Le Turc Mécanique : Interview et concours

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Pour ceux qui ne le savent pas encore, Le Turc Mécanique est un célèbre canular du XVIIIème siècle inventé par un esprit espiègle et dont le but était de faire jouer des joueurs d’échecs face à un automate. La supercherie  fut dévoilée seulement quelques décennies plus tard. Il s’agissait en fait d’un automate conduit par un vrai joueur d’échecs caché dans le double fond du meuble.

« L’homme dans la machine », c’est le concept qui traduit bien l’esprit de Lucie, Nicolas et Charles lorsqu’ils ont décidé de tirer les ficelles d’un label. Le nom était tout trouvé.

Tout nouveau label, Le Turc Mécanique réfléchit à une autre idée de consommation de la musique. Recherche de nouvelles manières de produire et de faire partager la musique en associant performances graphiques et événements multi-artistique. Le Truc Mécanique pense à l’après cd avec un autre regard et surtout une autre oreille. Et on peut dire que chez Le Turc Mécanique, ils ont l’ouïe fine. En effet, compiler avec un goût ultime dans leur première sortie physique des groupes aussi inconnus que le soldat qui dort sous l’Arc de Triomphe, il faut soit avoir un certain goût pour l’inconscience ou soit une forte dose de génie.

La cassette LTM#1 tirée à 50 exemplaires se situe d’ores et déjà dans le second constat puisqu’elle renferme sur sa bande des artistes aussi magnétiques que The KVB, Arc Light, Ajeeb, Seventeen at this time et le plus connu ici Blithe Field. Les deux derniers groupes seront à l’affiche de la release party qui aura lieu à l’Espace B en compagnie du label Poulpe Mort le 5 juillet prochain.

Ground Control To Major Tom est partenaire de cette soirée d’exception et vous fait gagner la cassette LTM#1. Pour gagner ce précieux objet, il vous suffit d’envoyer votre nom, prénom et adresse postale à groundcontrol@orange.fr. Le gagnant sera tiré au sort et prévenu par mail.

Histoire de faire un peu plus connaissance, Charles du Turc Mécanique s’est prêté au jeu des questions réponses

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D’où est venue l’idée de fonder Le Turc Mécanique ? Et qui se cache derrière ?

Le Turc Mecanique, à l’heure actuelle, est la réunion et Lucie, Nicolas et moi. Nous sommes « étudiants », ou pas forcément, d’ailleurs, mais ça donne une idée de notre tranche d’âge. Nous avons lancé le Turc parce qu’on avait l’impression qu’il nous était possible de monter quelque chose de novateur autour de la « culture indépendante ». On a donc mis en place cette structure pour donner un aboutissement à nos idées, d’abord sur la musique enregistrée puis sur les concerts.

Ce qu’on cherche à faire, c’est réfléchir à la manière dont on met ces biens culturels en scène, dans quel cadre on les place. Comment va-t-on faire telle soirée, sachant les contraintes d’un lieu et la programmation qu’on souhaite proposer, sous quel support telle musique pourrait se trouver valorisée, c’est le genre de questions qu’on se pose.

Est-ce que l’on peut parler du Turc Mécanique comme un projet d’activistes DIY ?

Activistes, oui, vu qu’on ne touche pas pour l’instant d’argent avec, et que ce n’est pas notre but premier. DIY, oui et non. Si on fait tout nous même sur notre première compilation, c’est pour que ce soit physiquement un pur produit du label, dont on maîtrise de A à Z la fabrication. On ne s’interdit pas de passer par quelqu’un pour des objets plus complexes à produire ou en quantité ingérable sans machines dédiées. Après, on est profondément marqué par une volonté de faire des explorations, des choses inattendues, ce qui pousse à une approche très Do It Yourself. On n’est jamais mieux servi que par soit même, quand on expérimente.

