La Terre Tremble !!! Chronique et Interview

La terre tremble salvage bluesEnfermés dans des automatismes et un confort agréable qui ne poussent pas vraiment au renouvellement artistique, La Terre Tremble !!! a dû tout réapprendre après leur troisième album appelé très justement Travail. Un certain flou artistique s’était installé dans le processus créatif d’un groupe en perpétuel recherche de nouveauté. Son salut, La Terre Tremble !!!, l’a trouvé dans son quatrième album intitulé Salvage Blues. Le groupe a avancé par tâtonnement en gardant ce qui allait donner une nouvelle couleur au groupe et rejeter tout ce qui avait déjà été fait. La peur de la redite est un des vecteurs principaux qui fait que le trio est aujourd’hui l’un des groupes le plus inclassable dans les paysages sonores français.

Titre énigmatique pour un album qui n’en est pas moins, Salvage Blues va, à la différence de Brouillon, Trompe L’œil et Travail vers une simplicité et une fluidité jusqu’alors inconnu chez La Terre Tremble !!!. Parmi les choses nouvelles rencontrées dans Salvage Blues, il y a aussi cette importance donnée au chant. « On s’est vite mis à composer « avec » le chant ». Salvage Blues sent le soufre d’un volcan en fusion quand il ne coule pas vers une limpidité discordante. C’est l’eau et le feu, la tradition et l’innovation, le gris et l’explosion des couleurs, soit « des couches et des couches de contradictions ».

Pour comprendre le pourquoi du comment de cet incroyable et déroutant  album, Ground Control To Major Tom a posé quelques questions à La Terre Tremble !!!.

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INTERVIEW

– Qu’avez-vous fait depuis la sortie de Travail ? Il me semble que vous avez offert vos services à Eric Pasquereau pour son projet The Patriotic Sunday ?

Paul : Travail, c’était il y a déjà trois ans, ça peut paraître long pour sortir un nouvel album! Tout d’abord nous avons pas mal tourné, surtout en France. Pour un groupe qui n’avait pas initialement dans l’idée de faire régulièrement des concerts, c’était déjà un exploit pour nous! Puis quand il fallut se poser pour commencer à réfléchir à la suite, les choses sont devenues plus sinueuses. Nous sommes des lents. Pour rien au monde nous envisagerions La Terre Tremble!!! comme un truc évident qu’on doit faire rouler continuellement et mécaniquement. J’ai tendance à penser qu’il n’y a rien d’évident à ce que plusieurs personnes se regroupent autour d’un projet commun. Tout ça est très fragile. C’est un peu comme dans une famille ou un couple! Il nous a fallu du temps pour perdre certains automatismes – qu’ils soient artistiques, techniques, voire même humains – acquis au fil des tournées après la sortie de Travail. Ca peut paraître bizarre, mais pour monter sur scène – ce qui en soit n’a rien de naturel, d’évident et d’agréable – tu en viens vite, petit à petit, à devoir prendre des repères, donc des habitudes, donc un certain confort, donc des automatismes. Et ces automatismes sont très longs et couteux à détruire pour pouvoir repartir sur du neuf. On a entammé la composition de Salvage Blues comme paralysés par ces automatismes, ces rôles qu’on s’était chacun imposé inconsciemment. Le confort t’empêche de voir ce qu’il se passe autour de toi et donc de trouver ta voix. Après, ce sont des périodes qu’il faut savoir accepter. Il n’y a que le temps qui puisse remédier à ça. C’est très cyclique, parfois tu n’es juste pas près à saisir les idées qui t’entourent. Et là est effectivement arrivé Eric, comme par miracle, avec dans l’idée qu’on fasse un bout de chemin dans The Patriotic Sunday, ce qui nous a pas mal occupé.

– Cette expérience a-t elle joué sur l’écriture de Salvage Blues ?

