Jungstötter :: Love Is

Faire d’un premier disque un orbe de délicatesse, gracieux et subtile par son contenu, n’est certainement pas donné à tout le monde. Fabian Altstötter, officiant sous le pseudonyme Jungstötter, a lui largement réussi. Love is est impeccable. Dès la première écoute, il sème chez l’auditeur les graines de la mélancolie, celles-ci germent à vitesse éclair et on se voit rapidement envahi par des bois obscurs où s’engouffre un poignant vent d’émotions.
Depuis 2009, du côté de Landau en Allemagne, évoluait un groupe d’électro post punk qui prendra progressivement son envol et tutoiera quelques beaux noms. Ce groupe, composé de trois musiciens nés au début des années 90, dont Fabian Altstötter, c’est Sizarr. Finalement, assez peu connu par chez nous, il n’en est pas moins plutôt bien identifié de son côté du Rhin. Pourtant, le groupe a décidé de mettre fin à son existence pour que chacun de ses musiciens puisse suivre sa propre voie. Avec Jungstötter, son nouveau projet solo, Fabian Altstötter prend clairement un chemin plus personnel et fait montre d’une incroyable maturité musicale.
Enregistré aux Red Bull Studios à Berlin par Max Rieger (des excellents Die Nerven), Love is surprend, séduit, par sa cohérence et sa justesse. Les références qui nourrissent la musique de Jungstötter tiennent leur richesse de leur diversité. On est quelque part entre Scott Walker et Morrissey pour la voix, si vous écoutez attentivement vous trouverez même un peu de And Also The Trees, Nick Cave pour certaines ambiances, Current 93 ou Empyrium pour le lyrisme gothico-romantique, ou encore Antony & The Johnsons pour l’intensité. Toutes ces références, s’imbriquent, se mélangent, et sur ce terreau fertile se forge l’identité magnétique de Fabian Altstötter. Il a déjà tout du songwritter dramatique. A seulement 28 ans il s’impose comme un musicien complet qui ne craint aucunement de se mettre à nu. Avec ces dix compositions intimistes, sobrement arrangées et menées d’une main de maître, Jungstötter nous plonge dans un univers d’une noirceur captivante, jamais anxiogène et par lequel on apprécie se laisser porter.
Au-delà de cet album d’une qualité indéniable (pour moi tout du moins), vous pourriez être tenté d’aller découvrir Jungstötter sur scène et en cela vous serez peut-être ravi d’apprendre (ou pas) qu’il accompagnera sous peu, en tournée, une écorchée dont l’univers est assez semblable : la bien nommée Anja Franziska Plaschg (Soap&Skin). Un plateau et un album qui laissent songeur.

Jocelyn H.