La Batteria :: La Batteria

Originaire d’Italie, ce quatuor crée de nouvelles B.O à coup d’instruments vintages. Visiblement influencés par les compositeurs de films du 20ème siècle et par la Library-Stock Music, ils rendent une copie bluffant par moments, mais dans son ensemble éloignée de la classe des Maestro.

La Batteria
« Chimera » démarre par des notes de guitares classiques et de clavecins, créant un faux suspens. Puis rejoint par une rythmique au cordeau suivi d’arrangements somptueux que ne renieraient pas Neil Hannon et sa Divine Comedy, le titre nous plonge sans détour a la fin des années 60. Dans la cinémathèque italienne plus exactement, renforcé par la présence de mandolines et de riffs fuzz, rendus célèbres par Enio Morricone. Plutôt réussit. Puis on passe au début des 70’s en convoquant effet wah-wah, orgue Hammond et beat fiévreux.
« Vigilante » et “Scenario” proposent un mix parfait entre la B.O de Blow Up de Michelangelo Antonioni et celle de Bullitt de Philip D’Antoni. Nerveux comme une Ford Mustang Fastback, ces instrumentaux auraient trouvé leur place sur les compilations du légendaire label from London Blow up (Big Boss Man, The Bongolian), ça ne s’invente pas.
Un petit tour du côté de Georgio Moroder, voire de l’excellente compilation «Cosmic Machine» qui regroupe les meilleurs titres de musiques électroniques et d’avant-garde française de 1970 à 1980, ou le rythme discoïde de «Formula» et ses synthés Oberheim et ARP nous replongent au bon vieux temps des génériques Tv. Efficace.
Sauvons «Vice Versa» et sa ritournelle au piano ainsi que «Manifesto» et ses chœurs féminins envoûtant guettant une improbable présence dans Peur sur la ville d’Henri Verneuil.
«Dilemme», «Espresso» et «Incognito» seront plus anecdotiques car peut-être plus démonstratifs à l’image des films français à succès du début des années 80. L’As des As style. La forme sans le fond. L’écoute devient redondante sur «Scenario 2» et «Zero». Les musiciens se livrant à de joutes ennuyeuses teintées parfois de délires Prog-virtuoses. Difficile de succéder aux quatre brillants premiers titres de l’album qui se clôt par «Persona Non Grata» retrouvant cette grâce insouciante qui faisait défaut sur les derniers titres. En convoquant Mellotron, orgue Continental, basse médiator, Juno 106 et solo guitare, voix célestes au final, on jurera l’avoir entendu dans L’Alpagueur de Philippe Labro et dont la musique était signée… Michel Colombier.
La Batteria plus doué sur une B.O imaginaire d’À bout de Souffle que celle du Magnifique ?
En tous cas, éloignés de Air ou Gnac, les musiciens s’inscrivent dans la lignée de sessions men des studios londoniens ou parisiens des 60’s et 70 ‘s s’effaçant devant un savoir-faire certain dont on se demande si l’interprétation passe avant la composition. En cela, le disque est une réussite.

Mathieu

casque1