Pas directement. Jouer avec The Patriotic Sunday a été un appel d’air nécessaire pour nous trois. Quand Eric nous a proposé de le rejoindre, et simplement voir si quelque chose allait se passer entre nous quatre, on était justement dans cette période où il valait mieux laisser La Terre Tremble!!! de côté, car c’était le flou total! Donc ça tombait parfaitement. Et très vite, ce nouveau groupe nous a permis de creuser des sillons qui nous démangeaient depuis longtemps, mais qui n’avaient pas été envisagés aussi franchement jusqu’alors dans LaTT!!!. Je parle là d’un certain classicisme rock, d’un songwriting purement « fin 60’s / début 70’s » qui est ancré en nous. La composition avec Eric a donc été l’exutoire parfait. Après, s’il faut être honnête, c’est à l’enregistrement du disque qu’on a senti que le projet n’était évidement pas le notre, et qu’au final, nous ne serions que le « backing-band » d’Eric, et c’est très certainement la meilleure chose qu’on avait à faire, car nos idées différaient forcément des siennes. Il fallait être au service de son songwriting, tout en imposant notre patte, sans dénaturer le coeur de ses chansons. C’est quand-même un sacré grand-écart pour nous, et ce serait mentir de dire que ça n’a pas engendré une légère frustration. Mais du coup, cette frustration, on s’en est servi de manière très offensive et ultra positive quand on a repris la composition de Salvage Blues quelques semaines après. Et j’ai l’impression que quleque-chose s’est débloqué à ce moment-là.

– J’ai lu que vous aviez couvé Salvage Blues « dans la jubilation, la douleur, l’extase, la paresse, la joie violente, le conflit, voire l’amour ». Dans quel état d’esprit avez-vous composé ce troisième album ? C’est un album qui a été difficile à écrire ?

J’aimerais tellement ne pas avoir cette posture romantique et ridicule qui consisterait à dire que la création ne peut être que tortueuse et complexe. Mais pourtant, ça a été le cas ! C’est très étrange parce qu’à chaque album, on se dit que c’est celui-ci qui sera le plus spontané, le plus rentre-dedans, le plus organique, le plus simple, le moins « de la tête »… et c’est justement tout ça qui est le plus dur à réaliser… et qui nous cause migraines et maux de bides ! Ce qu’on avait envie d’atteindre avec ce disque, c’était une espèce de laisser-aller, une musique à la fois monolithique et débordante. Mais nous n’avons pas de plan, ni de méthode, ni de parfaite technique instrumentale, nous pouvons passer des mois à avoir beaucoup d’idées vagues, quelques idées précises qui tiennent probablement de la lubie, et ne pas savoir par quel bout s’y prendre. De la composition au mixage en passant par l’enregistrement, on s’est surpris a avoir des états de colères monumentales, très drôles quand on y repense aujourd’hui! Il y avait ce mélange de cris et de rires, avec des moments de « rien » absolu, de pure idiotie. Mais on préférera toujours l’état de violence et de confrontation au consensus mou.

Notre boulot a donc été de trouver l’effort à faire, la petite impulsion forcée, qui nous mènerait à ce laisser-aller. Comme quand Alain Resnais dit que son boulot de metteur-en-scène n’est d’être que le « superviseur des catastrophes ». En gros, tu installes quelque chose de solides, et au bout d’un moment, cette base s’effondre, une couleur se dégage de tout ça, et la musique vient d’elle-même, si je puis dire.

La Terre Tremble !!! - © Miguel Constantino
– Avez-vous l’impression que votre manière d’écrire a changé depuis «Brouillon » ou « Trompe L’œil » ? De quelle manière ?


En fait on n’a jamais eu de « manière » d’écrire. Plutôt une tendance boulimique à vouloir tout faire, tout englober, et même tout contrôler. Brouillon et Trompe L’Oeil, ce sont pour nous des albums très difficiles à réécouter, parce qu’on s’y entend chercher quelque chose. Je dirais même qu’on s’y entend écrire nos morceaux. Je mettrais aussi Travail dans le même lot, même s’il a plus de fond, et que pour le coup, cet apprentissage, cette quête devient presque le thème de l’album. Une quête de nous-même au travers de l’enregistrement d’un disque, c’est forcément très égoïste. Je crois que c’est William Burroughs qui disait « si c’est expérimental, c’est que c’est raté »! Et pourtant, on pensait vraiment faire des chansons pop à l’époque, on a beaucoup fantasmé sur les périodes de boulimies expérimentatrices des McCartney, Lennon, Brian Wilson… Mais leur talent à eux c’était justement d’arriver à faire oublier qu’ils étaient en train d’essayer des choses. Pour Salvage Blues, des limites se sont imposées d’elles-même : on aurait pu continuer à accentuer le côté lunatique de notre musique, mais ce serait devenu une recette. Donc le langage s’est épuré tout seul. On s’est laissé aller à des impulsions mélodiques, rythmiques ou purement sonores trouvées sur le tas, le chant a pris de l’importance, et on s’est vite mis à composer « avec » le chant. Avant, la voix n’était qu’un ornement que l’on posait sur une grille musicale.