Aussi, le fait de nous être associés, Lucie, plasticienne, Nico, bidouilleur fou, et moi, ça a pour but de faire les choses le mieux possible, alors que le DIY tolère l’imperfection. Nous quand quelque chose n’est pas comme on veut, on essaie de la faire évoluer dans notre sens, on refuse de se cacher derrière cette dénomination.

  Kempelen

Quels sont vos labels de référence ?

On a pas vraiment grandi avec une fascination pour les labels. On en a pas grand-chose à faire, on en a jamais suivi un de A à Z… C’est peut être pour ça qu’on travaille non pas sur des disques, mais sur des objets musicaux, totems, qui peuvent plus lier les gens à nos futures productions. Pareil, o n n’organise pas de concerts, mais des soirées. Pas par prétention, juste parce qu’on peut y écouter un concert, mais aussi se faire bodypainter, assister à une expo, etc…

Maintenant qu’on a la tête dedans, on commence à faire attention à ce qu’il se passe à côté de nous, par curiosité. On suit les labels qui se montent, Poulpe Mort, par exemple. Chez les anciens, on a vécu des adolescence qui font qu’on est sensible à la démarche de FZM, par exemple, pour leur honnêteté et leur jusqu’auboutisme. Mais pas forcément musicalement. Après, il y a aussi PanEuropean, parce qu’ils sortent des trucs chouette, mais pareil, on a pas tout écouté. On a pas une grande culture label, en fait.

La  première sortie du label est une cassette. Pourquoi un tel choix ? Est-ce par mode, commodité  économique ou nostalgie ?

Aucuns des trois. On detestait l’idée de produire quelque chose d’industriel, dans des quantités inadaptées. Pour la LTM#1, notre première compilation, on avait envie de faire une vraie pièce rare, dans laquelle on pourrait perfuser notre âme à 100%. Cette cassette, ça devait être un manifeste et un objet qui pourrait rassembler les gens sous une identité commune. Il était donc hors de question de la sortir en CD. Le vinyle avait un côté hyper retro, ce n’était pas du tout ce que l’on voulait transmettre. La K7 représente quelque chose de plus intemporelle. C’est un support qui, à première vue n’est pas pratique, mais le 45 tours non plus, et il ne nous semblait pas essentiel de faire un objet facilement lisible. La musique physique, c’est devenu, je crois, quelque chose de symbolique, qui sert à exprimer un interêt pour la musique,  une façon de penser. On a donc pu presser la cassette dans les quantités qu’on souhaitait, cinquante pièces, et les packager à la mains, en faisant des pochettes en jeans et en les peignant une à une. On a donc travaillé notre compilation pour qu’elle puisse être quelque chose dont le possesseur soit fier, un OMNI (Objet Musical Non Identifié) signifiant. Pour l’aspect pratique, une version numérique sera évidemment offerte aux possesseurs de la LTM#1.

Vois-tu plus le support de la musique comme un objet de culte ou un objet de consommation ?

Je pense que la musique physique est plutôt quelque chose d’identitaire. Elle révèle aux autres la façon dont on veut être considéré, notre imaginaire. Quand on rentre dans un appartement où il y a une platine vinyle, ça veut dire que le mec a déjà un intérêt certain pour le fait musical, que c’est un « puriste ». Si on regarde son stock de disque, on comprend une esthétique. Le type qui a des disques de Blues, par exemple, il ne se voit pas de la même façon que celui qui à tout Kraftwerk, il ne se représente pas dans le même environnement.

Je ne sais pas si je suis très clair. En gros, si j’achète une brique de jus d’orange bio packagée de manière novatrice, je m’y identifie. Je suis donc « nature » et mon monde est jeunes, frais, etc.. C’est pareil pour la musique. Sauf peut être que c’est à posteriori qu’on comprend le sens d’un objet musical selon les gens qui les possède. Exemple, si tel album est acheté par une majorité de Punk, c’est un album qui vas dire « Je suis Punk ». Evidemment, je simplifie, mais c’est l’idée.

