Lal and Mike Waterson :: Bright Phoebus

Lal et Mike Waterson ne sont pas des noms qui viennent en premier à l’esprit lorsque l’on parle de l’âge d’or du folk anglais de la fin des années 60 et du début de la décennie suivante. Et pourtant, ils ont côtoyé les plus grands.

Ils commencent dans la musique avec le groupe The Watersons créé avec leur sœur Norma et leur cousin John Harrison. Minimaliste et largement vocal, leur premier album Frost And Fire: A Calendar Of Ritual And Magical Songs a été consacré par le Melody Maker album de l’année en 1965. L’aventure The Watersons dure quelques années jusqu’au départ de Norma partie travailler comme disc-jockey dans une radio à Monserrat, une petite île des Antilles, dépendant du Royaume-Uni.

Lal et Mike Waterson reviennent à des tâches quotidiennes plus humbles tout en composant chacun de leur côté jusqu’au jour où Martin Carthy de Steeleye Span tombe sur quelques titres de Lal et Mike. Ensemble, ils décident de les enregistrer en bonne compagnie. En effet, Richard Thompson et Ashley Hutchings de Fairport Convention viennent épauler la fratrie Waterson tout comme Tim Hart de Steeleye Span et leur sœur Norma alors revenu de son exil. Cette véritable auberge espagnole folk s’est retrouvée dans les sous-sols de la Cecil Sharp House pour enregistrer pendant une semaine ce qui va longtemps rester un trésor oublié.

Sorti à seulement 2000 exemplaires sur l’obscur label folk revivalist Trailer en 1972, Bright Phoebus est passé totalement inaperçu. Sûrement à cause de sa petite diffusion mais aussi parce qu’à l’époque ce type d’album folk était monnaie courante. The Pentangle, Steeleye Span, Fairport Convention avaient déjà fait leurs preuves et avaient marqué fortement le folk anglais avec des albums comme Unhalfbricking ou encore Hark! The Village Wait.

Pourtant, Bright Phoebus aurait pu mériter un peu plus de considération, ne serait-ce à cause de son line-up incroyable mais aussi et surtout parce qu’il représente la quintessence du folk anglais. C’est ce qui se faisait de mieux à l’époque. On passe de Rubber Band, chef d’œuvre pop folk qui aurait mérité sa place sur Sergent Peppers Lonely Hearts Club Band de qui vous savez, à l’austérité de Scarecrow, en passant par le très psychédélique Magical Man et la bucolique Bright Phoebus qui a donné son nom à l’album.

Depuis, l’œuvre de Lal et Mike Waterson a gagné en reconnaissance. Parmi les plus grands fans du groupe, on trouve Arcade Fire, Stephen Malkmus, Billy Bragg… Jarvis Cocker et Richard Hawley ont même repris l’intégralité de l’album lors de la tournée Bright Phoebus Revisited Tour en 2013. Des artistes comme James Yorkston, King Creosote leur doivent beaucoup. Cette nouvelle aura dont bénéficie aujourd’hui  Lal et Mike Waterson est sans aucun doute due à l’intemporalité de leur musique et aux histoires racontées tout au long de l’album. Tout le genre humain survit dans des paroles habiles et redoutables sur le sexe, la mort, l’ivresse et l’humour… Des thèmes de chansons inusables comme l’écoute prolongée de cet album qui aurait pu sortir hier.

Damien