– Lors d’une interview récente, Paul disait en parlant de la couleur Salvage Blues, qu’il y avait dans celui-ci une part de monstruosité. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Benoît : La platitude, le manque de reliefs, le lissage, le polissage même sont de nature monstrueuse, puisque la monstruosité naît de contrastes par rapport à une note dominante.

Je penses que cette part de monstruosité dont parle Paul, était une manière d’évoquer – de façon un peu biaisée – le fait que l’on ne peut pas évincer complétement des parts de nous-même qui sont démesurées, parce que primitives, et donc en dehors du contrôle de la raison qui donne son aval pour décider ce qui est beau, normal, acceptable …ou à l’opposé, terrifiant, dégoutant, inapproprié…

C’est une question de placement, de points de vues, au pluriel car mouvants et changeants selon les contextes et les humeurs…

Mais au coeur de La Terre Tremble!!! résident des énergies humaines parfois difficilement assimilables ou accordables immediatement. Quelque part, ce que nous sommes – des amis, des musiciens?!!, et ce que nous faisons ensemble – juste de la musique?!! – nous échappe complètement. Et nous devons laisser se dérouler certaines choses, quasi passivement, pour assister à des phénomènes humains et musicaux qui peuvent nous laisser perplexes, désorientés, voire nous laisser dans la merde et le flou total…

C’est un travail « monstre » que de laisser apparaitre et s’echapper des parts de nous inconnues, pour les proposer et les faire accepter aux deux autres, pour composer ensemble.

C’est la démarche « inconsciente » de Salvage Blues, celle qui nous échappe et qui pourtant nous parait évidente comparée à Travail, que de s’être autorisés une telle gestation. Comme on descendrait un fleuve sinueux, en ne sachant pas si l’embouchure est un delta viable ou un marais puant! Il a fallu se faire confiance, donc violence…

Sur notre précédent album, l’enregistrement et le mixage se sont déroulés sous l’égide d’un temps imparti et restreint, dans un lieu inconnu, ce qui nous a peut-être rétrospectivement rendu timides et un peu trop polis envers nous-mêmes et la musique que nous essayions de produire alors.

Toujours inconsciemment, nous avons cette fois voulu un lieu plus rassurant, une sorte de « foyer » avec des gens que nous côtoyons plus fréquemment, à savoir Chaudelande, un studio bricolé par des amis dans le Cotentin. C’était pour avoir ce temps nécessaire pour tâtonner et laisser un peu les choses se faire à leur guise. Ce qui fût parfois dur pour tout le monde, mais nous avions ce mélange de trouille au ventre et de phases d’excitations qui fait que peu à peu les choses se mettent en place, donnent leur sens.

– Par rapport à Travail, une certaine simplicité se dégage dans l’instrumentation de Salvage Blues ?

Si c’est une question, nous répondrons oui ! Si ça n’en est pas une, nous prendrons cela comme un compliment, puisque que simplicité rime pour nous avec une sorte de fluidité que nous avons recherché progressivement. Depuis nos premiers enregistrements, nous tendons petit à petit vers cette simplicité. Mais on sent qu’avec les 3 premiers disques, on a clos quelque-chose qui restait pourtant comme en devenir, pas encore prêt a revêtir une autre forme…

Effectivement, nos chansons avaient parfois un côté plus complexe, des arrangements plus fourmillants, un côté désarticulé, avec des césures assez nettes faisant un peu office de court-circuits, des sautes d’humeurs. Mais il nous a semblé que sur certains titres, la part belle aux plages instrumentales tortueuses que nous cassions délibérément était peut être bien une construction par défaut, plus qu’une réelle idée ou un réel parti pris.

Sur Salvage Blues, la place laissée au chant de Paul est venue soustraire naturellement certaines recettes dans lesquels nous ne voulions pas retomber – bon, nous allons en recréer d’autres mais elles auront l’avantage d’être fraîches ! Mais il nous a fallu trois albums et nombres d’heures d’égarement pour oser un peu plus ce qui finalement s’imposait de lui-même, à savoir que dans « chansons » la racine est le chant.

LTT-Barbecue

– Et pourtant Salvage Blues semble être encore un album à tiroirs, multidirectionnels ? 


