus de véritables prescripteurs de bonheur auditif (Les Disques Bongo Joe, Cheptel Records, Le Pop Club) ou les formations qui nous ont titillés les oreilles ces derniers mois : Magic and Naked, Cosmic Fields, Hotel Gambas, The Cats Never Sleep, Proto-Blitz… Dans cette liste non exhaustive manque L’Eclair, formation à géométrie variable née en 2015 sous l’impulsion de Sébastien Bui (clavier de Cosmic Fields) et Stefan Lilov (guitariste de The Cats Never Sleep). Le duo sort Cruise Control en 2017, un album passé inaperçu par ici à cause d’un label (Rock This Town Records) aussi secret avec son catalogue qu’une banque suisse avec l’argent des riches. Heureusement depuis, le groupe a changé de label pour se retrouver chez les New-Yorkais de Beyond Beyond is Beyond Records et le nouvel album bénéficie d’une promotion plus soutenue.
Polymood poursuit la même veine psyché-groove et africano-funky de Cruise Control. On est toujours dans le registre instrumental et, comme son nom l’indique, c’est une succession d’ambiances qui s’alternent tout au long de l’album. On est accueilli par ‘Taishi Koto Pt. 1′, morceau qui ne manque pas d’Air, mélangeant incroyablement bien l’esprit jazzy lounge (batterie, guitare) et la kosmische music (claviers). ‘Sisi La Fami’ pourrait être un titre de Forever Pavot s’il arrêtait de s’inspirer des musiques de films français et regardait plutôt des B.O italiennes des années 70. En lisant le titre ‘L’arrivée au port de Lagos’, on sait, sans même avoir écouté la musique, que l’on va danser sur les rythmes afrobeat cher à William Onyeabor. ‘Disco Dino‘, quant à lui, commence comme une bande son de film policier et se termine aux rythmes de la Croisière S’Amuse avec, à son bord, Donald Byrd et ses Blackbyrds.
On passe sur le reste des ambiances de l’album et les sensations de bonheurs éprouvés à chaque écoute de ce groove polymorphe et extatique. Polymood renferme autant de surprises et de trésors d’inventivités que n’importe quel autre album de library music publié dans les années 60/70 chez Chappell, Kpm et autre Télé music.

Damien