Komintern :: Le Bal du Rat Mort

Le fabuleux travail de réédition du label Replica Records autour de l’underground français des années 60/70  n’aurait pas été totalement complet s’il n’avait pas osé publier l’un des monuments de la contre-culture française, à savoir, l’unique album de Komintern ‘Le Bal du Rat Mort’. Un album sorti en décembre 1971 et aujourd’hui introuvable en édition originale puisqu’il ne s’est vendu qu’à seulement 2000 exemplaires malgré le single Fou, Roi, Pantin / Elle Etait Belle… paru quelques semaines auparavant.


Komintern est créé en 1970 par Francis Lemonnier et Serge Catalano qui viennent tous deux de saboter Red Noise, le groupe qu’ils avaient formé avec Patrick Vian, le fils de Boris. Le nom du groupe est tiré de la IIIe Internationale communiste créée en 1919 sous l’impulsion de Lénine. Cette référence politicienne ne laisse aucun doute sur les opinions politiques des membres du groupe qui se composait alors de Francis Lemonnier et Serge Catalano mais aussi d’Olivier Zdrzalik-Kowalski (futur Malicorne), de Michel Muzac, Pascal Chassin et de Richard Aubert (futur Atoll).
Depuis mai 1968, les groupes politisés sont légions. Mais Komintern est peut-être celui qui  est le plus décidé à mettre la pagaille dans le système en place. Ils vont même jusqu’ à signé sur l’une des plus grosses structures de l’époque, Pathé-Marconi / Harvest, pour combattre l’ennemi de l’intérieur. Convaincu de la réussite de ses idées, Komintern va même être, avec d’autres groupes, l’un des instigateurs du FLIP (Front de Libération Internationale de la Pop), une organisation destinée à combattre la marchandisation du spectacle.  Kommintern passe alors son peu de temps d’existence à prêcher la bonne parole en jouant dans les universités, les usines en grèves, les MJC et les lycées.
A l’instar de la scène underground française de l’époque composée de groupes comme Lard Free, Crium Delirium, Maajun, Gong, Magma…, Komintern joue une musique avant-gardiste et aussi révolutionnaire que ses opinions politiques. Derrière cette pochette illustrée d’un détail d’une fresque du peintre mexicain Diego Rivera (Rêve d’un dimanche après-midi dans le parc Alameda) se cache une musique étrange souvent rapprochée de celle que faisait Franck Zappa avec ses Mothers Of Inventions de l’autre côté de l’atlantique. Les structures sont alambiquées et mélangent aussi bien pop, free-jazz, rock, folk traditionnel que chanson française. Il suffit d’écouter la première face composée d’un seul titre de 16 minutes (Bal Pour Un Rat Vivant) pour se rendre compte de la richesse mélodique et de la folie qui pouvaient habiter les cerveaux des membres de Komintern. Bal musette, fanfare, rock progressif, free jazz se succèdent avec une théâtralité déconcertante. Des chants révolutionnaires italiens (Bandiera Rossa) et espagnols (Los Cuatros Generales) sont même évoqués succinctement. De la politique, il en est aussi question en face B (Le Bal Du Rat Mort) avec le titre Hommage au Maire de Tour, satire à l’encontre de Jean Royer, un politicien réactionnaire parti en croisade contre la pornographie. Komintern n’en reste pas là puisque sur le morceau qui clôt l’album, Fou, Roi, Pantin, on entend quelques vers d’un poème de Rimbaud (L’orgie parisienne ou Paris se repeuple) dans lequel le poète dénonce le massacre de la Commune de Paris en 1871. Un titre qui n’a rien perdu de sa force contestatrice et qui résonne tout particulièrement par sa modernité en ces temps troublés.
C’est à l’écoute de ce genre de morceau que l’on se rend compte que rien n’a vraiment changé, mais aussi et surtout, que l’on mesure la richesse de notre patrimoine en matière d’underground musical français. Pour cela, on ne remerciera jamais assez la fonction de passeur qu’officie magistralement  Replica Records.

Damien