Paul : Là, on risque de passer pour des gens bien contradictoires, parce qu’on a beau te vanter les vertues de la simplicité, de la fluidité… alors qu’un groupe « fluide », sur le papier ça a tout pour nous emmerder. Composer une chanson ou un disque, c’est comme une suite d’équations à résoudre, du genre « si je suis cette voie, j’arrive à un noeud, ok, comment je me sors de ça? »… Mais le plus intéressant, c’est quand tu t’en sors en te surprenant toi-même, en trouvant des perspectives dont tu ne t’imaginais même pas capable ! Mais ça, ça naît par exemple d’une erreur ou d’un accident.

Je sais pas si on peut parler de multi-directions, mais en tout cas, jouer de la musique – c’est forcément jouer avec le temps. Et on a du mal à envisager le temps de manière chronologique, il ne s’écoule pas dans une seule direction… Avec la musique on peut se permettre de compresser le temps, l’étirer, faire des bonds en avant, en arrière, etc… Si tu te remémorais ta vie depuis ta naissance jusqu’à aujourd’hui, tu ne la visualiserais pas de façon chronologique, tu fonctionnerais pas associations d’images, d’idées, de sensations, avec pleins d’allers-retours dans le temps, ça partirait dans tous les sens, mais ce serait tout de même une vision juste et honnête de ta vie! Et bien on imagine nos chansons de la même manière… Et pourtant, il n’y a qu’une seule direction, l’extase, la joie.

– Une constance se dégage de tous vos albums. Celle du refus d’entrer dans une case musicale bien précise. Comment arrive-t on, quand on est un groupe comme la Terre Tremble !!!, à garder cette même exigence sur chaque album ?

Oui, mais personne n’a envie d’être enfermé dans une case. Au fond, dans un spectre large de la musique – disons de Benjamin Biolay à Pneu, de Michel Jonasz à Merzbow – le discours est le même. Mais qu’on s’entende bien : j’aime les formes musicales très précises. La tradition est quelque chose que je mets au dessus de tout. S’il est honnête, un artiste n’est rien d’autre que la voix – certes déformée –  de ses propres ancêtres. Je crois qu’on a justement appelé l’album Salvage Blues pour cette raison : la tradition orale, les fantômes que l’on perçoit dans une mélodie ou dans un mot. L’idée que quand je parle, j’entends mon père, et pourquoi pas même une arrière-grand-mère que je n’aurais jamais vu! J’ai aussi cette conviction que ce qui tient du souvenir – du passé donc – est toujours « en train de » se passer. Qui-suis-je pour dire qu’avec ma petite personne, avec ma petite volonté, aujourd’hui, je pourrais partir de zéro, vierge de toute expérience, de toute histoire, en faisant abstraction des questions de genres, de traditions. Même l’état de transe demande d’être très clair par rapport à son propre passé. Je ne suis pas prétentieux, j’aime le cadre qu’impose la tradition, c’est justement en te confrontant frontalement à ces cadres que quelque chose d’unique et singulier se passera. Si tu écoutes des bluesman comme Charley Patton, Howlin’ Wolf ou Robert Pete Williams, les mecs ne racontent rien de très neuf, mais ils ont cette manière de « déborder » des cadres strictes et rigides imposés par leurs ancêtres. Ce débordement, il est à eux-seuls, c’est le truc divin, charnel et magique que l’auditeur se prendra dans la gueule ou dans le corps. C’est pareil dans la relation qu’entretient l’Art Ensemble of Chicago avec l’histoire de la musique noire, ou Israel Galvan avec la danse flamenca – il y a trop d’exemples. Peut-être une relation amour-haine avec ses propres pères. Quelque part, avec La Terre Tremble!!! on n’a jamais absolument souhaité n’être casé nul part. Disons que c’est pas la fin en soi. On a notre arbre généalogique (qu’il soit musical, artistique, biologique), on l’assimile, on l’aime, on le déteste. Et là sort quelque chose, qui est certainement « notre » truc, du moins aux yeux des autres.

Attention, ce sont évidemment des choses qu’on se dit après-coup. Mais faut surtout pas réfléchir à ça au moment au moment ou tu composes !

– Vous dîtes que dans Salvage Blues on ne trouvera pas de « Déconstructions de quoi que ce soit » ni de «Math-, de Post-, de Noise-, d’Indie- ». Pensez-vous que votre musique a été jusqu’à maintenant mal cataloguée et par conséquent incomprise ?

