King Creosote – From Scotland, With Love

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Éliminons pour commencer les évidences. Oui, King Creosote s’appelle en vérité Kenny Anderson. Oui, depuis 1995, plus prolifique que Ryan Adams et Bob Dylan réunis, il a enregistré et souvent autoproduit près de 50 albums tous dignes d’écoute. Oui, son « petit » dernier, From Scotland With Love, est sorti fin juillet pour coïncider avec les 20èmes jeux du Commonwealth, qui se tenaient à Glasgow. Oui, ce disque est la bande son d’un documentaire illustrant l’histoire de l’écosse par la compilation d’images d’archives. Oui, il précède le référendum qui, le 18 septembre prochain, décidera si l’Écosse devient, ou pas, indépendante du Royaume-Uni. Oui, tout cela confirme que dans une relative indifférence du reste du monde, King Creosote est un peu devenu le héros malgré lui de la scène musicale de son pays.

Poursuivons par un détail. En 2006 sortait une compilation hommage aux Buckley père et fils, Tim et Jeff, convoquant notamment Sufjan Stevens. King Creosote était le seul à y prendre un véritable risque, se frottant au virevoltant et mythique « Grace » du fils. Il se révélait, de même, le seul à proposer un résultat aussi conjointement pertinent, délicat et personnel. Mieux qu’un tour de force ! Un tour de douceur…

Qu’a donc encore à prouver pareil vétéran ? Que peut avoir à chanter de sa terre natale ce barbu libre et hirsute à la voix si légère, à qui l’on a soudain mis la pression de le faire ? Eh bien, tout sauf le Loch Ness, les manoirs, les cornemuses et les biscuits Walkers. La pochette même du disque, avec ses estivants en goguette, sa plage de sable fin, sa mer et son ciel bleus, est un lumineux pied de nez à l’image non pas fausse, mais tronquée, que l’on se fait de l’Écosse.

Il en résulte une collection de chansons sur les petites gens plutôt que sur les vastes étendues (même si les arrangements et le choix des instruments n’oublient pas de rendre hommage à ces dernières), sur les femmes de pêcheurs, les grévistes, l’enfance. Sur la vie, tout simplement.

Une charge nostalgique qui alterne la joie et la tristesse, la légèreté et la gravité. Une œuvre d’une puissance et d’une densité rares, qui s’impose à vous comme un rire d’enfant, quand bien même les larmes ne sont jamais loin. Un disque incroyablement cinématique, bouleversant de sincérité, qui vous fera voyager longtemps…

Arnaud

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