Comment vois-tu l’après cd ?

Ca va être génial, j’espère. Pleins de gens vont essayer pleins de support, de façon de sortir la musique pour elle-même, hors des synchro et tout. J’ai hâte de voir tout ce qui va en sortir. On y est sans y être pour l’instant. Il y a encore pleins de groupes qui veulent sortir des CDs, alors le CD n’est pas encore tout à faire mort.

Je pense qu’on peut comparer la situation à un cadre post-apocalyptique avec des poignée de survivants qui se reconstruisent. Certains utiliseront les modèles du passé pour se reconstruire, d’autre passeront à d’autres méthodes. Ce sera minoritaire, je crois, mais vraiment intéressant. Pendant ce temps là, je ne sais pas si la distribution numérique vivra l’essort qu’on lui predit. Et on s’en fiche, car globalement, Bitorrent, ou les sous-Megaupload ou leurs futures formes dominerons toujours le marché. C’est gratuit, c’est donc normal de le prendre.

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Comment s’est effectué le choix des groupes se trouvant dans LTM#1 et peux-tu les présenter ?

Au coups de cœur, et parce qu’ils correspondaient à l’orientation esthétique. Il n’y a pas de selection par style de musique, mais il y a chez tous les groupes de la compilation un même bois. Quelque chose d’un peu triste, latent, plus ou moins flagrant, mais toujours là. Sundae, c’est l’exemple typique. C’est de la pop, c’est en espagnol, et pourtant, il y a quelque chose qui traine, au fond de tous leurs morceaux, d’hyper melancolique. On a retrouvé ça chez Blithe Field comme chez Seventeen at This Time ou tous ceux qui sont dans la cassette. Il y a aussi cette tendance à l’expérimentation, et toujours un côté cold, mais profondément moderne.

 Il y a des groupes que j’ai trouvé géniaux, ces temps ci qu’on n’envisage pas du tout de sortir. Par exemple, j’ai vu par hasard les nancéens de The Aerials, et j’ai trouvé ça hyper bien. Mais ce n’est pas envisageable de faire quelque chose avec eux. Ce serait perdre notre identité, et je pense que d’autres les défendraient mieux que nous. Mais c’était franchement chouette.

Sur la compilation LTM#1, on retrouve Blithe Field la première signature du tout nouveau label Poulpe Mort avec lequel vous collaborez pour la release du 5 juillet. Comment s’est effectuée cette rencontre et comment se manifeste-t-elle ?

C’est par Remi, d’Atelier Ciseaux, qui avait fait passer Warm Blood à des camarades avant qu’il ne sorte. L’album est titanesque, il a créé de nouveaux horizons dans mon paysage musical. Il était donc évident qu’on l’invite à faire un morceau sur la LTM#1. A partir de là, il était logique qu’on s’associe avec Poulpe Mort pour la fête de sortie de la compilation, car ce sera aussi un peu leur Release à eux. J’ai vraiment hâte de voir ce qu’ils vont sortir ensuite.

Parallèlement, vous sortez une série de single digitale intitulée « Cheaps Recordings ». Peux-tu nous expliquer le principe ?

Les Cheaps Recordings, c’est un plaisir qu’on se fait et qu’on fait aux artistes qu’on aime bien. L’idée, c’est de sortir régulièrement des morceaux « hors series », enregistrés par les groupes ou par nos soins sur un matériel précaire en essayant d’adapter les chansons  au support lo-fi. Des espèces d’instantanés  du multipiste, avec des arrangements parfois maladroits, des beats pas hyper carrés etc. C’est aussi pour nous l’occasion de présenter des inconnus complets ou des associations de musiciens inédites. Le premier, celui de Smiling Clown, est déjà en ligne. C’est les Seventeen At This Time, si tout va bien, qui se chargeront du suivant. On va essayer d’en sortir environ un par mois, mais encore une fois, c’est pas l’usine.