Je pense surtout que chacun a son vocabulaire, ses références, sa manière d’entendre la musique, et surtout d’en parler. Pour certains, ce qu’on fait va être très difficile d’accès, donc on dit souvent « expérimental » dans ces cas-là ! Et pour d’autres, plus au fait de « ce qui se fait », notre musique sera très simple, voire pop ! Je sais qu’il faut accepter ça, c’est même toute la beauté, quasi-quantique, d’un public : un espace où il n’y a aucune vérité absolue. Pour quelqu’un, ça évoque telle chose, et pour son voisin, tout l’opposé. Où se trouve la vérité ? Y’a-t-il une bonne et une mauvaise manière de comprendre notre musique ? Surtout pas. On est bien conscient qu’on ne pourra jamais communiquer pleinement quoi-que ce soit avec notre musique. On ne s’y exprimera jamais totalement. Il y a un gouffre entre ce qu’on s’imagine faire et ce que l’on fait, et surtout entre ce que l’on fait et ce que les gens nous entendent faire ! Après, on voulait quand-même se permettre de donner notre petit avis sur la question, parce que beaucoup de ces termes nous apparaissent être du langage un peu préfabriqué.

Concernant la déconstruction, nous voulions juste donner notre sentiments par rapport à ce terme qui nous a quelque fois été attribué, certainement avec bienveillance dans la bouche de certains. Mais déconstruction de quoi ? Non, au contraire, on pensait justement créer des liens, construire des architectures démesurées avec les matériaux qu’on trouvait sous notre nez.
Concernant, les termes « indie », « post », etc… c’est juste l’impression que ce sont des préfixes fourre-tout, censés impliquer des notions de liberté, de modernité, d’intègrité et d’exigence, mais qui m’ont toujours fait l’effet d’une étiquette commerciale, moche, type « 100% qualité », que l’on colle à tout-va, assez grossièrement ! Je ne juge pas un artiste à son engagement et sa position vis-à-vis d’une soi-disante « norme » musicale. Un artiste dit « mainstream » peut me plaire autant qu’un obscur outsider. Je pourrais te citer un paquet de musiciens dits « indie », voire même parfois autoproclamés « noise », qui font de la musique franchement aussi putassière que ce qu’on entend dans les magasins de fringues ou dans les pubs de portables. Ce qui nous importe, c’est l’individualité ! « Math », « post », tout ça, ça me donne l’impression de quelque-chose de très auto-centré, ça manque un peu d’humour, de mystère…

– Parfois on hésite à vous cataloguer dans une certaine mouvance indie/noise que Yann Debailleux décrit dans son documentaire Etat Des Lieux. Comment vous situez vous par rapport à tous ces groupes ?

Il y a quelque chose qui nous déprime pas mal, c’est quand on se sent faire partie d’un petit milieu ! Ou pire, d’un métier. Et pourtant, nous sommes bien conscients qu’on partage avec les gens dont tu parles une situation, une manière de bosser, un certain circuit. C’est quand même grâce à ce milieu – mais j’ai du mal à supporter ce terme – qu’on a réussi à faire notre petit bout de chemin. Avec ce coté familial, t’as vite l’impression que les choses sont plus rapides, que la communication est plus directe, que la France n’est pas si grande que ça! Après c’est toujours une histoire de références : aujourd’hui on parle pas mal de groupes supers comme Marvin, Papier Tigre, Fordamage, Pneu… Mais on pense aussi chaleureusement à la clique des Potagers Natures, qui nous ont fait découvrir il y a presque 10 ans une « manière » de bosser, de présenter sa musique, d’envisager la responsabilité qu’a un musicien vis-à-vis d’un public…

Mais il faut toujours être très méfiant quand il y a cette impression d’être un poil auto-centré. Ce peut se mordre la queue, t’en viens vite à ne plus parler que du « métier », de tes collègues, de blablater sur la situation qui est la même pour tout le monde, et donc d’être un peu fermé.

Ce sont les dangers qu’impose l’idée de regroupements, de scènes. On est plus sensible aux individus qu’à tout ce qui touche au côté regroupement / petit-mileu.

– Une tournée est-elle prévue ?

Oui, plusieurs en fait ! De septembre à décembre, et même au delà. A l’heure où on te parle, on a donné notre première il y a trois jours! Nous sommes à la fois excités et terrifiés. On vient d’apprendre qu’on jouait avec Oxbow Orchestra à Paris, rien qu’à y penser, ça nous met déjà dans un état bizarre…