Kimiko Kasai :: Butterfly

Les voies du culte sont impénétrables.

Pourquoi ce disque et pas un autre ?

La discographie de la native de Kyoto impose pourtant le respect et révèle de nombreuses pépites groovy, entre escapades solos funky moites et collaborations prestigieuses avec quelques ténors de la scène cool jazz / post bop mondiale (en vrac : Mal Waldron, Oliver Nelson ou bien encore le Kosuke Mine Quartet). Il faut croire que son impeccable duo avec Herbie Hancock se place au-dessus de tout le reste dans le coeur des esthètes audio-japanophiles. Sorti en 1979, Butterfly fait effectivement forte impression dès la première écoute de son introduction, l’éreintant ‘I Thought It Was You’. Ses sept minutes de funk-pop as fuck infectieuse, le son limpide et claquant de sa rythmique martiale et la progression mélodique démentielle de son refrain en font sans conteste l’un des plus grands tubes oubliés du monde (si tu vois ce que je veux dire).

Après t’avoir laissé exsangue comme il faut, Herbie et Kimiko ralentissent pourtant le tempo et choisissent de faire parler la romance intrinsèque de leur harmonieux piano-voix. Loin de représenter un ventre mou, ce parti pris artistique (contenant notamment une auto-reprise chantée de Maiden Voyage) reflète plutôt la volonté des deux musiciens de ne pas forcément aller là où on les attend, mais bien de regarder ailleurs, dans une direction qui va quelque peu à l’encontre des canons du style en vigueur (anti-funk ?), se laissant à la fois une belle marge de manœuvre expérimentale (bon hé, c’est pas TG non plus hein, ça reste du jazz mélancolique à la cool) tout en préparant minutieusement le terrain afin de te faire danser jusqu’à n’en plus pouvoir. Car les deux autres bombes discoïdes sont effectivement situées en face B. Prenant en tenaille le très chaloupé morceau-titre, Sunlight, et surtout l’incroyable reprise du ‘As’ de Stevie Wonder (à l’ending totalement hypnotique) donnent véritablement ses lettres de noblesse à l’année qui vit naître Unknown Pleasures de Joy Division (rien à voir, je sais), entre claviers acides, basse ronde comme le ventre de Dom Luise et vocoder courtesy of Sa Majesté Le Chaméléon.

Bref, encore une judicieuse et très fidèle réédition à mettre à l’actif des Anglais de Be With Records (reproduction du OBI et de l’insert à l’identique, très léger remaster dynamique), déjà responsables de la superbe reissue de l’éponyme de Kylie Minogue (rien à voir, oui j’ai compris). Merci les amis, continuez comme ça (suggestion : le Cologne de Kaoru Akimoto n’a toujours pas été réédité… Je dis ça, je dis rien).

Florian