KUNIYUKI TAKAHASHI et TAKASHI KOKUBO

KUNIYUKI TAKAHASHI Early Tape Works [1986-1993] Vol. 1 & 2 LP (Music From Memory)

Pour moi, Kuniyuki a longtemps été ce mystérieux patronyme par lequel un de mes clients les plus fameux me tourmentait tous les soirs ou presque, à la même heure, par téléphone. Il m’épelait son nom consciencieusement tout en m’exhortant à jeter une oreille sur ses albums, notamment We Are Together et All These Things. D’une voix grave et suave.

Tous les jours.

A la même heure.

L’enfer.

Force de la coïncidence, je croisais le chemin de Takahashi à l’occasion de la release party du Flowers Of Romance des Mouse On The Keys au Liquid Room d’Ebisu en 2015. Formidable tour de force mêlant techno froide, jazz futuriste et ambient éléctrique, son set est longtemps resté gravé dans un coin de ma tête.

Avant de devenir ce maître incontesté de la techno japonaise, Kuniyuki oeuvrait de façon plutôt confidentielle dans l’ambient bricolée avec des claviers Roland (Juno-60, D-110), Yamaha (DX21, RX11) ou Alesis (D4). Un peu de guitare 80’s par çi, des chants féminins hypnotiques par là, quelques rythmiques industrielles évanescentes, des samples exotiques angoissants et surtout de superbes mélodies domestiques héritées des débuts de Joe Hisaishi (avec un penchant totuefois un peu plus Badalamenti, suivant les morceaux). Music From Memory poursuit ainsi son fabuleux travail d’excavation sonore et parvient à remplir deux disques avec ces envoûtantes mélopées, pour le plus grand plaisir des amateurs du bonhomme et des béotiens souhaitant goûter aux joies de la new wave / age nippone.

TAKASHI KOKUBO A Dream Sails Out To Sea (Get At The Wave) LP (Lag)

Avant de sortir Get At The Wave en 1987, Takashi Kokubo s’était illustré en composant des versions cheesy synthétiques d’OST japonaises mythiques (Sharivan, Z-Gundam, Captain Tsubasa, Macross) et en inondant le quotidien sonique japonais de jingles et autres bruits en tous genres (de la porte du konbini au système d’alerte sismique).

Après le Neo Plant de Sakamoto et le Kissho Tennyo d’Hisaishi, les Anglais de Lag remettent le couvert en rééditant cette jolie pierre angulaire de l’ambient japonais (tout du moins, sa première face) et en l’augmentant d’un fantastique titre inédit intitulé Ocean Breeze et qui exsude l’odeur des longues journées passées à prendre le soleil sur une plage abandonnée de Kamakura. C’est à la fois complètement kitsch, totalement génial et surtout véritablement apaisant. Vraiment. Je me suis récemment surpris à écouter ce disque dès que la tension montait, et ce bruit de vague relaxant l’a faite immanquablement retomber.


Florian