Kraftwerk :: Tour De France

En 2003, le Tour de France fête son centenaire sous la canicule. L’ultra dopé Lance Armstrong entre dans le club très fermé des quintuples vainqueurs. Certaines mauvaises langues en profiteront pour dire que l’Américain devient un robot sans âme et sans émotions lorsqu’il chevauche sa monture d’acier. La grande boucle a ses détracteurs mais elle a surtout beaucoup d’amoureux qui n’hésitent pas à suivre plusieurs étapes en s’enfilant les kilomètres de bitume comme leurs idoles.
Parmi ces fans, il y a les membres de Kraftwerk. Grands fervents défenseurs de cette course mythique, la formation de Düsseldorf profite de cette année spéciale qu’est le centenaire pour sortir l’album Tour de France.
C’est le onzième album de Kraftwerk. Le groupe n’avait rien sorti d’inédits depuis Electric Café paru en 1986. Durant cette période de silence discographique, Kraftwerk a quand même publié un album de remix (The Mix), un EP créé pour l’exposition universelle d’Hambourg (Expo 2000), et a surtout joué dans quelques festivals dans lesquels il jouait des inédits qui se retrouveront plus tard dans Tour De France.
Grand amateurs de cyclisme, les membres de Kraftwerk ont cette idée d’album concept depuis fort longtemps. En effet, Ralf Hutter, Florian Schneider et Karl Bartos composent en 1983 un premier single intitulé….. ‘Tour de France’, sur lequel on retrouve une version chantée en allemand et en français.
Donc l’idée d’un album entièrement consacré à la reine des courses cyclistes n’est pas neuve et a largement mûri dans les circuits imprimés des robots allemands. C’est même pour eux une forme d’aboutissement artistique. En effet, tout au long de leur carrière, ils ont poussé jusqu’au bout le concept de l’homme machine mais aussi la recherche de la relation entre l’humain et la machine. Le cyclisme est en quelque sorte le symbole de tout cela. « L’homme machine devient machine roulante. Le vélo réalise l’osmose parfaite de l’homme et de la machine. » dit Ralf Hütter. Cette osmose va jusqu’à se traduire dans le titre des morceaux. Comme tout course, l’album commence par un ‘Prologue’ pour continuer avec des étapes. Nous avons même droit à une course contre la montre avec ‘Chrono’ . Le reste des titres concerne plus le matériel (‘Aéro Dynamik’, ‘Titanium’) et la santé du coureur (‘Vitamin’, ‘Elektro Kardiogramm’, ‘La Forme’, ‘Régénération’). Il est à noter que le groupe ne parle pas de dopage alors que celui-ci faisait grand bruit à l’époque depuis l’affaire Festina (1998).
Tour de France est aussi l’occasion pour Kraftwerk de faire évoluer son son. Il découvre les nouveaux systèmes audio-numérique comme Cubase ou Protools. Le son de l’album s’en ressent. Il est plus numérique. C’est ce qui le rend encore moderne aujourd’hui et apprécié d’une certaine scène electro.
Tour de France est le dernier témoignage discographique de Kraftwerk et surtout le point final du concept de l’homme machine. Nous aurions dû à l’époque nous en douter. Depuis, la bande de Düsseldorf n’a fait que capitaliser sur sa renommée et son influence sur les nouvelles générations de musiciens. On ne va pas leur en vouloir. Ils ont déjà fait tellement pour la musique électronique et la pop music de manière générale.

Damien